Simples paradoxes

26 décembre 2010 à 20:04

C’est difficile d’écrire sur ladytherapy depuis quelques temps. Pour plein de raisons.

C’est difficile parce que beaucoup de choses qui se passent ne méritent pas d’être racontées. C’est juste la vie, des choses sans intérêt que je raconte parce que j’aime bien raconter des anecdotes à mon entourage, mais rien de passionnant dans le fond, un nouveau boulot depuis fin novembre par exemple (dont d’ailleurs la place est plus sur ladymnistration mais j’ai pas encore vraiment réussi à juger si je peux parler de ce job-là), ou bien des projets de déménagement, des angoisses, des joies, des achats, des rêveries, des tentatives, des espoirs, des changements, des choses qui restent impassibles pour le meilleur ou pour le pire ; tout et rien. Je n’en parle pas parce que j’ai l’impression persistante que, si j’en parle ici, c’est que ça a de l’importance. Or ce sont bien souvent des choses sans grande importance. Ce blog a toujours eu pour but de chroniquer ce qui me tourmente au fond, et pas de commenter mon actualité.
Ce qui m’amène à la deuxième difficulté.

C’est difficile parce que beaucoup de choses qui se passent ne me troublent plus vraiment profondément. Je me vantais, à une époque, d’être quelqu’un qui se posait des questions, avait le courage et la capacité de réfléchir à ce qui arrive, à remuer encore et encore les sujets pour toujours savoir ce que j’en pensais. J’étais toujours à jour avec moi-même, parfaitement synchronisée comme un de ces smartphones que je me suis acheté il y a quelques semaines, parfaitement au courant, en temps quasi-réel, de là où je suis. Une sorte de foursquare intérieur, ce blog.
Mais aujourd’hui je ne sais pas si j’en suis encore capable. C’est comme si j’avais un peu perdu l’habitude d’aller dans le fond des choses. Il parait que c’est bien, d’arrêter de sans cesse tout remettre en question. Il parait que les certitudes ont du bon. Je trouve quand même un peu inquiétant de ne plus toujours me harceler moi-même de questions pour prendre ma latitude et ma longitude personnelles.

C’est difficile parce que les quelques petites choses qui me troublent un peu semblent souvent passagères. Inquiète à propos d’une collègue ? Si je ne me rue pas sur mon blog, quinze jours plus tard ça ne sert à rien de venir enfin y poser quelques mots : les choses ont changé, se sont résolues d’une façon ou d’une autre, ou tout simplement je ne baigne plus assez dans le jus de mon angoisse pour pouvoir correctement exprimer ce qui me tracassait alors. Ça s’est déjà produit de nombreuses fois… tout ça pour qu’un beau matin, je reçoive un SMS m’indiquant que la collègue s’est faite virer et que le soleil irradie à nouveau ma modeste vie professionnelle. J’aurais dû en parler, maintenant ça n’a plus de raison d’être. C’est une question de timing, un blog perso, parce que quand ça ne veut plus rien dire, écrire les mots bêtement sur le blog juste pour donner des nouvelles, juste pour chroniquer un passage de ma vie, juste pour approvisionner le blog, ça n’a pas de sens.
Peut-être que j’ai donné la priorité à ladytelephagy et que c’est une conséquence, aussi.

C’est difficile, enfin, et aujourd’hui en particulier, peut-être surtout, parce que je me sais lue par certaines personnes. Et que parfois je voudrais juste pouvoir leur dire : ok, ça, tu lis pas, c’est ma cuisine interne et si tu le lis tu vas avoir mal, ou avoir peur, ou être en colère, ou, dans le pire des cas, un peu de tout ça à la fois.
C’est l’inconvénient d’avoir développé des relations avec des gens rencontrés sur internet, c’est l’inconvénient d’avoir un semblant de vie sur internet d’ailleurs. Parfois j’ai envie d’aller tout recommencer sous un autre alias, ailleurs, là où on ne me connait pas, ou, du moins, où l’on ne fait pas de rapport entre moi et mon nom. Je n’ai jamais employé le pseudo de « ladyteruki » pour me cacher, juste parce que d’une part je voulais me protéger (j’ai quand même déjà été cambriolée pour avoir eu l’idée de dévoiler mon prénom [rare] et ma ville sur internet), et d’autre part parce que mon vrai prénom et mon vrai nom, je ne les ai pas choisis, ils ne sont pas moi, tandis que « ladyteruki » c’est absolument, forcément, entièrement moi. Ce n’était pas une façon de me cacher, c’était une façon de me dévoiler sans me risquer, ce qui est différent. Pourtant, là tout de suite par exemple, je voudrais qu’on ne sache pas que c’est moi et que je puisse juste dire ce que j’ai sur le cœur sans que qui que ce soit ne fasse le rapport avec moi… et donc avec ceux qui m’entourent. D’autant qu’ils ne sont pas si nombreux que ça.
Oui, c’est surtout ça. Tant qu’il ne s’agit que de moi, je peux tout dire. Quand ce que je pense, ce que je ressens, ce que je crains, quand tout ça touche aux autres autour de moi, ça devient gênant de parler. Peut-être tout simplement que je manque de courage pour admettre certaines choses à mes proches. Peut-être aussi que je rêve d’un espace où je pourrais tout dire sans craindre les conséquences.

Et pourtant, là, aujourd’hui, les conditions seraient plutôt réunies. Il s’est produit quelque chose (plus ou moins). J’ai essayé de prendre le temps d’y penser, d’avoir un semblant de recul. J’ai aussi le temps d’en faire un post, et de trouver les mots justes tant que l’émotion est là.
Mais la dernière difficulté est la plus grande et la plus insurmontable, parce que je ne peux pas cacher ce post au regard de certaines personnes. Même sans avoir la garantie qu’elle le liront, c’est trop risqué.

C’était pas plus mal la solitude totale. Mais d’un autre côté, je ne ressentirais pas ma petite tempête dans un verre d’eau actuelle si j’étais vraiment, complètement, absolument seule comme je l’ai été.
Sinon ce serait trop simple, vous comprenez.

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