Stephanie’s Baby

17 décembre 2008 à 19:41

J’avais deux possibilités, aujourd’hui. Soit me plaindre de la disparition de ma pelote de laine avec toutes les séries du monde (moins les DVD dont j’ai déjà parlé ya pas une semaine), soit vous parler d’un film que j’ai vu ces derniers jours (oui, les films, je les regarde en deux fois 45mn, j’ai encore cette faiblesse). Et comme bah, justement, côté nouvelles séries à vous présenter, je suis un peu en galère…
Parce que, oui, en fait, des films, j’en vois ‘achement plus souvent maintenant que je me suis lancée dans les posts A vendre, joli, pas cher, et quelque part je pense que c’est une sorte de petite hygiène mensuelle qui me rafraîchit la cervelle, qui fait du bien, limite qui m’est nécessaire. Je n’ai jamais autant regardé de films que depuis cet automne (je veux dire : 26 ans et demi de ma vie d’une part, et les trois derniers mois d’autre part), mais finalement c’est pas si mal. En fait, ça m’offre aussi un regard complètement différent sur les séries que je regarde et que je pensais connaître sur le bout des doigts, pour être honnête.

Comme aujourd’hui, tiens. Juste quand je commence à me dire « Oh, tiens, j’ai loupé un des épisodes de New York Unité Spéciale, ce weekend… et ça me rend même pas un peu triste », je tombe sur un film dont je ne savais rien (j’aime bien faire ça : lancer un film pour une raison obscure, en ignorant jusqu’au pitch…), et je suis bluffée, et je me dis que finalement, non, j’ai ptet pas fait le tour de tout ça, de ce genre de sujets. Et que j’imagine très bien B.D. Wong conduire un interrogatoire de ce genre pendant un épisode à huis clos, par exemple (enfin, sitôt que B.D. Wong pourra tomber enceinte… mais il est gay, pas transsexuel, on ne peut pas être partout).

C’est quoi le nom du film ? Stephanie Daley
C’est plutôt quel genre ? Drame dramatique
Qui on connaît là-dedans ? Amber Tamblyn, vue dans Joan of Arcadia et prochainement The Unusuals, et Tilda Swinton, vue partout sauf à la télé donc c’est déjà bien gentil de ma part d’avoir retenu son nom
Ça date de quand ? Le film date de 2006, mais il a été distribué de façon très limitée… je ne sais même pas s’il est sorti en France !
En résumé, de quoi ça parle ? D’une jeune fille qui, dans le cadre de son procès, est amenée à voir régulièrement une psy. La psy est enceinte, et la jeune fille est accusée d’avoir tué son bébé à la naissance.

En moins résumé, de quoi ça parle ? On dit que 16 ans, c’est le bel âge, mais pour Stephanie Daley il s’avère bien plus sombre, lorsqu’elle est découverte, dans la neige, une trainée de sang derrière elle ; dans les WC de la station de ski où on l’a trouvée, le corps sans vie d’un nouveau-né… Dans le cadre de son procès, Stephanie est amenée à recontrer une psychologue qui doit évaluer son cas pour les services du procureur, et pour ce faire, elles se rencontrent à plusieurs reprises dans son bureau. Autant d’occasions pour Stephanie de raconter comment tout cela s’est déroulé, ou plutôt comment elle suppose que ça s’est déroulé puisqu’elle prétend ne pas avoir su qu’elle attendait un enfant, sous les yeux horrifiés de la psy qui est enceinte et a ses propres questionnements vis-à-vis de la grossesse à gérer… notamment parce que sa grossesse précédente n’a pas été menée à terme.
Et ça finit comment ? Dans les larmes (des deux côtés de l’écran). Mais pouvait-il en être autrement ?!

