Sa plus grande fan

27 janvier 2012 à 17:05

Il se passe un truc drôlement chouette avec Apparences, et comme il n’y a pas grand monde pour se dévouer et vous en parler, bah je me sacrifie ! Nan mais, vous me connaissez, le sens de l’abnégation, tout ça…

Pour vous résumer mon impression, désormais chaque semaine je me lamente à l’idée qu’il soit impossible de voir des séries québécoises en France. Il n’y a simplement AUCUNE excuse ! Sur un plan linguistique, c’est pas pour quelques expressions un peu exotiques et un accent tout en rondeurs qu’on a le droit de faire la fine bouche… et au pire ça n’a jamais tué personne d’entraîner son oreille. La prochaine fois que je vois le mot « francophonie » dans un communiqué du ministère de la culture, je mords. C’est simplement indigne d’avoir une télévision (par exemple de service public) qui soit incapable de nous permettre d’accéder à des fictions comme celle-ci. Je sais bien que France2 nous a autrefois permis de voir Minuit, le Soir (en version doublée, en plus, on peut pas dire que ça ait choqué l’oreille du spectateur français !), mais je ne comprends pas comment ni pourquoi on s’est arrêtés là. Vraiment c’est révoltant de devoir passer par le téléchargement (surtout quand ça devient un peu plus difficile chaque semaine de s’approvisionner) ; encore, quand je regarde des séries asiatiques (d’ailleurs faites-moi penser à vous parler de la saison 2 de Shinya Shokudou), je peux comprendre qu’une chaîne craigne l’absence d’identification et le fossé culturel, mais là ?
Voilà, c’était une petite parenthèse coup de gueule, je passe au vif du sujet.

Je crois qu’une partie de mon admiration grandissante pour cette série tient au fait qu’il s’avère que j’ai tendance à m’ennuyer assez vite devant les thrillers, en général. C’est comme ça. Je les trouve facilement prévisibles, ils me semblent toujours suivre le fil le plus évident, parce que sous prétexte de nous filer des frissons et nous amener à nous asseoir sur le bord de notre fauteuil, il ne faudrait quand même pas qu’on nous donne de quoi réfléchir, je suppose. Du coup, quand le pilote d’Apparences m’a fait si bonne impression, plus tôt ce mois-ci (je vous le disais, on a un très bon mois de janvier téléphagique de par le monde), ma curiosité s’en est trouvée éveillée… et ma méfiance un peu aussi.

Mais au terme de son troisième épisode, Apparences confirme qu’on est dans le très haut du panier en matière de thrillers, mais aussi de séries dramatiques.
La série repose sur la disparition d’un de ses personnages, et dans ce type de configurations, en général, la victime est le personnage le plus creux de la fiction, tout simplement parce que la trame est toute entière tendue dans le seul but de pouvoir retrouver ladite personne (ou, si elle connaît un destin fatal, coffrer son ravisseur).

Ici c’est tout le contraire. Apparences a passé le pilote à rassembler la famille de Manon, inquiète de l’absence de cette dernière, pour mieux pointer du doigt les rapports difficiles que ses membres entretiennent les uns avec les autres… la disparue étant la seule à qui personne n’a rien à reprocher. Cela correspondait parfaitement à son statut de victime-de-thriller. Sa soeur jumelle, une actrice n’ayant pas mauvais fond mais quand même un peu distante de par sa vie trépidante, occupait alors la place centrale de l’épisode afin de dresser le portrait, en creux, de la disparue, une personne en tous points irréprochable donc. Cela justifiait l’inquiétude de chacun vis-à-vis de la disparition, et permettait de s’intéresser au déroulement à la fois de l’enquête (mais Apparences n’a pas vraiment un but policier et ça se sent dés son épisode inaugural, je vous invite à relire mon premier post à son sujet).

Le second épisode prend une orientation toute autre ; en accord avec l’orientation très modérément policière de la série, et avec les dynamiques familiales décrites dans le premier épisode, Apparences décide d’explorer la psyché de la disparue. Elle n’est pas là mais elle est partout. Et ce qui est véritablement intéressant, c’est qu’elle se révèle très surprenante, comme le suggérait le cliffhanger du pilote.
Tout l’épisode sera consacré à apporter énormément de nuance à ce personnage. Si la thèse de la disparition ne bouge pas (l’enquêteur suspecte l’un des membres de la famille ; il n’est d’ailleurs pas tenu au courant des découvertes sur la personnalité de la victime), en revanche, le profil de la Manon devient moins monochrome. Et c’est ainsi que tout en poursuivant ses efforts de reconstitution des faits, tout en détaillant sa peinture de cette famille cachant habilement ses zones d’ombres, et bien-sûr tout en poursuivant le fil de l’enquête, Apparences continue à piquer notre intérêt sur le plan dramatique.

