The time it lasts

14 novembre 2010 à 22:44

Aujourd’hui, 3 ans et 11 mois après l’ouverture de ce blog, avec ce 1276e post, je marque un jour pas comme les autres.
Le jour où je ne vous parle pas de séries, où je ne cherche pas à vous faire découvrir quoi que ce soit, où je ne vous invite pas à partager vos expériences, où je n’attends pas de conseil sur ce que je pourrais regarder ou non. Le jour où j’ai juste envie d’utiliser ce blog pour ce qu’il est : un blog.
Pas mon blog personnel (j’aime cloisonner), mais pas loin, à bien y réfléchir.

I’m getting too old for this shit.
C’est une pensée récurrente ces derniers temps pour moi.

J’ai 30 ans, enfin presque, et parfois je me demande combien de temps ça va encore durer. Quand on est ado, puis quand on n’est pas encore vraiment entré dans la vie active, on a tout un tas d’excuses pour se plonger dans une passion, certaines plus sensées que d’autres. Ensuite on rentre dans la vie active et on a de l’argent pour épancher sa passion, alors ça dure encore un peu.
Mais quand je regarde autour de moi les adultes avec qui je travaille, avec qui je vis, avec qui je sympathise… ils n’ont pas de passion chronophage. Parfois je le constate avec tristesse, d’autres fois avec une pointe de pitié, mais de plus en plus souvent, avec envie. Des gens qui n’ont pas à se préoccuper d’un post quotidien sur un blog, de news pour un site, de fiches dans une base de données. Mais aussi des gens qui n’ont pas cette obsédante question en tête de savoir quand est-ce qu’ils vont pouvoir regarder un épisode de série.

C’est souvent que je plaisante et/ou fais des comparaisons entre la téléphagie et une addiction classique. Mais est-ce que je pourrais vraiment me passer de séries ? Pourquoi la seule pensée de le faire semble effrayante ?
Je ne sais plus trop, au juste, pourquoi il m’est si important de pouvoir regarder des séries.
Pourquoi suis-je frustrée parce que je n’ai eu le temps de voir que le pilote de Downton Abbey ? Pourquoi suis-je triste que Rose soit partie ? Pourquoi ai-je commandé une pizza jeudi soir pour enregistrer un bonus du podcast ? Pourquoi ai-je programmé dans mon agenda une alerte pour me souvenir de la date des Gemini Awards ?
En quoi tout cela a-t-il de l’importance, au fond ?

Le simple fait que je me pose la question ne veut-il pas dire que j’atteins le bout ? Qu’après 15 ans de téléphagie, dont 10 vraiment, vraiment acharnées, est-ce que j’ai réussi à faire l’impensable : atteindre la limite ? Passer le point où ça comptera de moins en moins pour finalement ne plus compter du tout ?
J’ai 30 ans (en arrondissant ; ça m’a jamais gênée d’arrondir au plus haut). Est-ce qu’il n’est pas temps pour moi d’arrêter avec tout ça et me consacrer à d’autres choses ? Je ne veux pas d’enfant, je ne veux même pas me marier, c’est pas tant une question d’horloge biologique que de questionnement sur ce qui compte vraiment.

Et d’ailleurs combien de temps aurai-je la moindre légitimité pour faire tout ça ? Imagine-t-on lady à 40 ans en train de présenter un podcast ou un autre, rédiger des news ou des posts, continuer à chercher des pilotes et partager des génériques ? Pour un Winckler, un Carrazé… combien de téléphages qui reviennent à la raison et réalisent qu’ils ne passeront raisonnablement pas leur vie à parler de séries ? Dans quelle équipe je suis ?

C’est beau de vouloir partager, je suppose. Mais pour quoi faire ?
Évidemment, quand on ouvre un blog, quand on écrit pour un site, quand on s’investit de quelque façon que ce soit, on réalise bien vite que cela sert de catalyseur pour soi-même découvrir plus de choses. Et c’est forcément enivrant de penser à toutes les choses que j’ignorais il y a quelques mois, à toutes les séries dont j’ignorais l’existence parfois il y a quelques semaines à peine, et de réaliser que je n’en ai certainement pas vu le quart du tiers de la moitié d’un dixième. Oui, en continuant à m’impliquer, ici, là ou ailleurs, je me promets des lendemains téléphagiques qui chantent, c’est sûr.
Mais à quoi bon ?

