Bouillon de culture

18 juillet 2010 à 9:07

 » Quel nom donneriez-vous à une communauté qui doit vivre avec l’idée que ses citoyens peuvent à tout moment être tués par une bombe en mangeant une pizza ?
– Israël. »

(A la Maison BlancheIsaac et Ismaël )

Et pourtant, ses citoyens continuent d’aller manger une pizza.
C’est très impressionnant d’étudier l’histoire télévisuelle d’un pays comme Israël. On ne peut pas penser qu’à la télévision quand on le fait. On ne peut pas prendre la télévision hors-contexte, on ne peut pas ne pas relire ses cours d’Histoire, on ne peut pas ne pas consulter une carte de la région, on ne peut pas éviter de lire ce qui se passe dans l’actualité. On ne peut pas oublier qu’avant d’être des spectateurs israéliens, ils sont des Israéliens.

Je ne sais pas si j’ai su retranscrire cela sans être trop lourde dans le nouvel article que vous trouverez sur SeriesLive aujourd’hui. J’espère en tous cas qu’il vous intéressera autant que les précédents.

Shalom alekhem : la télévision israélienne pour les nuls

Le plus impressionnant dans un pays comme Israël, c’est que finalement, dans un pays qui semble, de là où je me trouve, constamment au bord du précipice, on trouve le temps de développer des trucs qui semblent, finalement, totalement futiles, quelque part ! La musique, le cinéma, la télévision… C’est vraiment impressionnant de se dire qu’une telle énergie créative existe dans un univers où la peur est loin d’être absente.
Quelque part ça tombe sous le sens : oui, un pays avec une histoire douloureuse a forcément besoin des arts pour explorer et/ou prendre de la distance avec ses préoccupations. Mais d’un autre côté, il faut un certain courage pour se divertir quand on vit dans pareil contexte.

On n’y pense même plus quand on regarde une série américaine ; on est tellement imbibés de bribes de culture américaine (très parcellaire mais on a si peu d’occasions de s’en rendre compte !) qu’on est convaincus qu’il n’y a aucun décalage, aucune spécificité L’impression de se plonger dans un monde où la fiction est le reflet d’une certaine réalité n’était pas aussi présente quand j’ai abordé les séries asiatiques, non plus. Même quand on les regarde pour la première fois, je crois qu’on n’imagine pas un instant que les séries japonaises ou sud-coréennes, dans leur immense majorité, s’inscrivent forcément dans une démarche globale de l’expression culturelle d’un pays. A l’exception de cas très rares, les différences culturelles sont juste vues comme exotiques, et c’est tout. Même quand j’ai commencé à frayer avec les séries indiennes, il y a trois ou quatre ans, je ne ressentais pas cette impression de devoir composer avec un certain nombre de réalités, même quand elles étaient abordées dans une série. Qu’une série soit un léger divertissement ou un drame intense, c’est assez rare qu’on se dise : merde, attends un peu, ça dit quelque chose sur le pays ; c’est notre désensibilisation à nous, téléphages, à force de regarder la fiction, on oublie de replacer dans la réalité ce qu’elle dit .
Mais intéressez-vous quelques heures à la télévision israélienne et vous ne pourrez plus la dissocier de l’actualité israélienne, de la religion juive, etc…

Dans un article comme celui qui est publié aujourd’hui, on a envie de compléter chaque information sur la télévision par une information qui lui est extérieure. Tout semble s’inscrire dans un contexte. Tout paraît avoir une portée allant bien au-delà de la création de la télévision, ou de la création d’une série.
En faisant mes recherches pour compléter un certain nombre de fiches faites pour l’occasion, je suis tombée sur des articles, des thèses, des videos qui m’ont profondément marquée. A un moment, il y a eu cette série turque, Ayrilik, dont les extraits sur la Palestine m’ont tellement bouleversée, qu’en 11 minutes je suis passée de « ah, super motivée pour faire des fiches pendant une heure ou deux ! » à « je veux aller me rouler en boule dans mon lit et m’endormir en pleurant ». Petite nature ; ah j’ai de la chance d’être née là où je suis née, je ne ferais pas long feu dans un pays comme Israël !

