Still lacking

7 octobre 2014 à 9:32

Cet été j’ai raté pas mal de séries (pour ne pas dire toutes), alors cet automne, entre deux nouveautés de la rentrée, je m’y remets ! L’occasion de découvrir les séries dont j’ai entendu du bien, avec les risques que ça comporte quand une réputation précède la découverte.
The Knick, par exemple, semble avoir eu d’excellents retours. C’est ce que je me suis décidée à vérifier ce weekend, parce qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, en téléphagie.

TheKnick-650

Pourtant le pilote de The Knick ne comptera pas parmi mes coups de cœur. Il est vrai que je n’ai jamais éprouvé de passion pour les séries historiques, mais ce n’est pas vraiment le cœur du problème ici.

La culpabilité en revient peut-être aux premières minutes du pilote, qui commence dans ce qui est vraisemblablement un bordel où le héros a passé la nuit ; cette scène n’a strictement aucun intérêt si ce n’est nous montrer que l’objectification du corps des femmes (et des femmes asiatiques, bien-sûr, pourquoi s’arrête là ?) a encore de beaux jours devant elle.
Cette séquence ne nous dira rien sur le protagoniste ou son univers, tandis qu’en revanche, la suivante, dans la calèche qui le conduit à l’hôpital, nous donnera enfin des éléments sur le personnage : c’est un médecin en route pour l’hôpital, et il se drogue. Mais c’est toujours plus sympa de le dire avec un peu de gratuité d’abord parce que, eh, on s’en fout, les filles sont là pour être décoratives, hein ?
Vous allez me dire que cette première scène n’est pas trop représentative du propos de la série, et justement, c’est mon problème : si on pouvait simplement arrêter de mettre ces scènes partout dans nos fictions comme si elles allaient de soi, alors qu’elles restent totalement muettes sur le plan du sens, du character development comme du scénario, ce serait pas mal. Et si justement elles n’apportent rien sur le fond, peut-être faut-il se demander pourquoi on y a quand même droit aussi souvent.

Je crois que ce qui m’a encore plus mise en colère devant The Knick c’est que la série est, grosso-modo, capable de mieux que ça. La façon dont elle va parler des abus de son personnage central (et qui parvient à éloigner toute comparaison avec Dr House) est fine, intelligente et va plus loin que le character flaw : c’est un vrai commentaire sur son époque.
Le Dr John Thackery est passionné par son travail de recherche en matière chirurgicale, il est fasciné par les progrès faits en la matière (« on en a plus appris ces 5 dernières années que pendant les 500 années qui ont précédé ! », s’exclamera-t-il les yeux illuminés pendant l’épisode). Au tout début du 20e siècle, la chirurgie est en train de basculer du statut de bricolage à celui de science, d’art raffiné, où il s’agit de progresser dans les gestes mais aussi le matériel, les suites opératoires… Sans la drogue, Thackery ne pourrait découvrir autant de nouvelles informations fascinantes et inédites ; il a cette même fièvre de découvertes scientifiques que nos amis de Masters of Sex, et il ne va pas perdre une minute à dormir quand il pourrait être à son bureau. Et ça, c’est vraiment un truc génial que nous dit The Knick sur son personnage et son époque, ça c’est de la belle ouvrage. Alors pourquoi se commettre dans les clichés sexistes quand on est capable de ce genre de finesse en quelques scènes ? C’est d’autant plus rageant.

Sur la question raciale abordée dans la seconde partie du pilote, je suis plus mitigée. Il y a en revanche de bons éléments, et c’est ceux que j’ai décidé de retenir au final.
Ainsi, le fait que le Dr Algernon Edwards soit extrêmement qualifié mais qu’il n’arrive pas au Knick comme en s’excusant ni comme s’il était sorti de la cuisse de Jupiter, est très appréciable. Le personnage possède une humilité évidente, mais elle est due au fait qu’il a encore des choses à apprendre, et non à un sentiment d’infériorité car il ne s’excuse pas d’être qui il est ; c’est ce qui lui permet de ne pas être uniquement dans le registre racial dans toutes ses réactions, mais de s’exprimer aussi en tant que scientifique et donc d’exister instantanément de façon multi-dimensionnelle. Je n’aurais pas voulu d’un personnage noir dont la seule utilité dans la série aurait été d’être le noir dont personne ne veut. Lui aussi, on le comprend, a soif de découvrir et de progresser, et c’est la raison pour laquelle il veut travailler auprès de Thackery. C’est donc la raison pour laquelle on est contents qu’à la fin de l’épisode, il n’ait pas claqué la porte.
Il est compétent, mais pas au point de convaincre par une action extraordinaire son supérieur et de subitement changer l’opinion que Thackery a des noirs. Je m’attendais à ce qu’il fasse quelque chose d’impressionnant pendant l’opération, qui convaincrait Thackery de le garder dans son équipe, mais c’est l’inverse qui s’est produit et j’ai trouvé ça beaucoup plus fort, plus réaliste. C’est Thackery qui va mener l’opération à bien au point de donner envie à Edwards de surmonter sa répulsion à se confronter à des racistes, pour pouvoir continuer à progresser en tant que chirurgien.
Ces deux hommes sont prêts à ses sacrifier pour la science et ça rend déjà ces deux personnages plus sublimes que 90% des héros de séries actuels. C’est prometteur.

Les séquences opératoires ont leurs moments, aussi. Elles reposent sur les codes qu’on connaît déjà, au plan près, pour souligner subtilement le contraste entre les pratiques d’il y a un siècle et des poussières et maintenant. La musique de plusieurs scènes de l’épisode rappelle aussi un peu New York 911, et le contraste fonctionne autant qu’il évoque une comparaison implicite.
La première opération est parfaite à cet égard, avec ces pompes, ces tubes, ces compresses dans tous les sens, ces mains qui se précipitent, sans gant, pour tenir la peau ou les organes… On mesure le chemin parcouru et on a presque envie de leur dire que ça va s’arranger plus tard, promis. Mais pour le moment ils en sont encore, parfois, à bricoler… Les séries médicales un peu gore sont rarement mon truc, mais dans ce cas précis, ça sert le propos, ça explique ce contre quoi ces hommes se battent : non pas contre la maladie, mais contre les outils rudimentaires avec lesquels ils se mesurent à la maladie.

J’aurais aimé que le premier épisode de The Knick se concentre sur cet aspect plutôt que taper dans certains clichés (la petite infirmière, par exemple, de la condescendance avec laquelle Chickering lui parle au mépris que Thackery lui porte quand elle fait une bourde, est totalement dispensable à ce stade ; la séquence avec la petite fille qui doit traduire pour ses parents, totalement dispensable, etc.). C’est également assez ambivalent que de regarder le personnage de Cornelia Robertson évoluer pour le moment, elle est assez transparent.
De toute évidence, les personnages féminins sont lésés dans The Knick, autant s’y faire j’ai l’impression…

Non, ce n’est pas un pilote qui va compter parmi mes coups de cœur. Mais je peux imaginer suivre la série pour une saison au moins, malgré tout. Elle a quelque chose à dire sur la médecine et cette période de ruée vers l’or chirurgical, et ce qu’elle dit est relativement rare dans une fiction. Mais sur le côté drama, il lui faudra quand même un peu bosser pour me conquérir totalement.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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