Normal à tout crin

24 septembre 2014 à 16:06

Je ne voudrais rien plus au monde que me sentir normale.
Pas nécessairement être « comme tout le monde » (personne ne veut faire les choix des autres), mais au moins me sentir normale. Ne plus avoir certaines images dans la tête, ne plus réagir à certains sons, éliminer le souvenir de certaines émotions. Je voudrais revenir à la normale que je ne suis pas trop sûre, au juste, de pouvoir définir et encore moins décrire ; j’ai juste dans l’idée que ça ne ressemble certainement pas à ce que j’éprouve ni ne vis.
Depuis de nombreux mois (21, en fait), les flashbacks ont changé ma normalité. Elle est supposée revenir à un moment, après la longue enfilade de rencontres avec des professionnels, de médicaments, et de tentatives désespérées, le reste du temps, de reprendre un minimum de contrôle. Mais le simple fait de se débattre avec tout ça prouve que la normalité, ce n’est déjà pas pour tout de suite.

George Mottershead, le héros d’Our Zoo, n’est pas normal ; sa famille s’en inquiète, leurs voisins, leurs clients dans leur petite épicerie de quartier. Il est revenu gravement blessé de la guerre, mais les plaies ont cicatrisé maintenant, alors il n’y a plus de raison que la vie ne revienne pas à la normale. Si seulement il voulait bien être normal, on pourrait enfin ne plus y penser.
Sauf que pour George, ça ne marche pas comme ça (et pour son entourage non plus, même pas sa mère qui est pourtant celle qui parle le plus de normalité). Les flashbacks, les souvenirs, les émotions, tout est encore là, bien vivace. Il ne sera plus jamais normal. Et quand il découvre des animaux exotiques pendant qu’il allait récupérer une cargaison sur le port, il se prend d’affection pour eux et commence à avoir des projets loin d’être normaux : à force de hasards, il va progressivement avoir l’idée d’ouvrir un zoo sans cages dans une immense demeure décrépie.

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Lorsqu’on lui dit que son comportement n’est pas normal, que ce qu’il fait en adoptant ces animaux n’est pas normal, que ses décisions ne sont pas normales… George Mottershead répond : « Well, maybe it is. For me ». Et bon sang, il a raison ! A quoi sert d’essayer d’être normal quand on a franchi le seuil de la normalité des années plus tôt ?
N’est-ce pas plus constructif d’admettre que s’est forgé un « new normal » ? Qu’il ne sert à rien de forcer les choses à sembler similaires lorsqu’on a été profondément changé par les évènements ? J’ai des chameaux en forme de DVD. C’est pas normal. Et alors ?

Our Zoo mélange un ton résolument feelgood (une petite fille, des animaux…), très conventionnel pour ne pas dire… normal ; et puis il y a quand même en toile de fond cette cassure qui a changé George à jamais, et plus largement sa famille, qui fait du premier épisode d’Our Zoo un peu plus qu’un conte inspirant. Tous ont besoin d’accepter non pas qu’un adorable petit singe taquin ou un auguste chameau velu peuvent changer leur vie, mais que leur vie a déjà changé. Il faut juste cesser de lutter ; au contraire, embrasser l’anormalité et s’y épanouir est la seule porte de sortie.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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