Pourquoi c’est bien ? Parce que c’est un de ces films empreints d’une infinie délicatesse, ne cherchant pas à faire de la démonstration de moyens techniques, ou même de démonstration sociale de quelque ordre que ce soit. Aussi aberrant que ce puisse sembler être pour un sujet aussi sensible, le film ne juge pas, ne juge rien, pas un seul instant. Le milieu très religieux, le côté mère imparfaite de la psy, la façon dont Stephanie est tombée enceinte, rien, on ne vous livre pas une pensée en kit, faites votre cuisine de votre côté, tirez les conclusions que vous voulez. De même, les rencontres entre Stephanie et la psy donnent lieu à plein de flashbacks, mais sans effet de flashback inutiles, juste un sens aiguisé de la photographie, qui fait son oeuvre tout au long du film. C’est juste beau, et si on ne fait pas attention, ça peut ressembler à n’importe quelle chronique de la vie ordinaire, avec des instants de flottement, des moments de rires ou de larmes, mais en fait on ne cherche pas à nous impacter et c’est pour ça que ça marche. On ne joue pas non plus sur la corde sensible avec de la musique tristoune partout. En fait, tout est d’un suprême doigté…
Pourquoi c’est pas bien ? Bah, du coup, vous comprendrez bien que c’est un tantinet bavard, quand même. Il y a des passages… walou ! C’est long. Mais c’est bon. Mais c’est long. Mais c’est bon…

Ah, les joies du cinéma ! Jamais aucune actrice n’aura offert une aussi impressionnante performance dans des toilettes qu’Amber Tamblyn (à part Pamela Anderson lors de ses castings).
La réplique qui tue : Toute la question qui se pose pour la psy, c’est de savoir si Stephanie savait qu’elle était enceinte. Pour son travail (et pour elle aussi, mais elle ne se l’avouera pas), c’est la seule question qui compte : les autres interrogations trouveront alors leur réponse à partir de là. Lors d’une séance, la psy insiste pour savoir si Stephanie s’était posé la question de la grossesse, et n’obtenant pas de réponse convaincante, elle aboutit au dialogue suivant :
« You could have found out.
– I thought I was being punished.
– Last year I lost a little girl, at 23 weeks. They found out her heart had stopped beating, they induced labour, it took 6 hour and a half to deliver her, she came out looking like her father… What was I being punished for ?
– You tell me. »
La scène qui tue : Au début du film, j’étais impressionnée par le premier flashback, doux-amer à souhait et d’un calme à la fois réconfortant, et très éprouvant vu ce qu’on nous laissait comprendre sur l’histoire du film (autant dire : le strict minimum). Cette scène m’a beaucoup touchée, et c’est pour cela que je vais vous la livrer, mais avant, je veux vous  parler un peu plus de l’autre scène, la vraie scène, celle qui marque vraiment, mais que ne vous montrerai pas, il faudra voit le film, et c’est évidemment la scène de l’accouchement. Je vais en faire des cauchemars pendant des années de cette scène. J’ai eu envie de hurler de douleur, non par empathie mais parce que c’est là où le drame se joue, évidemment, et que ça donne la solution à la seule question qui avait de la valeur : Stephanie a-t-elle tué le bébé ? Atroce. Énorme. Déroutant, renversant, brutal, et en même temps, plein de tact… J’en suis retournée pour longtemps.
Mais bon, pour le moment, prenez celle-ci, fameuse scène de la première consultation chez la psy, et du premier flashback… elle vous donnera une bonne idée de l’ambiance du film, c’est déjà ça. A partir de là, vous aviserez.

Une note ?
Une fois de plus j’ai hésité à mettre une demi-cagoule supplémentaire mais, vous savez quoi ? En fait non, 4 cagoules, c’est bien. C’était très éprouvant et, non, je ne regarderais pas ce film pour le fun, même moi. C’est vous dire.

