Winter is so far away

16 juillet 2011 à 17:32

Des séries, j’en vois défiler quelques unes sur mon écran. Deux ou trois par an (je parle en centaines, ça va de soi). Donc quand je suis prête à dire que l’une d’entre elles s’apprête à entrer dans mon Panthéon personnel, genre là où on trouve déjà Pushing Daisies et SPACE 2063, ça a du sens, quand même. Il y a les séries qu’on aime mais qui font partie du roulement, et qui disparaitront du podium avec le temps… et celles qui demeurent des classiques à jamais. Pas sûre que dans 10 ans je vous reparle de Nurse Jackie par exemple. C’est une bonne série mais elle n’a rien de ces titres qui vous provoquent une révolution téléphagique, qui vous remuent les tripes, qui font basculer votre univers.
Game of Thrones, si.

C’était à la fois un délice et une torture que d’attendre une semaine entre chaque épisode. Et c’est rare pour moi, ce genre de choses. Quand, lorsqu’on regarde une poignée de pilotes par semaine, qu’on a quelques intégrales en route à des rythmes variables, et pas mal de série en cours de suivi hebdomadaire, une série provoque une telle sensation d’excitation et de manque à la fois, c’est là encore un signe qui ne trompe pas.

Pourtant qui aurait pu le prédire, quelques semaines plus tôt encore, alors que je présente une forte allergie au genre, et que dés le départ il était net pour moi que regarder la série n’impliquerait jamais au grand jamais de me farcir la lecture des bouquins. Je partais avec des handicaps marqués, qui d’ailleurs ont eu des effets négatifs prévisibles pendant le visionnage du pilote, et pourtant, me voici conquise à l’issue des 10 épisodes. Au point de trouver que 10 épisodes seulement, c’est du sadisme.

D’abord, parce Game of Thrones brille par une galerie de personnages absolument impeccable. Il n’y a pas un personnage qui ne soit parfaitement dépeint, du plus présent au plus secondaire. Parfois on a l’impression que le cast est trop large pour l’histoire qu’il y a à raconter (certains personnages ne semblant être là que pour peupler un univers qu’il faut montrer comme dense et divers, à l’image de gens comme Septa, Hodor, Ros, Doreah, etc…), mais il n’empêche que chaque personnage est conçu, et interprété, avec tant de soin, de détails et d’application, qu’on se voit mal ne pas tous les apprécier pour ce qu’ils apportent, ce qu’ils présentent, ce qu’ils dévoilent. Par exemple sur la fin on apprend le secret du vieux Pycelle, alors qu’on ne savait même pas qu’il en avait un, et au juste difficile de dire si cette révélation aura un impact sur la suite ou si ça fait juste partie de l’excellente écriture des personnages pour leur donner tout le relief possible. Ce relief fait qu’aucun n’est parfait (la famille Stark ayant, en grande majorité, un don incroyable pour être d’une connerie sans précédent, drapée qu’elle est dans la fierté qu’elle tire de sa supériorité morale), et pourtant tous ou presque ont des raisons de capter notre attention et notre affection.
On peut trouver qu’il faille une mémoire encyclopédique pour retenir tous les noms, mais on ne peut pas retirer à Game of Thrones qu’elle en fait un emploi impeccable même quand ça n’a pas d’utilité pour les intrigues, ou pas directement.

L’intrigue en elle-même, justement, est un poème à elle seule. A l’issue des 10 épisodes, on ressort avec l’impression d’avoir assisté à une saison d’exposition (ce qui explique le sentiment de flou que j’avais ressenti au moment du pilote). Game of Thrones est une immense fresque dont la genèse prend naissance des années avant son premier épisode, et pourtant son but est de nous préparer aux évènements à venir, pas de nous expliquer ce qui s’est passé, et pas de nous offrir une histoire pour lequel le passé soit éclairant, non plus. La fuite des Targaryen n’est ni la conséquence directe, ni même la cause directe, des évènements qui attendent les protagonistes qui en sont les héros, par exemple.
En fait toute la première saison est destinée à nous donner un immense sentiment de rouage de l’histoire : ce n’est ni là que ça commence, ni là que ça finit, c’est une époque de troubles dans une histoire qui n’a connu que des troubles, quelle que soit l’époque. Game of Thrones accomplit ce qu’aucune série réellement historique n’a jamais réussi à créer à mes yeux : l’impression d’un cycle parmi tant d’autres dans l’histoire d’un continent, d’un peuple, d’un royaume, où chaque élément s’explique historiquement et expliquera quelque chose d’autre historiquement, mais peut se prendre comme une histoire à part entière. L’ironie du sort, c’est que c’est de la fantasy qui me donne l’impression pour la première fois de suivre dans une série l’Histoire avec un grand H. On a l’impression d’un cours magistral d’Histoire qui tente de nous donner à la fois les faits et leur conséquence indirecte, pour nous préparer aux explications sur la période qu’on va vraiment étudier. Je ne sais pas vraiment comment l’exprimer, c’est comme si la première saison avait cette incroyable capacité à tout placer dans un contexte, en ayant la conscience aigue que tout aura une conséquence.

Et pourtant, pendant les épisodes, il n’y a aucun temps mort, aucune impression de lenteur, d’exposition longue et bavarde, d’explication pour nous permettre de comprendre les enjeux au détriment de ceux-ci, comme on pourrait le craindre vu ce que je viens de dire. Au contraire la série se déroule au pas de charge ! J’ai rarement vu une série dans laquelle il se passe tant de choses en 10 heures, il y a de quoi faire rougir 90% des séries dramatiques dont les intrigues trainent laborieusement en longueur !
Par je ne sais quel miracle, Game of Thrones parvient à avoir toujours la bonne dose d’action, d’humour, de revirement de situation, d’explications, de questions sans réponses, de réponses sans questions, et de character development, en un temps absolument record ! C’est plus de l’écriture, c’est de l’orfèvrerie.

