Leg

26 décembre 2004 à 11:28

Triste héritage que ce que m’a légué Lord T depuis cette étrange cohabitation de plusieurs mois.

Je suis lui.

Je m’en suis d’abord vaguement doutée le premier soir que j’ai passé ici. J’étais déprimée à mort que tout cela prenne fin, je n’avais pas envie de manger, juste de pleurer (ce que j’ai d’ailleurs fait une fois à couvert). Mirador m’a proposé de dîner, j’ai refusé et elle a dit « tu devrais, prends au moins une soupe », et j’ai répliqué sèchement : « ce n’est pas la peine d’insister, je n’ai pas faim, je n’ai pas envie de manger, je ne mangerai pas et plus tu insisteras, moins j’aurai envie. Ne cherche pas à me faire changer d’avis ». J’ai bien vu sa mine triste quand elle a dit dans un souffle « bon, d’accord », et j’ai pensé à Lord T qui n’était encore que dans la pièce d’à côté en train de se préparer à partir, et je me suis dit « je viens de dire exactement ce que j’ai entendu ces derniers mois ». J’ai haussé les épaules mentalement, me disant simplement que c’était la fatigue, la douleur, que ça n’arriverait plus.

L’évidence est là. Chaque mot que j’ai envie de répondre à Mirador semble emprunté à Lord T. Du moindre « ça doit captiver ceux que ça intéresse » (une blague récurrente avec Lord T jusqu’à ce qu’il me la balance un jour mesquinement, lui faisant perdre son statut de private joke à jamais) aux réponses de type : « je ne ressens rien pour toi ».

C’est d’ailleurs assez terrible de me rendre compte que je ressens pour ma famille la même chose qu’il ressent(ait ?) pour moi : indifférence totale. Cohabitation minimale. Politesse de justesse. Aucune affection. Besoin d’être séparés aussi souvent que possible.

Le fait d’avoir l’impression de ressentir la même chose est à double tranchant. D’un côté, je me dis que je le comprends enfin, et ai envie de l’appeler, et de le lui dire, qu’enfin j’ai compris… Mais les raisons qui font que j’ai envie de l’appeler, font que je ne le fais pas. Simplement parce que je peux à présent me mettre à sa place et comprendre que je ne suis pas la bienvenue, ni au téléphone, ni ailleurs dans sa vie, quelle qu’ait été notre dernière semaine.

Et juste comme ça, à la fois la blessure s’ouvre et commence tristement à cicatriser.

C’est officiel, je l’ai perdu, comme ma famille m’a perdue et ne me retrouvera jamais. De la même façon que leur seule existence dans mon entourage m’insupporte, que les mots, les gestes, la présence de Mirador, me font pousser des soupirs d’impatience, de rage et de frustration. Je voudrais être n’importe où ailleurs qu’aussi près. Je voudrais pouvoir continuer à vivre sans eux. Fichues réalités financières, qui m’obligent à entendre, en une semaine à peine « je suis chez moi ici je te signale, pas toi ». Ah, qu’elle est originale celle-là !

Suis-je quelqu’un d’insupportable à vivre ?

Je me le suis demandé, mais pas forcément. La vérité c’est que vivre avec des gens que l’on aime et qui vous le rendent bien n’a évidemment pas le même niveau de difficulté que de vivre avec des gens avec qui on a des contentieux.

Certes, je ne fais rien pour les régler avec Mirador. Je n’en vois pas l’utilité. La frustration ne changerait en rien. Et quel intérêt pour moi de lui dire froidement qu’elle ne compte pas à mes yeux ? Elle n’a pas besoin de l’entendre, ni moi de le dire. Et franchement, je ne le ressens pas comme un poids duquel me soulager, je n’ai rien à lui confier, elle n’est qu’une personne, pas une proche, elle n’a pas plus de valeur à mes yeux… que 6 milliards d’autres êtres humains.

Merci pour le leg.

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