Les mots que j’ai entendus cent fois résonnent différemment : ce ne sont que des séries. Ça avait le don de me révulser, ça devient une idée presque séduisante.

Si j’arrêtais tout maintenant, pas juste le site, pas juste le blog, pas juste le podcast, si j’arrêtais tout, vous vous rendez compte du temps gagné pour faire d’autres choses, m’intéresser à d’autres choses, rencontrer d’autres gens ? Je n’ai rien contre vous, vous êtes des lecteurs supers au contraire, mais sérieusement, tout ça rime à quoi ?
D’ailleurs, je disparaitrais de la surface du net, vous ne seriez pas des téléphages différents. Les horizons que j’ai éventuellement pu vous ouvrir vous sont définitivement ouverts, que je sois là ou pas ; les séries dont j’ai parlé existent sans moi. Sans compter de tout ce que j’ai manqué d’accomplir, les posts que vous n’avez pas lus, les cagoules que vous n’avez pas été chercher, les fiches que vous n’avez pas lues, si vous ne l’avez pas fait, il y avait probablement une bonne raison, que j’insiste ou non n’y changera rien.

Si ça n’a d’utilité ni pour moi ni pour vous, qu’est-ce qu’on fait là, tous, et moi en particulier ?

J’ai eu une vie téléphagique incroyable, j’ai fait plein de découvertes, j’ai appris plein de choses. Vraiment, c’était une putain d’expérience, une expérience de 15 ans, ce qui n’est quand même pas rien, une expérience qui m’a donné plein d’opportunités, mais enfin, une expérience quand même.
Car s’il y a une chose que j’ai appris des séries, c’est que même quand elles durent… elles ont une fin.

Ce soir, je vais jouer franc-jeu avec vous : je ne sais pas.
D’ailleurs pendant que j’y pense, s’il vous plait, ne remplissez pas les commentaires avec des réactions (plus ou moins) sincères, souvent exagérées, avec des appels de toutes sortes et notamment à la persistance. Je ne suis pas en train de prêcher le faux pour entendre ce que j’aimerais être le vrai. Limite, c’est peut-être le seul jour depuis que j’ai ouvert ce blog où je n’attends pas vraiment de commentaire. Je ne sais même pas ce que vous pourriez répondre à un post pareil, je n’aimerais pas être à votre place, en train de lire ce déballage de doutes.
Mais enfin, c’est là, sur la table, et il fallait certainement que je pose tout ça à plat, parce que j’ai souvent besoin de mettre les choses par écrit pour me libérer de certaines choses.

Et puis, parce qu’il n’y avait pas encore eu de post aujourd’hui.
Vous voyez, c’est effrayant que l’idée m’ait traversé qu’au moins, en postant ce que j’ai sur le cœur, ça m’aura permis de ne pas laisser le blog vide pour la première fois depuis le 1er janvier.

J’ai très certainement besoin de me désintoxiquer. Et pour avoir vu Rude Awakening plus souvent qu’à mon tour, je sais qu’une addiction, pour s’en débarrasser, il ne faut pas juste un peu freiner, juste un peu se calmer, juste un peu se modérer.
J’ai peur d’arrêter d’être téléphage. Rien qu’à cause de ça, il faut sans doute que j’arrête.

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5 commentaires

  1. Nick dit :

    Remplace « téléphage » par « téléphile » et tout deviendra plus facile.

    Plus sérieusement, si on peut dire, ayant dépassé le cap des « 30 ans » depuis quelques temps, je dois dire que certaines remises en cause sont vite balayées.

    En fait, dans notre cas, je pense que la rupture est impossible. Notre passion évolue, tout simplement, et, au fil du temps, on abandonne certaines choses de façon naturelle, on limite davantage le superflu pour ne garder que l’essentiel.

    Il n’y a pas d’âge pour assouvir sa passion, mais avec l’âge, on devient naturellement plus sage. Enfin… je crois.

