A character is a terrible thing to lose

15 août 2014 à 9:28

Il y a les séries sur lesquelles je suis impossible à faire taire… et il y a les autres. Le plus étonnant c’est que les autres ne sont pas forcément anodines à mes yeux, mais étrangement, et il faudra à l’occasion analyser cela, il y a des séries qui restent classées dans la catégorie « culte » (avec tous les biais que ça implique), et il y en a qui, rien à faire, sont tout de même oubliées.
Pour moi, Chicago Hope est incroyablement importante. Et pourtant je ne vous en parle jamais. Ça va un peu changer aujourd’hui…

Une explication est peut-être à trouver dans le fait qu’un épisode en particulier a été important pour moi, quand j’ai quasiment oublié la plupart des autres. Statistiquement, ça fait peu de raisons d’évoquer Chicago Hope, même si ça m’est arrivé par le passé. A la faveur de la demande de pol gornek, me voilà donc devant vous, aujourd’hui, pour corriger cette injustice.
Je vais vous parler de ce fameux épisode si important à mes yeux… que je ne l’ai mentionné que deux fois dans l’histoire de ce site, et jamais revu depuis son visionnage initial dans les années 90. Véridique.

ChicagoHope-650Chicago HopeLeave of Absence (2×08)
/!\ CET ARTICLE EST MÉCHAMMENT BOURRÉ DE SPOILERS HARDCORE /!\

Pas forcément facile de vous parler d’un épisode issu de la saison 2, à plus forte raison quand il n’est pas exactement considéré comme nécessaire pour un téléphage d’avoir vu Chicago Hope (comme ça peut être le cas, mettons, au hasard hein, d’Urgences, dont il semble assez impensable de n’avoir jamais eu un aperçu pour culture générale).
Mais l’énoncé de pol gornek était clair : « prendre un épisode qui t’a marqué, il y a… ‘longtemps’. Marqué positivement, négativement ou pour une tout autre raison. Bref, qu’il ait laissé une emprunte suffisamment forte pour que tu t’en souvienne et le voir avec ton oeil d’aujourd’hui« . Et en l’occurrence peu d’épisodes ont eu l’impact de celui-ci dans toute ma carrière téléphagique, y compris les pilotes. La plupart des pilotes que je connais auraient pourtant été tellement plus facile à reviewer…

Mais remettons-nous dans le contexte. Prenez-vous un rafraîchissement pour la route, ça va être long. LONG.

On est dans la seconde moitié des années 90 et pendant des vacances quelconques, je suis seule à la maison pendant la journée (une liberté obtenue de haute lutte qui cause quelques surchauffes à la télévision familiale), et je fais ce truc qui à mon avis ne se pratique sûrement plus par la jeunesse moderne pour toutes sortes de raison : j’allume la télé le matin, j’attends la fin des soaps de France2, j’embraye sur KD2A et à partir de là je ne bouge du canapé vert de mes parents jusqu’au soir. Ou alors pour me faire à manger et visiter les sanitaires. Je suis sûre que les gamins aujourd’hui ne se donnent pas tant de mal et téléchargent ce qui les intéresse. Ou pire, regardent de la télé réalité ; à mon époque rappelons que ça n’existait pas ou si peu.
Pour autant (ou sûrement pour cette raison précise), le programme n’est pas très sélectif, l’objectif étant surtout de boulotter autant de séries que possible dans la fenêtre de quelques heures qui est la mienne, sans aucune discrimination de qualité. A l’époque je n’ai quasiment pas de tels critères… ou alors totalement par accident !
Ainsi, typiquement, après les comédies de KD2A, j’ai pris l’habitude de passer sur France3 pour La Croisière s’amuse, puis aux séries du midi sur M6 selon ce qui se présente, genre Ma Sorcière Bien-Aimée ou Madame est Servie, puis Docteur Quinn ou Les Routes du Paradis, après ya un petit temps de flottement pendant lequel je me contente d’un téléfilm, voire deux en cas de dèche en jonglant entre la 6e et la 1e chaîne, et ensuite rebelote, séries sur TF1 du niveau des Dessous de Palm Beach ou équivalent, vers la fin de l’après-midi le niveau commence à remonter légèrement sur la télévision publique avec JAG ou les rediffs d’Urgences, un bon vieil épisode de Friends, ensuite c’est retour sur M6 où les séries de 18 puis 19h s’enchaînent, souvent des séries de genre, d’ailleurs, ce qui me permet de découvrir quelques perles comme SPACE 2063. De mémoire, hein. Bref il y en a pour tous les goûts.

