Meet the press

27 mars 2010 à 9:29

Qu’implique sur l’état de notre société ce recours au tout-policier dans les séries ? En quoi témoigne-t-il d’un changement de mentalité ? Les comparaisons (inévitables) entre les deux versions de V m’ont conduite à quelques menues réflexions…
Et ce que la série V (New Gen) dit sur les policiers, elle le dit aussi sur une autre profession : les journalistes.

Parce que, voilà : on constate deux choses quant à l’identité des personnages lors du passage de l’une à l’autre série :
– d’une part, le personnage qui est journaliste a glissé d’un camps à un autre
– d’autre part, l’apparition d’un personnage qui est un agent du FBI

Il n’y avait pas, au casting de la première série, de personnage de premier plan qui appartienne à une profession policière, et je pense que s’il en avait été un, sa position aurait été radicalement différente.

Le policier, représentant par essence de l’État (à plus forte raison à la télévision américaine), aurait été dans la première série l’un des symboles de la collaboration, qu’elle soit voulue ou non. Ceux qui avaient le pouvoir de refuser l’occupation lézarde, dans V, c’étaient un journaliste (deux au début, même) et une scientifique, mais aussi un mercenaire, le fils rebelle d’un politicien… des personnages qui étaient, avant même les évènements, des électrons libres, affranchis de l’attrait du pouvoir ou du confort. Mike Donovan était d’ailleurs non seulement journaliste, mais surtout reporter de guerre ; une position impliquant un certain recul.

Dans V, la vérité appartenait aux outsiders qui, sortis du système, étaient les seuls dotés d’un regard d’ensemble sur la situation découlant de l’arrivée des Visiteurs.

Mais dans V (New Gen), regardons un peu qui sont les piliers de la Résistance (ou ce qui, après 4 épisodes, tient lieu de). Un agent du FBI, un pasteur, un business man et un paranoïaque vraisemblablement marginal. Ici, le seul personnage qu’on pourrait qualifier d’outsider, Georgie, est instable, limite dangereux. Les 3 autres ? Ils sont « infiltrés » dans les institutions religieuses, policières et financières (puisque notre Willie 2009, au lieu d’être un attachant benêt, est devenu un golden boy musclé).
La vérité a basculé dans le camps des autorités.

Oh, bien-sûr, le FBI (et, on l’imagine au vu de quelques éléments distillés, l’Église) n’est pas le creuset de de la Résistance, ce serait trop facile. Il ne s’agit pas de dire que les flics sont forcément les « gentils » dans notre affaire, évidemment. On y trouve autant de Visiteurs infiltrés que de bureaucrates rigides. J’ai pas dit que c’était le Club Med, non plus ! Mais la vérité est dans le camps des institutions officielles et officieuses du pays, seuls les personnages ayant un certain nombre d’accréditations sociales ont la possibilité d’y accéder.

Et comme un rapprochement entre le nouveau V et le 11 Septembre est inévitable, force est d’admettre que lorsqu’on pense « vérité », on revoit George W Bush expliquant devant un parterre de journalistes comment « on » va trouver les responsables des attentats. C’était qui, ce « on » ? Vous ? Moi ? Un toiletteur pour chiens ? Non, « on », c’est l’État.

Alors dans tout ça, où est passé notre journaliste, aujourd’hui ? Il est devenu un présentateur propre sur lui, au costume sur mesure, assis sur ses fesses dans un joli studio ou très en sécurité parmi une foule d’autres journalistes peu aventureux. Et surtout, il est plus facilement influençable : il commence par être galant, ensuite il se fait carrément acheter pour aider la propagande lézarde, après quoi au lieu de se dire que, ah tiens, z’ont pas l’air si sympas que ça nos nouveaux copains, ce qui l’aurait fait sans nul doute passer dans la Résistance, il préfère la jouer perso et dirige ses actions non en fonction de la vérité, mais selon ce que cela peut apporter à ses intérêts personnels.
Voilà le peu de crédit que V (New Gen) accorde à la liberté de la presse et de l’indépendance des journalistes…

La recherche de la vérité et la lutte contre le Mal n’appartiennent plus à des intellectuels indépendants, mais désormais à ceux qui se sont fait une place dans les institutions du pays.

On a accusé V (New Gen) d’être une critique détournée de la présidence d’Obama. Je ne sais pas si c’est vrai, et si ça l’est, j’ignore si c’est conscient ; mais en tous cas, la symbolique du glissement des responsabilités du personnage-journaliste, et de l’apparition du personnage-flic, dénotent bien d’un changement de mentalité.
C’était quoi, ce frisson dans ma colonne vertébrale…?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. Livia dit :

    Je n’ai pas grand chose à ajouter si ce n’est saluer le fait que c’est un très intéressant article de remise en perspective, qui laisse en effet bien songeur.

    Après, j’aurais plutôt tendance à penser que V n’essaye pas vraiment d’envoyer un message conscient aux téléspectateurs sur les pseudo-garants de liberté ; mais je pense qu’elle a été conçue pour refléter ce qui est considéré comme la mentalité de l’époque. Ce serait plus une radiographie qui se veut représentative qu’un essai de « propagande idéologique »… Mais l’un dans l’autre, je ne sais pas ce qui peut paraître plus inquiétant dans le glissement que l’on peut constater ; et le phénomène s’auto-nourrit…

    En tout cas, intéressante mise en lumière de cet aspect ! Bravo pour cet article !

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