Bilan :
Stephanie Daley, ce n’est vraiment pas le film que vous allez regarder entre amis, un soir où vous vous faites un fond de popcorn. Ça, déjà, c’est clair. Mais si vous vous y risquez, il y a une récompense à la clé. Ce qui est impressionnant avec ce film, c’est que d’une part, il ne cherche pas à se présenter sous la forme d’un thriller (si par exemple, il s’était montré sous la forme d’un procès, on aurait établir clairement que le propos était de définir si oui ou non Stephanie avait tué le bébé, là c’est plus un questionnement tacite qu’autre chose, et pourtant la réponse tarde énormément à venir, et on n’est pas sûrs, pendant tout le film, de ce qui s’est vraiment passé), et d’autre part, il parvient à brosser le portrait de deux femmes, Stephanie et sa psy, avec une donnée essentielle : la place des certitudes dans leur vie. Les certitudes qui s’effondrent, ou qu’on cherche à garder au contraire, ou celles qu’on ne remet pas un seul instant en question… c’est un film qui parle avant tout de certitudes, et pas de la mort d’un nouveau-né. J’ai trouvé ça très fort. Et les deux femmes se renvoient des certitudes l’une à l’autre et c’est ça qui fait la force de Stephanie Daley. Bref, c’est très fort, mais c’est vraiment, vraiment pas marrant.

Je ne me fais pas d’illusion : peu de monde aura vu Stephanie Daley, et je ne m’attends pas à des dizaines de commentaires de votre part commençant par « moi aussi j’ai vu ce film ». Mais les plus curieux (et anglophones, hélas) d’entre vous, j’en suis sûre, sauront en faire l’expérience.
Parce que, en fait, après ces premiers posts dans la rubrique Comme au cinéma, il semblerait que je sois mal, très mal partie pour vous parler du Disney de l’hiver, ou du prochain film de Shia LaBeouf qui fait comme si on ne se souvenait pas qu’il était dans le calamiteux La Guerre des Stevens, en fait non, ya peut de chances que je vous parle de tous ces films-là, que tout le monde attend, que tout le monde ira voir. Déjà parce que je ne vais pas les voir au cinéma, pour commencer, et la démarche, du coup, change la donne. Et aussi parce que je suis tellement inculte en ciné, qu’il m’a fallu faire des recherches pour savoir qu’un film avec Shia LaBeouf sortait le 24 décembre : je n’y connais rien de rien, je vous l’ai dit. Je ne sais pas, avant d’avoir lu les critiques de tout le monde, quels sont les films attendus ou non, et je ne les regarde même pas de toutes façons même une fois que j’ai lu les 200 blogs qui parlent tous de tel ou tel film.
Je choisis mes films sur d’autres critères et ça me fera certainement en évoquer plein qui n’éveilleront que de très vagues souvenirs, dans le meilleurs des cas, pour la plupart d’entre vous. Je suis désolée, je pense qu’il faudra vous y faire : je ne parle pas tellement des séries les plus populaires ; ça ne risque pas d’être très différent pour les films, finalement. J’espère que vous serez suffisamment curieux pour me suivre dans ces découvertes-là aussi, malgré tout…? La survie de cette rubrique dépendra de vos réactions.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

5 commentaires

  1. Scarlatiine dit :

    J’aime beaucoup Amber Tamblyn, alors je pense lui trouver une petite place sur ma liste déjà trop longue des séries-et-des-films-à-voir ^^ (malgré la VO et mon niveau d’anglais)

  2. ladyteruki dit :

    C’est en forgeant etc… Sans Oz, je ne serais probablement pas bilingue pour tout te dire. Hâte de savoir ce que tu en penses, en tous cas.

  3. Nakayomi dit :

    Moi aussi j’ai vu ce film…

    Re-désolé, c’était juste pour te faire plaisir…

    Euh, là, comme ça… Y’a Amber Tamblyn quoi… A la rigueur, ça pourrait me convaincre (mais les films en VO, c’est encore plus rare que les séries… Faut vraiment que j’ai pas le choix). En fait, je ne sais pas. Le thème ne m’attire pas des masses, mais c’est le genre de truc qui pourrait quand même bien passer au final… Mais à un moins d’un miracle qui s’appelle sous-titres…

  4. ladyteruki dit :

    Dés qu’on m’aura appris comment faire, je ferai les sous-titres pour Soldier’s Girl. Et ptet que Stephanie Daley sera la suivante sur ma liste.

    Compter environ 2 siècles avant livraison.

  5. freescully dit :

    Pour les sous-titres, subtitle workshop est ton ami
    Et je n’ai pas vu le film mais pourquoi pas, je vais essayer de voir ça bientôt.

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