Les soirs où le monde est moche

19 octobre 2004 à 3:28

Peut-être que ça n’arrive qu’aux petites rêveuses comme moi. Ces gamines prépubères qui rêvent encore à l’Amour comme à un sentiment et non un acte.

Il est de ces soirs, de ces nuits peut-être plutôt, où les images que m’envoie le monde sont profondément laides. Pire. Moches. Ce ne sont pas les images en elles-mêmes qui me blessent, ce sont les idées qu’elles véhiculent.

Pourtant ce soir ne semblait pas être un tel soir. J’ai juste voulu me faire plaisir en regardant un bon pilote. Le premier épisode d’une série est ce que je préfère au monde : c’est une nouvelle intimité qui arrive dans la vôtre, et il y a appropriation mutuelle. Quand ça marche. Mais quand ça ne prend pas, c’est laid, c’est moche, même.

Me voilà donc devant ce qu’on m’avait promis comme étant une des séries du moment, téméraire, ambitieuse. The L Word. Et moi qui d’ordinaire ne me choque pas facilement devant la télé (je ne dis pas, je m’émeus, mais je suis difficiliment choquable, surtout par une fiction), me voilà sens dessus dessous. C’est moche le monde. C’est moche quand tout ce qui semble compter, c’est la haine ou le sexe. Voilà quand le monde me dégoûte. Des bouts de seins, des types en train de se branler ou se faire branler, des léchouillages abrupts, que de la laideur.

Ok, ça vous est déjà arrivé ? Allumer un écran et n’y voir que cette laideur ? Et se dire qu’en plus que tout cela manque dramatiquement d’esthétisme, en plus, les comportements et états d’esprits que ça traduit tendent à laisser penser que le monde est super moche. Cycliquement, les écrans que j’aime tant, et qui de surcroît en période de dépression, sont mes seuls liens avec le « dehors », me déçoivent mortellement. Je me rappelle de ce soir où je me suis infligée la fin d’un film de guerre où un jeune soldat assistait au viol d’une jeune vietnamienne qui finissait exécutée sur une voie ferrée, tout ça pour zapper sur un documentaire ultra-trash où des femmes se faisaient poignarder leur aine nue sur une scène tout en gardant leur visage voilé, et dans la lancée, un quelconque téléfilm aux scènes non pas sulfureuses mais particulièrement malsaines. Bref, en une heure de télévision à peine, le monde m’avait offert tout ce qu’il avait de plus laid. Je revis ça, de temps à autres.

Et juste après je me prends le coeur entre les mains comme si je voulais le réchauffer, le ranimer, j’ai mal de ce que j’ai vu, je me dis que quelqu’un comme moi n’a aucune chance dans ce monde répugnant. C’est vrai, après tout : quelqu’un qui croît aussi fermement en l’amélioration personnelle, dans le fait de travailler sur soi, de toujours tenter son possible pour être la personne la plus droite, la plus juste possible, comment quelqu’un comme moi peut survivre dans ce bain de sang et de sperme ? Sérieusement ?!

Ne vous méprenez pas. Je ne me considère pas comme parfaite. Loin de là. Si je m’aimais à ce point je n’aurais sans doute pas de blog. Peut-être même pas d’Internet ! Je brillerais si fort par moi-même que le contact d’inconnus me serait complètement égal. La violence fait partie de moi, presque autant que le sexe. Mais là, là franchement, là ça dépasse tout ce que mes yeux ont pu voir.

C’est facile de se dire que les médias transforment notre regard. C’est bien entendu un peu vrai : ils nous montrent soit le plus lisse, soit le plus laid. Mais ce qu’ils montrent… a forcément une part de réalité. Et cette seule part est en elle-même dégoûtante. Mais, voilà, c’est la vie, affrontons-la ! Au moins un peu. Je me gave d’images depuis des années, fussent-elles aussi laides que celles de ce soir, ou d’un de ces autres soirs où le monde est moche. J’ai besoin de mon injection de vie sous-cutanée, et se jeter une image bien cadrée, ça fait un shoot d’enfer. Mais parfois, je fais vraiment un bad trip. Et vous savez quoi ? Quelque part j’en redemande, parce que je n’ai pas balancé ma TV (et ceux qui me connaissent savent que d’ici à ce que ça arrive…!!!)

Bref moi je ne suis pas exactement meilleure. Mais au moins j’ai le mérite d’essayer, c’est peut-être ça la différence. Et c’est peut-être ce qui me choque, dans le fond : l’atmosphère de complaisance de toutes ces images. Ces gens qui font des choses laides et absurdes, et qui en sont ravis. Qui se font mal, qui font mal, qui baisent dans tous les coins et dans tous les sens. Et qui continuent de la sorte. Sans jamais rien remettre en question. Sans se demander s’il n’y a pas de meilleure vie à mener que celle-là. Voilà ce qui heurte mes convictions les plus intimes. Ca, et la négation de tout ce qu’il y a d’humain en ce monde.

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