Alors on pourrait se dire que dans tout ça, n’importe quel téléphage serait déjà comblé. Et pourtant, non. Les spectacteurs masculins ont eu avec cette saison un aperçu de ce à quoi peut ressembler un orgasme multiple : quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Et on n’a aucune envie de s’en plaindre.
Parce que non contente de présenter des personnages impeccablement dépeints, non contente d’avoir des intrigues savamment dosées, non contente d’avoir un rythme haletant et pourtant toujours attentif à ne perdre personne en route, Game of Thrones, c’est aussi des costumes et des décors éblouissants (et pourtant Dieu sait que je suis pas du genre à craquer là-dessus), une réalisation léchée, une BO à tomber par terre…

A partir de là, le seul reproche qu’on peut formuler envers Game of Thrones, c’est celui qui déjà pointait son nez quand je vous parlais du pilote : il n’est pas concevable, voire même criminel, qu’on puisse regarder cette série et être laissé en plan entre deux épisodes, à plus forte raison entre deux saisons !
Si vous n’avez pas encore tenté Game of Thrones, mon conseil sera donc de ne pas vous y mettre. D’attendre son annulation, dans 10 ans si Dieu le veut, et à ce moment-là, de vous bloquer 15 jours de vacances et vous faire une intégrale. Ne vous mettez pas au supplice : attendez avant de vous lancer.
Parce qu’une fois que vous aurez commencé Game of Thrones… you watch or you die.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. LL dit :

    Je trouve que là où la série a fait très fort, c’est de réussir à captiver les incaptivables du genre (comme toi^^), sans doute parce que la fantasy est au final assez peu présente. Le point, ici, c’est d’observer les réactions de chacun. Moi, la partie était gagnée d’avance pour l’intérêt mais je ne pensais pas qu’elle déclencherait autant de passion chez moi (au point de battre mon dégoût de la lecture pour m’enfiler les 12 tomes en 1 semaine).

    Je pleure et je croise les doigts : 10 épisodes, c’est pas assez. Je sais que ça coûte cher et tout mais en même temps, le tome 2 est tellement dense que si ils se restreignent à 10, j’ai bien peur qu’ils perdent certains spectateurs en cours de route.

    Après une saison 1 quasi impeccable (le seul défaut pour les non lecteurs : la prolifération de personnages sans trop d’explication/ le seul défaut pour les lecteurs : le manque d’approfondissement de certains persos > paradoxe bonjour), les ambitions sont présentes pour la saison 2 et moi, ça me fait bien plaisir.

    Je m’emballe rarement (jamais ?) pour une série mais comment ne pas le faire pour Game of Thrones ? Y avait les décors, l’intrigue, les personnages, l’univers, la communauté de fan déjà présente sans compter le contexte de diffusion !

    Tu as déjà tout décrit, je ne vais pas répéter, juste deux choses :

    – Les Septas et cie, je l’ai comme un moyen de nous expliquer comment cette société fonctionne (éducation des nobles blabla) qui sont clairement décrits dans l’oeuvre. Ca aussi, c’était dur à retranscrire dans le sens ou un livre permet plus de descriptions.

    – Je ne trouve pas les Stark d’une « connerie » sans précédent même si je n’agirais jamais comme eux. Ils ont tous été élevés dans l’honneur (du père jusqu’au fils) et même si ils n’ont pas l’air idiots au point de croire que tout le monde est comme eux, comment peuvent-ils deviner que leurs adversaires politiques sont si bas ? Le mieux qu’ils puissent faire c’est se méfier mais se méfier tout le temps, c’est impossible… Par ailleurs, SPOILER BARREZ VOUS lorsque Ned met en garde Cersei, j’ai pas vraiment vu ça comme de l’honneur (enfin un peu) mais surtout comme une position de force qu’il avait et qu’il comptait utiliser (en l’épargnant elle et ses enfants, revlà l’honneur). FIN DES SPOILERS

    C’est dur à anticiper de réfléchir comme son adversaire si on est clairement différent de lui^^

    Le meilleur exemple pour moi étant Joffrey qui va jusqu’à surprendre sa propre mère avec sa fameuse « décision ». Ca passe beaucoup mieux dans le livre et c’est d’ailleurs plutôt drôle quand on va sur les communautés de fans : tout le monde trouve que Ned (pour le tome 1) fait effectivement une erreur mais qu’en soi, ce n’est pas sa faute et que tu ne peux pas le blâmer parce que l’honneur ne devrait pas être considéré comme une faute, surtout à cette époque médiévale.

    Quel long commentaire, m’enfin, tu le sais déjà, je n’en pense que du bien^^

  2. whisperintherain dit :

    C’est cela, oui…

    Ah ben, zut alors ! Moi qui n’avais pas compris grand chose au résumé succinct qui en avait été fait dans The SeriesLiveShow, mais avais quand même mis la série sur ma grille estivale au vu de votre vif enthousiasme collectif, tu voudrais que j’attende son annulation avant de m’y lancer ? Après un article aussi dithyrambique ? J’ai envie de dire : compte là-dessus et bois de l’eau fraîche ! xD

    Je m’y lance dès que j’ai bouclé la saison 4 de Three’s Company.

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