Mais le troisième épisode va faire mieux que ça encore.
Car Apparences ne veut pas simplement explorer le personnage « manquant » de son ballet un peu maussade de membres de la famille Bérubé. La série veut nous effrayer, de cette peur intime et pourtant si vague qu’on ressent quand on découvre qu’on ne savait rien d’un proche, et que tout d’un coup, tout est possible.

Toujours avec cette réalisation pleine de tact, reposant sur le non-dit des personnages présents et sur les aperçus très parlants, mais elliptiques, de la vie « véritable » de Manon, le troisième opus va donc s’adonner avec un talent un peu vicieux à un étrange sport : rendre la victime non seulement complexe, mais aussi totalement inquiétante.
Et c’est là que se justifie, naturellement, le titre de la série. Car Manon est bien plus une actrice que ne le sera jamais sa célèbre soeur. Elle a réussi à cacher sa véritable nature, la moindre de ses motivations, la totalité de ce qui la trouble, à tout son entourage. Elle a parfaitement fait illusion. Et maintenant qu’on fouille dans sa vie, le masque ne tombe même pas totalement, mais sa jumelle tombe des nues. Derrière la gentille fée parfaite qui est une éternelle célibataire consacrant sa vie à l’enseignement, il y a en réalité une inconnue et c’est là que le thriller surprend, et pourtant fonctionne totalement, parce qu’il s’appuie sur une vision très sensée des personnages et de leurs relations ; pour ça, on peut remercier le pilote.

J’ai essayé de préserver ce post de tout spoiler néfaste en ne vous parlant vraiment que de la structure des épisodes, et j’espère que j’ai à peu près accompli ma mission.

A présent j’ai quelques théories, et même quelques espoirs pour les épisodes futurs. C’est assez rare pour les thrillers télévisés, comme je l’ai dit, et je me réjouis du mélange des genres qu’Apparences parvient à accomplir ici ; c’est comme du sur-mesure.
Ce qui m’impressionne le plus, c’est cette capacité à tenir la distance en apportant des « retournements » tout en ne négligeant jamais l’angle dramatique, avec des personnages terriblement réalistes dans une histoire à la fois banale et incroyablement sordide. Si vous avez l’opportunité de vous lancer, n’hésitez vraiment pas, cette série vaut son pesant d’or.

Bonus : si vous regardez la série, vous aimerez le tumblr.

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2 commentaires

  1. Aeternam dit :

    Tes deux posts sur la série m’ont vraiment donné envie de la voir. J’ai beaucoup aimé The L.A. Complex et j’aimerais voir d’autres séries canadiennes, en espérant m’ouvrir à cet autre horizon télévisuel. Malheureusement, tous mes fournisseurs habituels ne l’ont pas en stock. Des indices peut-être ?

  2. Toeman dit :

    Ça y est, je l’ai enfin vu, et on ne sort pas vraiment indemne de cet épisode.

    J’ai ressenti une vraie angoisse, une de celles qui nous prennent aux tripes et nous lâchent pas, même après la fin de l’épisode.

    Une angoisse qui vient un peu d’on ne sait où, puisqu’aucun artifice habituel n’est utilisé et on ne peut pas dire que les images soient choquantes ou effrayantes (la dernière scène m’a quand même vraiment mis mal à l’aise, dans le bon sens.)

    Je crois que tout ça, c’est « à cause » de la réalisation, de la bande son et des acteurs. Ils me font plonger sans fil de sécurité au coeur de cette histoire qui devient de plus en plus inquiétante. Brrrrr

    En parlant d’acteur, je ne veux pas passer pour le râleur de base ou l’anti-séries françaises, mais quand on voit la qualité de jeu dans cette série, et celle dans la plupart des séries françaises à succès, je me dis qu’on a un vrai souci.

    Pourtant, en France, on a forcément de très bons acteurs, mais où sont-ils et qu’attendons-nous pour en réunir autant dans la même série ?

    Sinon, j’avoue que je n’ai pour le moment aucune piste. Quelques intuitions qui ne reposent sur rien, mais c’est tout. Vivement le prochain !

    « Bonus : si vous regardez la série, vous aimerez le tumblr. »

    Étonnant XD

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