Heartwarming

12 octobre 2014 à 23:58

En théorie, la comédie est un genre où la sympathie des personnages peut être l’unique raison d’apprécier une série, et c’est encore plus vrai pour les sitcoms.
Depuis que le sitcom est sitcom, ce qui importe est plus le degré d’attachement du public, que le raffinement des blagues ou l’originalité du sujet. C’est, à vrai dire, la raison essentielle pour laquelle les sitcoms multi-camera survit à travers les décennies. Ce qui n’empêche nullement quelques perles de se montrer gagnantes sur tous les tableaux, mais globalement, le genre doit sa survie à la bonne nature du public, et la capacité de celui-ci à se trouver des personnages desquels il n’attend rien d’autre qu’une bonne et large dose d’énergie.

C’est la raison pour laquelle, peut-être, Cristela a ses chances.

Il ne s’agit pas d’une comédie très originale. Passer 80% de son épisode dans une cuisine n’est pas exactement un trait de génie…
En fait, même tenter d’inclure des personnages hispaniques est quelque chose qui n’a rien de nouveau, et si vous en doutez, rappelez-vous que le mari d’I Love Lucy s’appelait Ricky Ricardo. Ok, ok, Ricky n’essayait pas de s’attirer les faveurs du public hispanique lui-même, mais dans ce cas, si vous excavez vos souvenirs du début des années 2000, vous devriez y trouver des souvenirs de The Brothers García (La famille Garcia sur France 2), ou bien, rha, comment ça s’appelait cette série adaptée d’une telenovela ? Ugly Betty, voilà. Et ne m’obligez pas à ramener sur le tapis des horreurs comme Rob! ou Saint George, j’aime pas vous faire du mal.

N’ayant donc rien, mais alors, absolument rien à proposer d’innovant, on pourrait soupçonner Cristela de se diriger droit dans le mur, mais c’est oublier, donc, que la sympathie des personnages est bien plus importante pour un sitcom que toute autre chose.
Et c’est là qu’intervient Cristela Alonzo qui est absolument géniale de ce point de vue. Elle irradie une énergie, une bonne humeur et un positivisme qui font tout le charme de la série. Même quand ce n’est pas fondamentalement drôle, c’est toujours humain de la voir réagir ou échanger avec d’autres personnages. Et c’est en définitive ce qui sauve Cristela de l’incident industriel dans ce pilote par ailleurs assez plan-plan. Croyez-moi, si Mulaney était moitié moins sympathique que ne l’est Cristela, je lui aurais passé de nombreux défauts…

Je plaisantais plus tôt cette semaine avec Jean-Maxime que Cristela pourrait avoir le charme d’Une Nounou d’Enfer à défaut d’autre chose… et, contre toute attente, eh bien j’ai retrouvé une partie du charme de Fran dans celui de Cristela.
Elles ont d’ailleurs la même façon d’être très conscientes de leur origine sociale face à des patrons pas toujours très au courant de ce qui se passe hors leur tour d’ivoire ; ni l’une ni l’autre n’hésitent à gentillement les remettre en place, certes sous la forme de blagues et petites vannes, mais en rappelant clairement qu’on ne peut pas leur marcher sur les pieds comme ça juste parce qu’elles viennent d’origines modestes (et/ou culturellement méprisées).

Cristela-650

J’avoue être peu intéressée par les tribulations familiales de l’héroïne de Cristela (sa famille, sans être totalement cliché, n’est pas forcément hilarante), en revanche tout ce qui va se passer dans le cabinet d’avocats où elle a décroché un stage est plein de potentiel, de ses petites joutes verbales sans gants avec son boss à ses interactions avec les deux autres stagiaires, qui eux aussi viennent d’un cocon protégé d’où ils n’ont rien appris de la « vraie vie ». Vu l’énergie et le rentre-dedans de Cristela, pourtant jamais dénuée de bonne humeur, ça peut donner d’excellentes scènes. C’est déjà le cas, à vrai dire.

Non, Cristela n’a rien inventé. Mais depuis quand il faut être inventif pour être chaleureux ?

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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