Mais pendant ces vacances-là, je suis lassée de La Croisière s’amuse. Pas au point d’éteindre la télévision, faut pas déconner !
Par un incroyable hasard, TF1 diffuse Chicago Hope, sans doute vexée à mort de n’avoir pas su acheter Urgences avant la télévision publique. Je tombe sur les épisodes alors qu’elle les diffuse sans grande publicité dans sa matinée, en semaine. Selon mes souvenirs et mes calculs rétroactifs, j’arrive alors qu’a commencé la première saison depuis plusieurs jours.
Mais j’accroche et je suis de façon plus ou moins régulière. En particulier, j’ai un personnage préféré (quelque chose qui ne m’est plus vraiment arrivé après le cap de l’an 2000), il s’appelle Alan Birch et je le trouve incroyablement touchant. C’est l’avocat de l’hôpital, entouré qu’il est par une batterie de médecins plus ou moins sympathiques, généralement moins que plus ; mais qui l’apprécient tous. ‘Peux pas leur reprocher.
Je l’ignore à ce moment-là, parce que, voyez-vous les enfants, internet n’avait pas encore pénétré mon foyer, mais Chicago Hope est une série créée par David E. Kelley, et Alan Birch est incarné par un certain Peter McNicol. LE DESTIN.

Venons-en à notre épisode et son premier visionnage. Ce matin-là, comme souvent pour me donner bonne conscience, je fais semblant de faire la vaisselle ; c’est-à-dire que j’ai un torchon dans une main, un bol vaguement humide dans l’autre, et je fais mine d’essuyer sans lever mes fesses de la table basse du salon. L’idée c’est que, si je ne suis pas sur le canapé, je suis plus facilement prête à me lever jusqu’à la cuisine, et remplir les corvées qu’on m’a laissées le matin, un peu naïvement, mes parents n’étant pas au courant que leur fille est frappée de téléphagie. Il flotte dans l’air une certaine légèreté : je ne suis pas spécialement impliquée dans mon visionnage de Chicago Hope que je regarde par habitude, une habitude récente, certes, mais déjà une habitude. J’ai zappé par mécanisme, presque par défaut. J’aime bien Chicago Hope et j’aime bien Alan Birch, mais je n’en suis pas encore à un point où je me dis consciemment que je VEUX regarder une série en particulier. Elle a essentiellement le mérite d’exister et de ne pas être totalement médiocre. Et vu que dans une heure, je vais regarder une énième rediffusion de Ma Sorcière Bien-Aimée, ça n’a pas tellement de signification !

C’est alors que ça se produit. Après une séquence d’introduction tout-à-fait classique. Des coups de feu, sortis comme de nulle part, dans une ruelle sombre à la sortie du métro de Chicago. Narrativement, je suis encore assez vierge et je ne l’ai pas vu venir ; c’est donc déjà un choc que de réaliser qu’Alan Birch vient de se faire tirer dessus.
Mais rien ne me prépare à la suite de l’épisode… et, oui, c’est là que les spoilers vont vraiment commencer… quand Alan Birch meurt sur la table d’opération.

ChicagoHope-Surgery-650

Pour répondre à la question de pol gornek, je suis donc allée spécifiquement chercher cet épisode de la saison 2 de Chicago Hope, pour le regarder, et voir si à nouveau il m’émeut.
En fait, je ne vais pas vous raconter des histoires : rien que de cliquer sur le fichier, j’en avais déjà les larmes qui me venaient ! L’épisode n’était même pas encore lancé, et j’avais déjà la gorge nouée (et même ce petit hoquet que j’ai quand je suis sincèrement émue). Comment répondre à l’impératif de comparer mon ressenti d’il y a presque 20 ans et celui d’aujourd’hui… quand l’ancien est encore tellement vif ?

