Five seasons and a lady

26 septembre 2014 à 20:47

Si vous me suivez sur Twitter (le contraire est impensable, mais admettons) ou que vous lisiez feue la rubrique Friday Night Highlights, vous savez que j’ai récemment regardé les 5 saisons de Community diffusées à ce jour.
Ça m’a donc pris une grosse semaine. Bien bien bien.

Community-650

Pourtant ça n’a pas toujours été aussi simple pour moi de regarder Community, les tags en attestent. A vrai dire, lorsque j’ai revu le pilote la semaine dernière, pour la, hm, troisième ou quatrième fois, je ne sais plus, je n’ai toujours pas accroché. Vraiment, je le trouve mauvais ce pilote ; à plus forte raison parce que maintenant que j’ai vu la suite (dépassant ainsi mon peu d’intérêt initial, yay me !), je trouve qu’il ne reflète pas du tout les qualités essentielles de la série. En se focalisant sur Jeff et sa quête pour mettre Britta dans son lit à tout prix, traitant les autres personnages comme des empêcheurs de tourner en rond, ce premier épisode ne laisse absolument pas deviner à quel point c’est l’esprit de groupe (la série s’appelle Community après tout) qui va faire tout le sel des 5 épisodes à venir.
La plupart des séries, en particulier les comédies, qui veulent dépeindre un groupe solidaire et chaleureux, ne se tirent pas une balle dans le pied dés le pilote comme celui de Community.

Car au final c’est la grande force de la série, quand bien même elle s’obstine à toujours vouloir exclure ou empêcher quelqu’un (comme si on ne pouvait se sentir entre soi que si quelqu’un lutte pour exister à nos yeux).
Les personnages de Community forment un tout qui n’a rien de cohérent, qui est souvent chaotique, qui est animé par des tensions internes loin d’être anodines, et pourtant… ils sont inséparables. Non pas par la force des choses, mais parce qu’ils font leur possible pour rester ensemble, comme le prouve, à chaque semestre, le choix d’une nouvelle matière à étudier ensemble. C’est un groupe comme il en existe finalement peu à la télévision, où les amitiés doivent plus à la force de l’habitude qu’à un véritable élan.
En cela, je comprends totalement que Community fédère ses spectateurs comme peu d’autres comédies en apparence similaires.

L’autre grand atout de Community, et ça vous en conviendrez, c’était difficile de le deviner en regardant le pilote même plusieurs fois, c’est son don pour les « épisodes spéciaux ».
La blague veut que « tous les épisodes de Blossom soient des épisodes spéciaux », mais après avoir passé mon été à le vérifier, j’admets sans problème que Community est bien meilleure à ce petit jeu. Entre les bottle episodes, les épisodes à thème, les expérimentations de forme (animation, muppets, etc.), et les rendez-vous quasi-annuels, lancer un épisode de Community continue, même après 5 saisons, d’être un jeu de roulette russe. C’est une belle qualité qui permet de toujours surprendre le spectateur, même quand les histoires sur le fond ne sont pas brillantes… ce qui heureusement n’arrive que rarement.
A un moment, et je crois que je me suis fait la réflexion pendant la saison 3 (mais quand on enfile une intégrale en si peu de temps, forcément c’est plus difficile de mémoriser quelle saison a fait quoi), on se demande si la série n’essaye pas un peu trop fort de mettre en scène un épisode spécial. Mais finalement ça devient tellement sa marque de fabrique que ça n’a plus aucune importance si plusieurs épisodes d’affilée sont totalement hors-normes, tant la norme semble être devenue un murmure lointain en début de saison 1.

Ces épisodes spéciaux sont l’opportunité pour Community d’affirmer son identité geek, aussi. Et quand on sait combien les geeks ont tendance à créer des cult followings pour des séries autrement condamnées par le grand public, ça explique bien des choses sur l’histoire des renouvellements de la série.
En cultivant les références à l’univers du fantastique, de la science-fiction, des superhéros et même du jeu de rôle, pourtant peu représenté dans les fictions, la série s’assure de parler à un public très ciblé qui est instantanément fidélisé, tout simplement parce qu’il n’existe d’équivalent nulle part ailleurs dans une comédie US. Un train que The Big Bang Theory a complètement laissé passer, par exemple, employant ses références comme du name-dropping et du déguisement, et non comme quelque chose d’organique. Là où The Big Bang Theory, qu’elle le veuille ou non, parodie la subculture qu’elle fait mine de mettre en avant, Community l’utilise comme une part de l’identité de certains personnages, et surtout, comme une part de la série elle-même. Comprendre les codes de ces univers fonctionne comme une private joke (c’est forcément une épée à double-tranchant), mais la récompense est énorme.

