Je ne suis pas trop bête

3 février 2005 à 0:52

Disons que ça va. Et quel dommage, d’ailleurs !

J’aurais rêvé être stupide. Ou au moins superficielle, enfin, un petit quelque chose pour me consoler, quoi !

Me consoler de quoi ? De n’être pas allée plus loin.

Chaque jour ou presque, je me fais à moi-même des démonstrations de ma « pas trop bêtise », et j’enrage de me relire ensuite, ou seulement de m’entendre penser.

Qu’aurais-je voulu faire ? Mais tout ! Absolument tout ! J’aurais voulu étudier l’écriture, la réalisation, la musique, le dessin, l’art dramatique, certaines sciences dont la médecine et la psychologie, le droit, la communication, le marketting, l’informatique, la décoration intérieure, l’histoire, les sciences politiques, même… J’aurais voulu… tenir tous les rôles ! Etre capable d’apprendre dans tous les domaines ! Etre capable de tout faire, me forger une opinion sur tout, me cultiver sur tout, parler de tout, tout comprendre !

J’aurais voulu être intelligente, vraiment, transcender la barrière de l’argent et raffler BAC + 30 dans un millier de disciplines avant mes 25 ans ! J’aurais voulu… être exceptionnelle. Surdouée peut-être.

A une époque j’avais un an d’avance. Mes parents n’ont cessé de me répéter que je le devais uniquement à ma date de naissance, que c’est ce qui avait entraîné une entrée prématurée en classe. Pourtant j’ai su lire très tôt. Et bien. Et beaucoup. Et puis j’ai foiré et j’ai rattrappé mon avance.

Je me suis toujours un peu demandé, vous savez. C’est très présomptueux, mais parfois je voyais tous ces documentaires sur l’avance intellectuelle et les « surdoués », et je me reconnaissais dans ces portraits, et il m’arrive de m’y reconnaître encore.

Je suis autodidacte sur tout ce que je fais actuellement. Ecrire, rédiger des articles de fond, participer à (et parfois enrichir) des débats, comprendre les rouages de telle industrie… ça peut paraître anodin et ça m’a semblé l’être pendant longtemps, mais en fait, tout le monde (en plus de n’être pas forcément intéressé par tout cela), n’est pas capable de le faire comme je le fais.

Dans les domaines où je commence à avoir un certain niveau de connaissances et d’analyse, pas mal de gens me complimentent, et parfois m’avouent, sans aucune gêne, leur admiration. J’ai mis du temps à comprendre qu’il y avait une différence entre leurs écrits et les miens. Encore maintenant je ne les vois pas toujours, tandis qu’elles sautent aux yeux de certains. Je ne suis donc pas trop bête, n’est-ce pas ?

Que n’ai-je été géniale ? Douée ? J’aurais aimé.

J’ai parfois été tentée par des tests. Mais je ne les ferai sans doute jamais à présent. J’ai passé l’âge des études, les plus grandes orientations sont derrière moi. Je ne voudrais pas découvrir que j’aurais pu faire mille fois mieux. Car actuellement j’ai le regret de n’avoir pas fait cent fois mieux, mais avec le doute : j’aurais pu essayer, je n’aurais pas pour autant réussi. Avais-je réellement les moyens intellectuels d’aller plus loin que là où je ne me trouve à présent ?

Le doute subsistera et ce n’est pas plus mal. Car l’autre alternative n’est pas plus réjouissante : découvrir que je n’avais pas l’intelligence pour aller plus loin, que je n’ai que ce que je mérite. Et c’est très, très déprimant. Ca n’est pas du tout une consolation.

Je continue de me demander, si par hasard, j’ai des possibilités inexploitées, de toutes façons je ne peux pas les exploiter actuellement alors… autant me dire que je recèle des trésors insoupçonnés ! C’est très réconfortant et comme personne n’accomplit cette mission pour moi, il faut bien que je tire un quelconque espoir de quelque part.

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