Et pourtant ça ajoute une sacrée dimension que de guetter en permanence LA scène qui m’a tant marquée. La fusillade, évidemment, ne revêt plus aucune forme de surprise pour moi, mais de se dire que, ah, Alan va mourir maintenant, et en fait non, c’était intéressant. Car hormis le choc de la mort d’Alan Birch au bloc, eh bien finalement j’avais complètement oublié 90% du reste de l’épisode ! La réaction de Diane, et dans une certaine mesure, la façon dont le tireur est retrouvé ensuite, ça je m’en souvenais. Mais le reste ? Pas du tout.

Peut-être parce que la réalisation est elle-même assez peu propice à la mémorisation. Les scènes sont incroyablement courtes, par exemple, et non seulement ça mais en plus elles manquent très souvent de transitions. L’émotion est capturée sur le vif, mais ensuite totalement écartée pour passer à l’élément suivant que l’épisode veut aborder ; c’est très déconcertant. Wikipedia nous dit que « Leave of Absence » a récolté un Emmy pour sa réalisation (sincèrement j’apprends ça en même temps que vous)… clairement les critères dans les années 90 étaient bien différents d’aujourd’hui. Vous prenez un épisode similaire d’une série récente (et je m’en voudrais de vous spoiler sur une série dramatique dont la mort d’un personnage central a soutenu une bonne partie des derniers mois, mais les vrais savent), et au contraire on passe un temps considérable sur les émotions des personnages, la façon dont ils prennent la nouvelle, leur réaction face à la souffrance et au deuil, au point quasiment de les entendre penser. Le tempo est considérablement plus rapide dans « Leave of Absence », où le spectateur est un peu abandonné et où c’est l’action qui prend le dessus. Non que l’épisode repose sur l’adrénaline, au contraire beaucoup de scènes sont bavardes (hellooo David E. Kelley !), mais il n’y a pas de temps mort, presque pas de silences, et pour ainsi dire pas une énorme profondeur.
Cette façon de zapper se voit jusque dans les scènes au bloc opératoire. C’est même assez fou, aucune séquence ne dure plus de 15 secondes, les séquences forment rarement un scène homogène, on sent qu’il peut se passer une minute comme une heure entre deux plans, et il n’y a pas de véritable cohésion. Pourtant, juste avant ce revisionnage, vous m’auriez demandé le contenu de l’épisode, et je vous aurais au contraire dit : après la fusillade, « Leave of Absence » n’est qu’une longue scène d’opération dont on attend le dénouement avec anxiété. Bah vraiment, vraiment pas ! Et du coup le revisionnage était plein de surprises pour cette raison également.

Le plus étonnant c’est que l’épisode tourne finalement assez peu autour d’Alan Birch. Évidemment la fusillade puis l’opération qui s’en suivent tiennent une place importante, mais « Leave of Absence » a un but essentiel : expliquer pourquoi le chirurgien Jeffrey Geiger quitte la série. J’avais mais alors, totalement occulté ce fait, et pourtant, il est fondamental dans la façon dont l’épisode est écrit et réalisé, en particulier dans sa scène-clé à la fin du deuxième acte :l orsqu’Alan Birch décède, c’est la réaction de Geiger qui prime. Là encore les choses s’emballent un peu : tout d’un coup Geiger devient le gardien de la fille d’Alan (qui est encore bébé), il décide de prendre un congé sabbatique pour s’occuper de la petite, sans que quiconque à l’hôpital ne soit dupe quant au fait qu’en réalité, sa culpabilité de n’avoir pas pu sauver son ami est la raison essentielle de son départ. On comprend alors que le titre de l’épisode n’est pas un euphémisme sur la mort d’Alan Birch, mais une explication littérale du départ de Jeffrey Geiger.
Deux acteurs quittent donc la série à la fin de cet épisode de Chicago Hope, mais ils n’ont pas du tout le même traitement : la dernière scène d’Alan Birch n’est pas très significative sur le personnage (techniquement elle se fait sous un drap mortuaire), alors que Jeffrey Geiger a droit à de copieux adieux par à peu près tous les personnages importants.
Et malgré tout… c’était la mort d’Alan Birch qui m’avait marquée !