C’est ce choix d’univers qui fait que certains personnages sont clairement favorisés dans Community. Les deux grandes forces de la série (sa chaleur et son univers geek) sont personnifiées par Annie et Abed ; Annie pour tous les moments feelgood, toutes les fois où il faudra tenir bon pour rester ensemble, et puis Abed pour toutes les fois où les références culturelles servent de dramatis personæ, et elles seront nombreuses.
Community ne se cache pas vraiment d’utiliser et mettre en avant ces personnages plus que les autres. Abed, en particulier, est le personnage dont la vie intérieure est la plus utilisée, développée et améliorée avec le temps. Absolument aucun autre, quelles que soient les nuances introduites avec le temps ou les storylines ajoutées au cours d’un épisode, ne lui arrive à la cheville en termes d’avatardisation. C’est un plus certain, car Abed est profondément attachant, mais il y a des épisodes voire des tronçons de saison pendant lesquels les autres personnages souffrent énormément de la comparaison. Ce qui n’a jamais été accompli avec Pierce, par exemple, y compris alors que des interactions privilégiées avaient été mises en place avec certains autres membres du groupe (Troy qui emménage avec lui, Annie qui est supposée être sa préférée…), est un véritable problème qui montre que le favoritisme au aussi ses mauvais côtés. Comme NicLoyd me l’a fait remarquer sur Twitter, ça n’est sûrement pas étranger au problème Chevy Chase dans son ensemble, mais quand même.

Allez, pour finir, un petit classement des mes 5 épisodes favoris, parce que Community s’y prête bien :

1 Community-BestOf-5x10-300 Advanced Advanced Dungeons & Dragons (5×10)
J’avais aimé le premier épisode du genre pendant la saison 2, mais celui-ci a fait une encore meilleure utilisation du genre, et une plus grande efficacité dans la mise en scène par-dessus le marché. En tous cas, les deux épisodes ont une qualité rare, celle de parler de jeu de rôle sans que personne n’apparaisse en costume (exception faite de Chang dans le premier opus), et qu’absolument aucune séquence ne soit mise en scène dans le monde imaginaire. Tout est tourné autour de la table, avec les joueurs, et c’est pas une mince affaire à mettre à l’écran.
2 Community-BestOf-5x05-300 Geothermal Escapism (5×05)
Un excellent exemple de la façon dont Community sait utiliser ses univers les plus fantasques à bon escient, et parvient à mettre parfaitement en avant son personnage préféré, Abed. Beaucoup d’épisodes de Community commencent « à la Simpsons« , en partant d’un délire pour entrer dans un tout autre ensuite, et on fait difficilement meilleur exemple que « the floor is lava ».
3 Community-BestOf-1x23-300 Modern Warfare (1×23)
C’est là que j’ai su que j’appréciais Community ; je vous accorde que ça m’aura pris du temps, mais l’épisode était jouissif, rythmé, parfaitement maîtrisé. A un tel point que je l’ai fini et je l’ai tout de suite relancé ! Les épisodes de paintball suivants était généralement corrects voire bons, selon les cas, mais aucun n’a fait aussi bien que celui-ci sur tous les plans en même temps.
4 Community-BestOf-3x15-300 Pillows and Blankets (3×14)
Un autre excellent exemple de la façon de ce que la série peut faire pour mettre en scène des choses triviales et/ou dramatiques (ici un conflit entre Troy et Abed) de façon franchement fun, et ce, en faisant une délicieuse utilisation de tous les personnages de Greendale jusqu’aux plus anecdotiques. J’apprécie quand Community utilise au maximum tous les visages qu’elle a introduits, c’est une autre de ses richesses qu’elle exploite généralement de façon très positive.
5 Community-BestOf-4x05-300 Cooperative Escapism in Familial Relations (4×05)
Même si beaucoup des épisodes et/ou intrigues s’intéressant à Jeff m’ont généralement agacée, c’est l’une des rares exceptions. Because of reasons. Et aussi parce que pour une fois, pendant une bonne partie de l’épisode, Jeff est obligé de baisser sa garde et ça fait du bien. L’angle chez Shirley étant également très bon, quoique dans un autre registre, c’est l’un des rares épisodes « saisonniers » de la série que j’ai vraiment appréciés.

Bon, je ne dirais pas que Community a de quoi devenir l’une de mes séries préférées (j’ai du mal à adorer une série dont le pilote est détestable, je suis trop pilotovore pour ça), mais… cette saison 6 et ce film, on se les fait quand ?

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