Out ouf mind, out of sight

31 octobre 2014 à 22:00

Au début de la semaine, je m’étais dit que ça serait peut-être une bonne idée de faire un petit livetweet pour expliquer ce que représente la dépression pour moi. Ça semblait être une bonne opportunité pour qu’une journée mondiale ne soit pas vide de sens, comme tant d’autres peuvent l’être. Ça semblait aussi un bon moyen de plus ou moins expliquer mon comportement de ces derniers mois, pendant lesquels il y a régulièrement de longues périodes de silence.
Mais finalement, lundi, j’ai dû renoncer. Parce que, douce ironie du sort, j’allais tellement mal que je n’étais pas en état de faire de la pédagogie slash service après-vente.

Je sens bien que chaque période de mutisme joue contre moi, et ruine tous les efforts et le travail que je peux vaguement produire le reste du temps. Les heures que je peux passer à travailler, rechercher, étudier et écrire sont insignifiantes dés que je ne suis pas à même de les promouvoir et/ou de me faire voir sur les réseaux sociaux, par exemple.
Cela doit vouloir dire que mon travail ne se suffit pas à lui-même. Qu’il est sans doute même très insuffisant. Ça me brise le cœur parce que c’est la seule chose que je fasse (quand je la fais) dont je sois un peu fière. Mais sitôt que j’arrête de poster des liens de ce que je fais et de discuter sur Twitter ou ailleurs, alors ce travail redevient inexistant. Et j’en suis du coup beaucoup moins fière. Et j’ai encore moins envie de travailler. Et surtout, j’ai encore moins envie de m’exprimer sur Twitter ou ailleurs. Parce que si finalement, ce n’est que le harcèlement et mon omniprésence sur les réseaux sociaux, qui font que les gens prêtent un tantinet d’attention à ce que je fais, alors à quoi bon ?
Et c’est vrai au-delà de ce que j’essaye de faire avec mes articles de fond, mes recherches sur l’histoire de la télévision internationale, mes news et mes reviews.

Je suis en dépression depuis janvier maintenant. Le monde continue de tourner sans moi, et il le fait relativement bien. Personne n’a besoin de ladyteruki dans sa vie. Quand je disparais de la circulation personne ne trouve que je manque. Quand j’arrête de parler à des « proches » parce qu’ils m’ont blessée, eux continuent leur vie sans moi et ne s’en portent pas plus mal.
Je suis totalement inutile, et mon existence, quel que soit le sens que j’essaye de lui donner à grand’peine les jours où je parviens à produire de petits efforts, n’a d’importance pour personne.

Ce qui est normal. Qui veut d’une trentenaire dépressive dans sa vie ? Quelle est ma valeur ajoutée ? J’ai tellement de mal à me trouver de l’intérêt, je vois mal comment attendre que d’autres m’en trouvent là où je me méprise.
Quoique je fasse, je ne le fais pas assez bien, et quoique je sois, je ne le suis pas assez bien.

Dans l’état où je suis actuellement, je ne suis pas capable de faire de premiers pas, et mes façons d’essayer sont dérisoires : réussir à aller sur Twitter et faire quelques messages, persister à préserver sur mon site le rendez-vous quotidien et le rendez-vous hebdomadaire, ce genre de choses. Lorsque je le fais ça me demande toute l’énergie de l’univers et pourtant les gens me répondent de moins en moins, réagissent de moins en moins. Cette semaine, le rendez-vous du vendredi est, une fois de plus, un échec.
Et ça n’a pas d’importance dans le fond. C’est juste un indicateur de ma complète inutilité dans le monde, mais ça ne change rien à celui-ci.

Depuis le mois d’août je me bats avec la notion que je ne devrais pas cesser d’exister. J’aimerais avoir des moments où je me dis que, allez enfin, c’est idiot, tu as plein de raisons de vivre ! Et puis il se passe une semaine comme celle qui vient de s’écouler et je me dis : non. Ce ne sont que des excuses, pas des raisons. Le monde tourne exactement de la même façon que j’y apparaisse ou pas. Je ne reproche rien à personne, sinon à moi-même de manquer de tout ce qui fait que la plupart des autres personnes trouvent à justifier l’utilisation de leur oxygène.
Je n’intéresse personne, je ne manque à personne et le problème, c’est que j’avais un peu espéré que le reste du monde me donnerait des raisons. Les raisons sont supposées venir de moi, bien-sûr, mais plus je cherche au fond de moi et plus je trouve du mépris, alors j’avais espéré que l’image qu’on me renverrait de moi aiderait un peu.

