De l’insistance

12 octobre 2004 à 8:34

Insister est-il automatiquement la marque d’un tort ?

Je me permets de poser la question suite à, vous l’aurez quelque peu compris au cours du post précédent, une magistrale engueulade, quoiqu’on en ait eu de pires, à la réflexion. Ah oui, là, limite, on n’a pas été assez loin…

C’est vrai, je suis d’une nature à insister. Parce que dans ma logique (peut-être malsaine : vous allez me dire, d’accord ?), ne pas insister, c’est abandonner. Or, on ne peut pas abandonner si quelque chose est important !

Bien m’entendre avec Lord T est important. Sans conteste. Quand on rompt avec quelqu’un qui dit qu’il veut que vous disparaissiez de sa vie, mais qu’il se retrouve inexorablement attiré par vous et vers vous, et qui quémande votre attention en permanence, de sorte qu’il est impossible de ne plus s’adresser la parole, et que par-dessus le marché, vous êtes tenus par la force des choses de continuer à habiter ensemble, il est important, voire même vital, d’entretenir une bonne entente dans le foyer. Non ? Je ne dis pas que c’est la seule chose qui m’importe : Dieu m’en préserve ! J’ai bien trop à faire à essayer de mener une vie décente (par exemple en essayant de trouver le moyen d’avoir un toit au-dessus de ma tête d’ici quelques semaines). Mais l’ambiance à la maison est importante tout de même.

Alors, quand il y a un problème, mon réflexe est de monter au créneau pour le résoudre. Je demande ce qui ne va pas, pourquoi on en vient immédiatement aux vilénies les plus courantes (mon Dieu, au moins mon père était imaginatif dans ses crises, là on retombe toujours dans les mêmes poncifs) plutôt que de parler du problème et de ce que chacun ressent. Démonstration :
– Qu’est-ce qui ne va pas, enfin ?!
– Je n’ai pas envie defaire d’effort !
– Mais pourquoi ?
– Parce que je n’ai jamais fait un seul effort de ma vie, je n’ai pas envie que ça change, je suis une parodie d’être humain et ça me convient parfaitement !
– Bien, tu vois, c’était pas si dur à dire !!!

Hm, ok, peut-être que là je pousse un peu. Mais au lieu d’un dialogue qui peut être pris au second degré (le dernier espoir lors d’une dispute c’est de rebondir sur une plaisanterie), voilà ce à quoi j’ai droit :
– Qu’est-ce qui ne va pas, enfin ?!
– Fous le camps !
– Attends, non, il y a un problème, on va le résoudre, ça sert à rien de changer de pièce parce qu’à un moment ou un autre, ça se représentera.
– Pour le court terme je vais faire comme ça, et pour le long terme tu seras déjà partie et ce sera réglé.
– Mais pourquoi on est obligé d’en arriver là ?
– Parce que j’ai pas envie de faire d’effort pour tes problèmes.
– Mais c’est pas une question de problème, c’est juste entretenir la bonne ambiance dans la maison et essayer d’être gentil !
– J’ai pas envie d’être gentil avec toi. Dégage.
– Ok alors toi tu veux même pas manger un peu moins vite, c’est un trop gros effort à te demander, par contre moi je dois débarrasser le plancher sitôt que tu me l’ordonnes et me plier en quatre, ya vraiment deux poids, deux mesures avec toi !
– Allez, dégage…

Je suis la seule à ne pas trouver ça constructif ? C’est sûr, j’ai envie d’insister, de dire : « Mais crache donc ce qui ne va pas, qu’on puisse s’atteler à le résoudre plutôt que de revivre cette scène semaine après semaine ! Qu’on entre dans le vif du sujet plutôt que faire semblant la moitié du temps, et se prendre la tête pendant l’autre !!! » J’ai envie de ne pas abandonner parce que, dans ma tête, je me dis que cette engueulade doit résolument être la dernière, qu’il faut régler ça et ne plus y revenir. Que l’abcès soit percé pour qu’il puisse guérir ! Mais non.

Oui, j’ai envie d’insister, de parler, de discuter, parce que le mutisme ne résoud rien : il repousse. Il reporte à plus tard quelque chose qu’on ferait aussi bien de régler aujourd’hui ! Pourquoi se garder les mêmes et inexorables disputes pour plus tard ? A quand les bons moments, plutôt ? Pourquoi laisser se larver ce conflit, plutôt que de le décortiquer et d’en finir avec la cause de ce mal ? Pourquoi s’obstiner à se retrancher dans les fourbes insultes voilées, dans les reproches et les arguments déloyaux ? Qui cela peut-il bien servir ?

Il m’a dit un jour qu’il n’aime pas la personne qu’il est avec moi, depuis notre rupture officielle. Eh bien si tu n’aimes pas celui que tu es, pourquoi serait-ce à moi de changer ? Fais des efforts, deviens ce que tu crois être meilleur, travaille sur toi plutôt que de me harceler de ton mépris et de tes mots assassins.

Oui, j’insiste, quoi !? Devrais-je admettre les insultes, le mépris, les regards méchants en cachette, et trouver cela naturel ? Devrais-je laisser cela se faire sous mon toit, devant moi, alors que j’ai vécu la même chose des années et des années ? Vivre avec quelqu’un qui fait tant de mal n’est pas bon, mais pour quelques mois encore (si peu : deux), nous sommes liés l’un à la vie de l’autre. Alors autant que ça se passe bien ! Ce que nous réglons aujourd’hui nous permettra de reconstruire quelque chose une fois cette période terminée. Ou pas. En tous cas d’avoir le choix.

Et c’est un luxe si rare que personne, pas même ce fichu Lord T pété de pognon, ne peut se le refuser…

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