Peut-être est-ce la frustration de ne pas retrouver exactement l’épisode qui m’avait laissée pantoise il y a presque deux décennies de ça, mais les émotions ont clairement changé entre les deux visionnages.
Certes, le fait de n’avoir pas revu les épisodes antérieurs joue sans doute aussi ; quand on a oublié les détails de la relation entre Alan et Diane, ou comment Alan est devenu un père célibataire, l’impact n’est pas le même. Sûrement qu’à l’époque, assister à l’évolution progressive de la relation entre certains personnages depuis les épisodes précédents (comme les docteurs Austin et Shutt et toutes les relations satellites) permettait d’accepter plus facilement de voir, pendant cet épisode capital, des scènes complètement détachées de l’action principale. Ici, ces séquences touchent au soapesque, essentiellement parce qu’elles sont vues hors-contexte. Et puis bien-sûr, sans l’effet de surprise, le résultat est forcément différent.

Lors du premier visionnage de « Leave of Absence », Chicago Hope m’avait laissée, assise sur la table basse du salon, les joues baignées de larmes, le cœur vidé, et le bol bêtement planté dans une main : complètement désarmée. Ça m’avait pris, sans exagération, une heure avant que je ne puisse trouver l’énergie de bouger. Une bonne heure, au moins.

Ce visionnage m’inspire plein de choses sur la façon dont ma téléphagie a évolué entretemps ; ce n’est pas l’objet de cet article, ni de la question de pol gornek, mais pour simplifier, disons que j’étais alors… totalement ignare.
Je n’étais simplement pas habituée à recevoir aucune sorte de claque de la part d’une série ; et à vrai dire, la plupart des séries que j’avais regardées jusqu’alors, je les avais regardées en touriste, sans vraiment me pencher sur leur aspect feuilletonnant, sans m’attacher aux personnages au point de les regretter une fois qu’ils disparaîtraient de la série. A l’époque je crois que je ne comprenais pas le concept de série feuilletonnante de la même façon du tout, en fait ! Pour moi ça se limitait à revoir les mêmes personnages dans des situations variées, mais je ne concevais pas que l’un d’entre eux pouvait évoluer ou même quitter la série. Le choc ressenti à l’époque venait non seulement du deuil du personnage, mais aussi de la trahison intime : comment me faire ça, à moi, alors que j’aimais ce personnage ? Quand aujourd’hui un personnage que j’aime décède, je ne ressens plus cette trahison, et l’effet de surprise est même devenu rarissime du fait de la surinformation téléphagique à laquelle je suis exposée aujourd’hui.

Plus j’y réfléchis, et plus je comprends pourquoi cet épisode de Chicago Hope a été le premier à bien des égards. Hélas, le recul, la force des années, et la pléthore de séries vues depuis, gomment quelque peu son effet sur la spectatrice que je suis aujourd’hui. L’expérience ne pouvait être que radicalement différente. J’espère que j’ai tout de même rempli la mission confiée par pol gornek…?
Mais nous aurons toujours la table du salon, Alan Birch. Mon cœur est toujours posé dessus, les bras ballant, à l’heure qu’il est.

Note : j’avais décidé de revoir cet épisode dés que la question m’a été posée, mais avec le décès cette semaine de Robin Williams, c’était encore plus difficile à reviewer. Mes excuses si ce post est long et/ou confus. Ne niez pas, il l’est.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

1 commentaire

  1. pol gornek dit :

    Oh je pense que tu as parfaitement rempli la mission que je t’avais confié.

    Mes souvenirs de cet épisode sont beaucoup trop vagues pour que je puisse me confronter à ton avis et son évolution dans le temps (ce que tu dis sur la réalisation m’intrigue). Toutefois, il est intéressant je trouve de confronter un souvenir (et l’état émotionnel de l’époque) à une vision récente parce que l’on assiste, a posteriori, à la construction de notre « moi critique ». Cette page vierge que tu étais à l’époque n’a cessé de se remplir et si aujourd’hui, tu ne peux atteindre la puissance émotionnelle qui te rendit léthargique, tu parviens aussi bien à comprendre les raisons de cette émotion que son absence (ou sa faible intensité) aujourd’hui.

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