Balayés

16 octobre 2004 à 3:37

Je regarde ma vie, et l’homme qui en fait partie. Même en mal. Et je me surprends à vouloir l’en chasser.

Je voudrais qu’un autre arrive et me dise tout le contraire de ce que j’entends depuis quelques mois. Qu’un homme, un vrai, pas un petit garçon apeuré, pas ce Lord T terrifié de vivre par lui-même, arrive dans ma vie et décide de n’en plus sortir. Je rêve d’une rencontre qui me fasse oublier tout le reste.

Il débarquerait un jour, et la surface du monde en serait changée, le monde, comme une boule de Noël folle, tournerait en tous sens et étincellerait, il me prendrait dans ses bras pour me dire qu’il a mal pour moi, il se dresserait entre la vie et moi avec rage et s’étoufferait de colère, il me dirait que je mérite de ne pas pleurer chaque nuit comme si j’étais en deuil de ma propre vie, il verserait mes larmes à ma place (comme un homme, avec dignité) et n’en finirait plus de chercher en tous sens comment me rendre heureuse, avec d’autant plus de force qu’il lui serait inconcevable que ce soit sans lui. Quand je parlerais, il m’écouterait calmement avec de la douceur dans le regard, il me prendrait dans ses bras sans que je lui demande, il prendrait parfois la parole pendant des heures sans même que j’aie envie de le couper, et il n’y aurait alors pas plus fier que lui étant écouté par moi. Il n’en finirait plus de réclamer des écrits que je serais incapble de pondre suffisamment vite, et feuilletterait sans relâche mes cahiers de jeunesse, mes griffonnages insipides qui pour lui évoqueraient la petite lady, celle qui avait tellement mal qu’elle saignait de l’encre. Il me questionnerait sur les histoires qui sont dans ma tête et qui d’ordinaire n’intéressent personne, souvent même plus moi, il me demanderait de lui faire écouter les musiques que j’aime pour être pénétré de mon âme. Il se sentirait immensément riche que je consente à déposer mon coeur dans l’enceinte de ses bras, une fois de plus, malgré tous ceux qui sont passés avant, et il en prendrait un soin ridicule qui me ferait me moquer de lui. Mais comme il saurait que je ne suis pas cruelle mais juste mortellement blessée, il rirait de lui-même avec moi. Parfois, angoissé à l’idée de la force de ma douleur qui lui est complètement étrangère, il m’appellerait en plein milieu de la nuit pour s’assurer que je n’ai pas pensé à disparaître. Enfin il saurait que mes nuits commencent vers 3h, donc il appellerait vers 7. Il m’emmènerait en ville et nous marcherions des kilomètres près des cafés et des magasins illuminés, et nous passerions ainsi nos soirées à espérer ne pas lâcher la main de l’autre dans la foule, dans le noir, dans le froid, ou qu’importe, même s’il n’y a pas de raison. Il maudirait mon père mais brûlerait de le rencontrer car cela signifierait tout de même quelque chose pour lui. Terrifié à l’idée de me présenter les siens, il trouverait des excuses pour que la maison soit vide chaque fois qu’il m’emmène chez ses parents. Il aurait un coeur d’enfant, pur et sain, mais aussi une âme mature et sereine, qu’il n’aurait pas peur de partager, de mettre à nu. Il se mettrait en colère quand je voudrais abandonner, et quand je lui demanderais un conseil il me rappellerait à quel point, si les miens sont bons pour lui, ils peuvent l’être pour moi-même. Il me réapprendrait ce que je savais mais que d’autres m’ont fait oublier : avoir confiance, aimer de toute son âme. Il me raconterait avec passion des choses que je ne comprendrais qu’à moitié, mais le simple fait de découvrir dans ses yeux un monde qui ne serait pas le prolongement du mien mais qui le complèterait, me rendrait heureuse et calme. Il mettrait l’ours en peluche de ses jeunes années à côté du mien et vérifierait que je ne les ai pas déplacés – des fois que ce soit un signe – et supporterait avec toute la patience du monde mes retards incroyables en tout. Il ferait des projets d’avenir mais les garderait pour lui de crainte que je ne le déçoive, il aurait peur à chaque minute que je lui échappe et que je décide de passer de l’autre côté, que je refuse de me battre et que je mette fin à mes souffrances. Discrètement, il déposerait des messages d’encouragement dans mes livres, mes placards, et même dans mes dossiers informatiques, avec des petits smileys ridicules. Il serait furieux chaque fois que je ne mettrais pas à jour mon blog, mais ne le lirait que par gourmandise parce qu’il penserait toujours à me demander comment je vais, même si l’on ne se voit ou parle qu’une poignée de secondes. Il ferait exprès de ne pas me voir pendant une semaine de peur de m’étouffer, et pour avoir le bonheur de me retrouver, de me prendre dans ses bras, et de faire glisser son souffle sur moi. Il s’inviterait à dîner chez moi de temps à autres, juste pour me voir paniquer de n’avoir rien au frigo. Il cocherait avec moi mes vieux catalogues IKEA en promettant que, quand on s’installera ensemble… et guetterait ma réaction avec délectation quand je lui répondrais vertement qu’on est bien chacun chez soi et parfois chez l’autre. Il ne chercherait pas à répertorier mes erreurs passées, il me prendrait telle quelle, et ne me lâcherait plus.

Et il balayerait tous les autres d’un geste de l’âme comme s’ils n’avaient jamais existé.

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