Blockbuster

14 juin 2014 à 20:01

Par ces chaleurs, je sais pas comment font les gens pour regarder des gars courir en plein soleil brésilien ; rien que d’y penser j’en ai les tempes humides. Ah non, franchement, ça va pas être possible. Ohlà, vous faites bien ce que vous voulez, mais moi, aujourd’hui, c’est en Islande qu’on me trouve, grâce au pilote de la dramédie Hlemmavídeó.
Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est… rafraîchissant.

Hlemmavideo-650

Mais pas parce que ça se passe sous la neige, rho, tout de suite les clichés. Non, c’est une expérience rafraîchissante parce que ce premier épisode de Hlemmavídeó est dans la droite lignée des comédies scandinaves de qualité, avec un solide sens de l’humour pince-sans-rire et un timing génial, mais une apparence assez austère et des personnages assez peu expansifs.
Ici on est cependant loin de l’expérience de la trilogie Næturvaktin/Dagvaktin/Fangavaktin (où l’on retrouvait également l’acteur principal et scénariste Pétur Jóhann Sigfússon, d’ailleurs), dont le premier épisode du premier volet, seul que j’ai vu, me donne encore des cauchemars ponctuellement ; sans doute parce que, bien que mettant en scène le même type de personnage loser, l’humiliation est absente de Hlemmavídeó. Or l’humiliation d’un personnage, dans une série, j’y suis gravement allergique.

Au lieu de ça, Hlemmavídeó nous présente effectivement Siggi, un type qui n’a pas grand’chose dont il puisse se vanter dans la vie, mais nous invite à le suivre avec une certaine clémence, quand bien même la première chose qu’il nous dise dans le pilote, c’est tout justement que sa vie n’est pas très excitante, vu qu’il a perdu son job d’imprimeur et vit avec sa mère. Mais grâce à son incroyable sens du twist, Hlemmavídeó a autre chose à faire que de s’appesantir trop sur la question ; l’exposition elle-même est finalement remplie de retournements de situation, ce qui fait que, quand arrive le générique volontairement inspiré des séries des années 70, on est d’ores et déjà au courant de tout ce qu’il est essentiel de savoir sur Siggi, et on s’est déjà esclaffé de surprise au moins une ou deux fois. Et quand je dis « esclaffé », c’est au point de faire sursauter le pacemaker de la voisine, hein. Franchement c’était délicieux d’absurdité et de soudaineté, et le décalage avec le ton complètement pépère de l’épisode et son image vieillotte ne fait que renforcer cet effet, totalement à dessein.

L’épisode va, au-delà de ses trois premières minutes, régulièrement nous surprendre avec des choses totalement décalées, qui ensuite sont gérées par la plupart des protagonistes comme complètement anodines alors qu’elles ne le sont pas ; même Siggi, qui relève certaines bizarreries, est finalement insensible à certaines autres qui l’émeuvent à peine. Du coup, je préfère vous mettre en garde, le prochain paragraphe comporte des spoilers ; d’ordinaire je ne crois pas au spoiler dans un pilote, mais vu que l’élément de surprise fonctionne comme un ingrédient vital de l’humour de Hlemmavídeó, je préfère vous prévenir.

Ainsi, après la mort de son père, notre héros hérite d’une boutique de location de videos (essentiellement des VHS, son paternel ayant à peine commencé à négocier le virage du DVD quand le Blu-ray est arrivé sur le marché ; inutile de préciser que c’est pas la cohue dans les rayons) qui sert également d’appartement : le salon donne directement sur la boutique (qui fait ça ? qui ?!). Pressé par sa mère de s’y installer avec toute la subtilité du monde, il s’y fait braquer le premier soir de son emménagement par un junkie qui l’agresse après avoir essayé de le voler, ce que la police trouve de plus narmol au monde, l’enjoignant simplement à changer sa fenêtre fracturée et sa porte d’entrée. Il découvre également que son père planquait une VHS du seul film porno islandais de l’Histoire, où lui et son employé Anton pensent reconnaître quelqu’un, mais sans mettre le doigt dessus. Siggi découvre également que son père trafiquait des videos porno sous un nom de code, sous le manteau.
Ça n’a l’air de rien comme ça, mais chaque nouveau revirement, traité avec un excellent sens du rythme, des dialogues à deux vitesses et des réactions what-the-fuck, est un pur délice. Et encore, même en vous spoilant je ne vous en dit que la moitié…

Le pire dans tout ça, c’est que l’épisode inaugural de Hlemmavídeó laisse entrevoir vers la fin, ainsi qu’avec son générique, des possibilités de fil conducteur assez intéressantes pour éviter la répétition et s’engager dans une vraie intrigue feuilletonnante, tout en préservant cet atmosphère de gags aléatoires se produisant comme à contretemps, qui est la sienne. Même si le personnage de Siggi n’est pas le couteau le plus affuté du tiroir, on a vraiment envie de passer du temps dans son univers étrange, et de pouffer quand il lui arrive encore un truc légèrement incroyable, mais quand même diablement ordinaire. C’est d’autant plus sympathique que, bien que se déroulant dans un temple du film et de la série, l’humour de Hlemmavídeó ne repose pas essentiellement sur des références, bien que ne s’en privant pas ponctuellement, ce qui lui permet de ne pas se reposer uniquement sur l’originalité des autres pour faire rire (oui The Big Bang Theory, ce tacle est pour toi).

Ça donne, ma foi, TRÈS envie de voir la suite. C’est en fait très exactement ce que je vais faire, et si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous conseiller d’en faire autant… comment dire ? de façon chaleureuse. Ouaip, c’est le mot. Regardez le pilote, vous comprendrez.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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