We are family

27 avril 2013 à 22:38

Il est trop rare de pouvoir découvrir les séries que je vois apparaître à la télévision israélienne ; Ima & Abaz sera l’une des exceptions, grâce à la bienveillance de Series Mania qui l’a projetée hier soir sous le titre Mom & Dads. J‘aurais préféré l’incroyable Oforia, mais ce sera peut-être pour une autre fois ?
Le pitch d’Ima & Abaz est assez simple : un couple gay a un bébé avec une femme célibataire. Contrairement à The New Normal (dont les deux premiers épisodes étaient également projetés lors de la même soirée), il ne s’agit pas ici pour le couple de trouver une mère porteuse ; Ima & Abaz est plutôt une histoire de polyparentalité.

La série commence alors que Talia, qui est donc la future maman, et enceinte jusqu’aux yeux, perd les eaux. C’est une idée vraiment intéressante que de prendre trois personnages aux relations déjà bien formées : tout ce petit monde se connaît sur le bout des doigts, l’immersion est donc totale dans les interactions entre ces trois parents.
Si Talia a perdu les eaux, il est un peu tôt cependant (elle ne doit pas accoucher avant un mois), aussi se rend-elle à l’hôpital un peu inquiète, prévenant les deux futurs papas. Les réactions de ceux-ci ne pourraient pas être plus différentes l’une de l’autre : alors que Sammy s’empresse, avec de deux ses amis (des folles très caricaturales), de donner un coup de main pour rassembler des affaires et les amener à la future maman, Erez décide de tout de même entrer dans le cabinet de son psy et de faire ses 45 minutes d’analyse (apparemment quotidiennes). On apprend par la suite que les rôles sont un peu inversés en l’occurrence, puisque c’est Erez le papa biologique du bébé !

C’est justement Erez qui va faire tout l’intérêt de cet épisode ; c’est une sacrée performance d’ailleurs quand on voit combien le personnage est irritant et insupportable, empêchant de surcroît les spectateurs d’avoir toute forme d’affection pour lui (et l’identification ayant très peu de chances de jouer de quelque façon que ce soit). A absolument chaque stade de l’évolution de l’accouchement, puisque c’est bien ce qui va se produire dans le pilote, Erez va être totalement désengagé de la situation. Emotionnellement, il n’est pas du tout impliqué, et du coup, il ne joue aucun rôle aux côtés de Talia, se faisant plusieurs fois rabrouer par Sammy. Et le pire c’est qu’il a l’air de n’en avoir cure ! A se demander comment il a fini par être le père biologique, ou même s’il a jamais eu le moindre désir d’enfant. Ajoutez à cela que, obsédé par la psychanalyse, il n’a de cesse d’expliquer aux autres leur propre comportement (difficile de ne pas être agacé !), et vous avez vraiment le portrait de l’antithèse du futur papa idéal. De son côté, Sammy tente d’agir dans un premier temps comme un pilier du trio, et même de toutes les pièces rapportées : il soutient Talia du mieux qu’il peut, recadre Erez, appelle la famille et les amis pour les prévenir, temporise avec le personnel médical quand quelqu’un pète un câble (notamment quand la réceptionniste refuse de donner des bracelets pour entrer à la nurserie à plus de 2 parents), ainsi de suite. Talia, quant à elle, est évidemment mise à rude épreuve physiquement, et éprouve des doutes sur l’avenir qui est le sien ; dans une conversation douce-amère avec une infirmière attentive, elle confiera qu’elle aurait sûrement voulu avoir une famille plus traditionnelle, mais enfin, les choses ne se sont simplement pas passées comme ça pour elle.
Le plus intéressant est que ces trois personnages n’ont aucun filtre (et surtout pas Erez). Ils sont soudés à un tel point, par les circonstances et par les mois déjà passés ensemble, qu’ils sont très clairs les uns avec les autres ; les mini-clashs qui jalonnent leur folle journée sont donc précieux, mais cela rend surtout les moments de tendresse encore plus touchants. Eux-mêmes n’avaient d’ailleurs peut-être pas réalisé à quel point ils étaient déjà soudés: Ima & Abaz commence en fait ici par un épisode qui nous montre une famille qui s’est déjà construite, mais qui ne va le réaliser qu’à ce moment charnière de leur vie familiale.

Mais surtout, un peu dans le pilote, et surtout dans l’épisode suivant, ce qui fait la force d’Ima & Abaz, c’est qu’on y trouve d’entrée de jeu, derrière les situations drôles (et il y en a) ou attendrissantes (et elles ne manquent pas), une incroyable faculté à se demander ce que c’est que d’être parent, comme, je l’avoue, je n’ai jamais vu aucune série le faire.
Là où Talia se demande sur qui exactement elle peut compter (il faut dire qu’à part sa soeur, sa famille n’est pas certaine encore d’avoir bien avalé la pilule), craignant un peu d’être abandonnée avec la responsabilité du bébé, Erez quant à lui, cache qu’il souffre en fait énormément de ne rien ressentir vis-à-vis de la naissance puis de l’enfant ; Sammy, qui a toutes les apparences du papa parfait, va être de son côté renvoyé dans les cordes lorsqu’Erez lui fait brutalement remarquer qu’il compense sûrement pour n’être pas biologiquement relié à l’enfant. Par-dessus le marché, Sammy rêve secrètement de garder le bébé chez eux, et souffre que Talia rentre chez elle avec le bébé après l’accouchement.
C’est Erez qui va nous offrir les plus intéressantes questions : il ne reconnaît pas le bébé à la nurserie (on l’accuse d’avoir voulu voler un autre bébé), il décide au dernier moment de ne pas renconnaître l’enfant administrativement, et ainsi de suite. Son comportement imbuvable masque en fait la souffrance de savoir qu’il devrait ressentir quelque chose, du bonheur peut-être ? et que ce n’est pas le cas. Pire encore, quant il essaye de compenser, il est totalement indélicat et se met Talia (incapable d’allaiter) à dos en embauchant une nourrice, et la mettant devant le fait accompli ! Car dans le fond, qu’est-ce qu’être père, se demandent les deux papas : est-ce être lié par le sang ? Est-ce prendre les « bonnes » décisions en se basant sur des faits « objectifs » ?

Fort heureusement, dans Ima & Abaz, Talia, Erez et Sammy ont autant de tendresse dans leur drôle de petite famille que n’en avaient Alice, Richie et Mitch dans Threesome. C’est ce qui rend Ima & Abaz, en dépit de ses interrogations angoissées, terriblement attachante. Nul doute que tous les trois, à leur façon, vont progressivement s’améliorer. Quelque chose dans la franchise de leurs échanges nous le dit, dans l’absence d’hystérie de ces deux premiers épisodes, aussi, qui évitent les caricatures (y compris, dans le pilote, sur le sujet pourtant éculé de l’épisode d’accouchement).
Encore faudrait-il le vérifier en voyant les 10 épisodes qui n’ont pas été projetés à Séries Mania (sachant qu’en plus une 2e saison est en préparation), mais j’ai peu d’espoir à ce sujet. Dommage, Ima & Abaz est bien plus touchante et intelligente sur son sujet que peut l’être The New Normal, mais l’invasion des séries israéliennes sur les écrans français n’est pas encore pour aujourd’hui.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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