Loin de Copenhague

21 avril 2014 à 21:00

Quand une série veut vous faire passer le message : « attention, j’ai une mythologie complexe et mon personnage central a une backstory« , ça peut prendre du temps. Quand une série philippine veut vous faire savoir la même chose, elle commence dés le pilote, qui constitue tout un prologue.

Personnellement je trouve ça plutôt cool. Plutôt que de commencer une série en se disant que, ça se trouve, la mythologie pourrait devenir intéressante (si on veut bien nous jeter ponctuellement des miettes à son sujet pour compléter le puzzle et comprendre pourquoi les choses qui se déroulent sont, peut-être, un peu plus complexes qu’il n’y paraît), pas de ça ici. Ça rend peut-être la structure narrative de la série plus simpliste, mais ça a quelque chose de rafraîchissant que de ne pas nous faire poireauter.
Dyesebel fait partie de ces (très nombreuses) séries philippines à démarrer sur l’histoire-qui-précède-l’histoire. En matière d’exposition, on fait difficilement plus détaillé.
Alors, pour clore notre soirée philippine, je vous propose de jeter un oeil au pilote de 2008 avec moi !

Dyesebel-2008-650

Ainsi, bien que le nom de l’héroïne soit également le titre de la série, ne vous attendez pas à voir la jolie sirena Dyesebel dans le premier épisode de la série. Celui-ci est consacré à la conception du personnage. Vous voulez savoir comment se sont rencontrés Tino et la mystérieuse Lucia ? Vous allez tout savoir. Rien n’est laissé en suspens.

Tino Montemayor, fils unique d’une riche famille qui n’attend qu’une chose, qu’il se trouve quelqu’un avec qui convoler (si possible la belle Vivian, également d’une famille aisée), tombe éperdument amoureux d’une femme qu’il sauve de la noyade par une nuit de tempête. Lucia, c’est son nom, a perdu la mémoire ; tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle est irrésistiblement attiré par la mer. Bien décidé à héberger la jeune femme jusqu’à ce qu’elle recouvre la mémoire, Tino tombe (comme par hasard) sous son charme au point de vouloir l’épouser. Une décision qui ne ravit ni la mère du jeune homme, qui avait d’autre plans, ni Vivian, qui était l’autre plan.
Mais Tino ne s’en laisse pas compter, et bientôt, lui et Lucia convolent… ce qui conduit le couple à attendre son premier enfant. Mais, oh horreur, lorsque celui parait, il s’agit d’une sirène !

Vous l’aurez compris, si la série va tourner autour de ce personnage (incarné par la jolie Marian Rivera, ci-dessus), on nous donne d’emblée les clés de son origine.

Comme beaucoup de séries philippines (en fait, toutes celles que j’ai testées jusqu’à présent, mais je ne suis pas encore à un niveau d’expertise où je peux vous garantir que c’est toujours le cas), Dyesebel est tournée avec les moyens du bord. Pun not intended. C’est-à-dire qu’il y a une vraie intention mais aucun moyen pour la réaliser esthétiquement. Au début du pilote, des plans très attractifs (qui remplacent avantageusement les brochures de votre voyagiste préféré) donnent une idée du contexte de la série, et ça donne envie sur le moment, sauf que ça s’arrête bien vite là. Les effets spéciaux sont relativement limités dans ce premier épisode, mais il ne faut pas s’attendre à des miracles.
Second avertissement, et pour que ça m’ait agacée, il faut vraiment que ce soit grave : musicalement, c’est encore plus pire. Il y a trois musiques dans le soundtrack, chacune durant 15 secondes et répétée en boucle pendant certaines scènes de plusieurs minutes (c’est un peu la technique Lekki Wives, pour ceux ont lu l’article sur la série nigériane). Quand ce n’est pas une simple note qui reste bloquée pour donner un côté « suspense » à la scène. C’est très agaçant.
Fort heureusement, on n’est pas trop mal servis en matière d’acteurs. L’épisode étant très tourné vers le soap (rappelez-vous sur ce que je vous ai dit ce soir sur les moyens des séries adaptées de komiks pour capter le public féminin), c’est même carrément honnête pour le genre. J’ai vu bien pire, et je ne citerai pas de noms (ahem, Spirits), même si les histoires de belle-mères détestables et de rivalité féminine ne sont pas ma tasse de thé et poussent assez rarement à des performances de haut vol.

Ce qui fonctionne bien ici, c’est que Dyesebel s’appuie non seulement sur sa romance, mais aussi sur un « mystère » surnaturel (qui est Lucia, et pourquoi est-elle suivie par une sirena qui finit par la mettre en garde contre une reine bien mal intentionnée ?) qui va avoir un impact non seulement sur la famille Montemayor, mais sur toute la ville côtière. Le drame de la fin d’épisode est même un peu difficile à regarder quand on pense à quel point il fait partie des réalités pour de nombreux Philippins ; on bascule d’ailleurs dans quelque chose de presque macabre. La naissance de Dyesebel prend ainsi une dimension supplémentaire qui va justifier à plusieurs niveaux son rejet : socialement (la différence de statut entre Tino et Lucia étant à la fois métaphorique et financière) et collectivement (la naissance de l’horrible enfant-poisson coïncide avec un drame local). C’est plutôt bien joué, bien qu’évidemment, la série n’ait rien inventé, comme vous le savez.

L’histoire intemporelle du komiks Dyesebel est servi, dans cette version télévisée, par assez peu d’imagination, et moins encore d’argent (quoique pour une série philippine, j’ai vu pire, je le répète). Mais Dyesebel n’est pas une série qui est là pour innover, mais plutôt raconter le mythe classique de la personne qui diffère de la norme et qui va surmonter sa différence malgré les obstacles qui se dressent, concrètement et figurativement, contre son avenir.
Du coup, une fois passé le choc des cultures (surtout que, je le répète, je n’ai pas vu des centaines de séries philippines non plus), ce pilote est non seulement intemporel… mais aussi universel.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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