  2. Nakayomi dit :

    Personnellement, ça fait un certain moment déjà que je me posais une question allant dans ce même sens « est-ce que cette passion durera toujours ou y’aura-t-il un moment où elle va m’abandonner »… Ca le fait pour les mangas, pour les animés, pour les séries… Je n’ai pas de réponse et je ne sais pas comment ça évoluera, mais plus qu’une cessation de toute activité, je pense, comme Nick, que ce sera une évolution… Il n’y aura peut-être plus de blog, plus de podcast, plus d’autres choses, moins de temps à parcourir le monde entier à la recherche de nouvelles pépites de séries, mais je ne suis pas sûr que ça puisse vraiment te quitter…

    Par contre, si jamais un jour tu venais à disparaître du net, préviens (non, mais c’est vrai, j’aime pas quand des connaissances habituelles disparaissent sans prévenir… Il y a toujours cette question de… ce qui a pu se passer…).

  3. S. dit :

    Cela concorde avec l’impression donnée de loin.

    Celle d’une dévotion sincère et passionnée au médium télé, un peu trop envahissante peut-être.

    Le rythme de publication ici même semble bien soutenu (1 note/jour si je ne m’abuse), peut-être un trop, là où 2, 3 notes hebdomadaires seraient amplement suffisantes.

    Un tel effort de constance est louable envers tes lecteurs; mais pas forcément respectueux de ton emploi du temps et de ta vie privée.

    Ajoute à cela les activités annexes que tu décris (alimentation d’une base de donnée série, chronophage s’il en est, dont la visibilité n’est pas forcément évidente), la charge de travail est telle qu’il est normal qu’un burn-out se pointe un jour ou l’autre.

    La « téléphagie », hier revendiquée, a cela de magique qu’elle propose, le temps de dizaines ou centaines d’heures, une porte ouverte vers un univers original mais familier, où les présences se font régulières, constantes, à quelques cliffhangers et retournements de situations près.

    La démarche que tu adoptes, de défricher de nouveaux horizons culturels et d’en devenir l’ambassadrice est autant louable et hautement respectable qu’elle te permet de satisfaire ce qui semble être un appétit intellectuel et culturel vorace, jamais satisfait, toujours en mouvement, en perpétuelle recherche de nouveaux horizons.

    Mais là où cette « téléphagie » est revendiquée, elle est également souvent répétée, martelée, à tel point qu’elle peut parfois être vue comme une pathologie, où les présences régulières évoquées plus haut ne sont que compagnies et aventures par procuration, certes dépaysantes et, il faut l’espérer, séduisantes et bien écrites.

    Cela n’est que de la fiction… Mais quelle(s) fiction(s)!

    Nul ne peut avec certitude interpréter ni répondre à tes questionnements actuels, mais peut-être est-ce signe qu’après s’être tant consacrée aux créations des autres, il est temps de donner la priorité aux tiennes, comme pourrait l’indiquer ta dernière réponse à un questionnaire, concernant le programme de ces dix prochaines années.

    Tu sais, cette chose qui commence par « Wri » et finit par « ting »…

  4. T dit :

    Tu n’as qu’une seule question a te poser, tu sais.

    « Est-ce que je tire plus de plaisir en faisant cela qu’en faisant autre chose? »

    Si tu ne sais pas, et que tu veux explorer autre chose pour te faire une idée, tu en as le droit. Réduis les posts, ou prends un hiatus le temps de trouver aure chose.

    Si tu sais que oui, continues comme tu le fais.

    Si tu sais que non, alors il te faut trouver la chose qui te fait plus plaisir, et y consacrer ton temps.

    Personnellement, je ne crois pas que la plupart des gens n’aient pas de passion. Je crois que les gens ont en général plusieurs passions (le vélo, leurs gosses, et les jeux videos, ou la combo sexe/alcool/boite de nuit) et sont obligés de diviser leur temps entre elles et l’activité qui permet de financer tout le package.

    T, pas forcement bien placé pour en parler.

  5. Eclair dit :

    Tu n’as pas l’air d’attendre un commentaire, ni de conseils. Je pense que tu saisis parfaitement les limites d’une passion dévorante. Et si évidemment j’ai envie que tu continues, je ne me sens pas le droit de t’influencer sur ce qui relève de ta vie privée.

    Mais comme Naka, stp, préviens si jamais tu veux arrêter, même temporairement.

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