Ce soir, j’ai pleuré une bonne heure sur l’absence de commentaires sous Trifecta. C’est ridicule et ça ne devrait pas me toucher comme ça. Mais je n’arrive pas à me sortir de la tête qu’il faut bien une mesure de mon impact sur le monde, et que ce sont des choses comme celle-là qui forment l’échelle de mesure. Alors je vais parler encore moins, faire encore moins de choses, et à terme, vraiment disparaitre. Sans que ça ne change rien à la façon dont tourne le monde, comme toujours.

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3 commentaires

  1. Emmanuelle dit :

    Allo Ladyteruki,
    Je ne sais pas quoi dire si ce n’est que je consulte votre site TOUS les jours et tous les jours je me dis « Mais où trouve-t-elle ses informations? » et « Qu’est-ce que j’aimerais écrire comme elle! » (Je suis traductrice, alors savoir écrire, c’est un peu comme savoir taper dans un ballon pour un footballer: essentiel).
    Je n’aurais pas de mots de consolation « faciles » parce qu’il me semble malheureusement que pour ce genre de question (« Mais que suis-je? ») nous ne pouvons que trouver les réponses pour et par nous-mêmes et puis, les consolations faciles sur Internet c’est… facile, justement. Pourtant je peux vous assurer que je comprends ce que vous ressentez, dans la mesure du possible. J’ai aussi ce genre de pensées et je sais que c’est une lutte de chaque instant.
    Les mots sont bien creux et même ceux que j’écris actuellement me semblent bien dérisoires face à votre souffrance, mais croyez bien que je pense à vous et que je vous serre fort dans mes bras!
    Votre fan (et amie) franco-québécoise, Emmanuelle

  2. jainaxf dit :

    Bonjour Ladyteruki,

    je poste assez rarement ici, par manque de temps et parce que j’ai souvent l’impression que mes commentaires n’apporteraient pas grand-chose face à d’autres plus loquaces .
    Mais j’admire énormément ton travail et je te lis très régulièrement !
    Après ces 2 semaines crevantes, je vais m’efforcer de participer plus régulièrement, au moins aux rendez-vous. Parce que ton site est important et enrichissant pour moi.

    Ton message me touche : si je n’ai jamais été dépressive, j’ai un proche qui est parfois fragile et je sais à quel point c’est dur quand cette personne touche le fond. On essaye d’aider et réconforté la personne de son mieux, mais on n’a pas forcément l’impression que ça suffit…j’espère que tu finira par aller et que tu trouveras du soutien dans cette période difficile.

    Un commentaire internet, ce n’est pas grand-chose, mais je ne pouvais pas rester silencieuse face à ce message poignant.

    En te souhaitant une nouvelle fois d’aller mieux et de réussir à combattre ces pensées délétères,

    Jaina

  3. Nick dit :

    Salut,

    Si le fait d’écrire ce message en réaction à ce post bouleversant peut t’apporter ne serait-ce qu’une petite once de réconfort, alors ça me ferait très plaisir.

    C’est peut-être un mal, ou pas, je n’en sais rien, mais le fait est que ce n’est pas parce qu’on ne commente pas qu’on ne porte pas de crédit au travail d’une personne. Il fut une époque, il y a déjà pas mal d’années, où il était rare que mes articles/news ne recueillent pas de commentaires. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les commentaires se font rare (j’ai peut-être aussi ma part de responsabilité, n’ayant pas forcément le temps de développer l’aspect communautaire qui se concrétise surtout sur les réseaux sociaux) alors que l’audience du site est à peu près équivalente.

    Evidemment, j’évoque mon cas particulier, et c’est peut-être un peu maladroit de ma part ne connaissant pas vraiment ce que tu traverses mais je suis sûr d’une chose, derrière ces commentaires qui n’existent pas, il y a des gens qui te suivent et te soutiennent.

    Nick

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