Non que la télévision israélienne soit glauque, ou focalisée en permanence sur les conflits passés et présents du pays. Pas du tout. C’est même fou le nombre de comédies qu’on y trouve. J’ai jeté un œil au pilote de Mesudarim, et bien que n’ayant pas de sous-titres, pendant les 5 premières minutes que j’ai regardées, j’ai ri deux ou trois fois. Pas d’un rire du genre « ahah c’est trop con » qu’on peut avoir devant Friends, mais plutôt le rire amer mais sincèrement amusé qu’on a devant, je ne sais pas, un épisode de Nurse Jackie par exemple. J’ai vu des extraits de Reviat Ran, Srugim ou encore Hakol Dvash, et on n’était pas dans quelque chose de pesant.
Mais j’ai aussi lu des tas de choses sur Hatufim (je suis en train de cagouler le pilote), et je ne doute pas qu’une série comme celle-là sera autrement moins drôle. J’ai d’ailleurs lu un résumé de la scène d’ouverture du premier épisode qui ne laisse que peu de doute à ce sujet.
C’est donc simplement que la télévision israélienne est plus ancrée que beaucoup d’autres dans la réalité du pays. On y pleure, on y rit, mais on n’y évite pas une certaine forme d’introspection.

Vous savez, quand je fais tous ces articles en espérant rendre les gens curieux… je crois que c’est quand même moi qui m’enrichis le plus de toutes ces découvertes. Si vous voulez, je vous raconterai à quoi ressemble mon « protocole » quand je bosse sur ces articles, ça se trouve, ça vous encouragera à faire quelques recherches aussi. Parce que lire les articles que j’écris sur SeriesLive (dans ce que Livia, et j’aime énormément l’expression, a qualifié de « tour du monde du petit écran », démarche que je n’avais pas pensé à formaliser de cette façon), idéalement, ce ne devrait être qu’un début.

Lancez-vous ! Avec des articles et des fiches, vous avez plus d’outils pour faire cette exploration que moi quand j’ai commencé…




D’ailleurs, à partir de maintenant, quand je vous parlerai d’articles faits pour SeriesLive, je vous indiquerai aussi les fiches que j’ai faites, comme ça, vous aurez un point de départ.
Ah punaise, plus je suis curieuse, plus ça me rend curieuse, et plus j’ai envie de rendre les gens curieux… je suis la seule à qui ça fait ça ?

par

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2 commentaires

  1. Eclair dit :

    Non, non je te rassure tu n’es pas seule ! Moi aussi j’ai envie de rendre les gens curieux.
    Je salue d’ailleurs ton article, c’était vraiment intéressant.

    Pardon pour le jeu de mots, mais le système mekhikon (mais qu’il est c !). J’avais jamais entendu parler d’un truc pareil. Décidément, on se plaint de notre télé, mais ailleurs c’est pire. L’idéologie prônant la main mise de l’information fait peur.

  2. ladyteruki dit :

    T’inquiète, il a fallu que je me fasse violence pur ne pas moi-même fare le jeu de mot (j’ai à la place opté pour le terme « ubuesque », parce que je ne pouvais pas laisser l’info totalement subjective ; ne le répète pas à mes patrons sur SL ). Et tout ça pour à peine 10 années pendant lesquelles les Israéliens ont de toute façon acheté des récepteurs couleur, et pour faire marche arrière au début des années 80… Enfin, justement, ce qui rassure, c’est que ça n’a été que temporaire. Et actuellement Israël n’est pas le pays le plus mal loti actuellement en matière de liberté des médias ; le prochain pays du tour du monde sera d’ailleurs bien pire.

    Ça fait vraiment réfléchir à plein de trucs, ces articles…

    En tous cas, merci pour ton soutien. Le nombre de lectures sur ces articles est bon (surtout vu l’aridité du sujet a priori auprès du grand public), mais côté commentaires, c’est encore faiblard. L’appel est lancé !

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