Dans l’ombre du Président

9 janvier 2015 à 12:00

Vous avez aimé me voir m’épancher sur le génie de la saison 1 d’A la Maison Blanche vendredi dernier ? Bienvenue dans la review de la saison 2, qui est à peu de choses près sur le même mode dithyrambique. Pardon, j’ai tué le suspense, peut-être ?

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Oui, même une série politique peut laisser le spectateur pantelant pendant des mois… ou plus. A l’époque de sa diffusion sur France 2, j’étais dépendante de la présence hertzienne d’A la Maison Blanche, et je me rappelle avoir été sous le choc pendant longtemps. « Il est blessé, il est blessé ! » hurlait la voix alors que l’épisode avait déjà fondu au noir… du moins à mes oreilles d’alors.
Qui ?! Qui est blessé au nom du ciel ? Et pourquoi dois-je attendre si longtemps pour connaître la réponse ? Maudite diffusion sur France 2.
Pour info, je n’ai pas eu à attendre aussi longtemps cette fois-ci. J’avais à peine fini le DVD de la saison 1 que celui de la saison 2 était déjà en train de chauffer ; j’ai beau déjà avoir vu la suite de la série, je refuse désormais de laisser ce cliffhanger me désarmer comme il l’a fait par le passé. Et pour info encore, en VO (puisque je fais ce marathon en VO), la voix dans le noir crie en fait « who’s been shot ? who’s been shot ? ». The more you know.

La saison s’ouvre donc dans la confusion, pendant deux épisodes tentant de gérer au mieux la catastrophe, tout en nous offrant une origin story élégante et habile de tout le cabinet Bartlet, on s’excuse du peu. Vont ainsi se succéder, alors que le spectateur a toujours l’estomac comme un bol de ramen déshydraté, les histoires de Toby, Sam et surtout Josh : comment ils ont commencé à croire en Josiah Bartlet. Et comment Josiah Bartlet a commencé à croire au Président Bartlet.
Et très franchement, après la saison qu’on vient de passer, on n’a aucune peine à croire en lui ! Tout cela sonne presque comme une évidence. La priorité, c’est qu’on aimerait que notre Président et son équipe se tirent de tout ce bourbier, et la frustration se joue de nos poussées d’adrénaline.
Le mélange d’angoisse, d’émotion sincère et d’inquiétude alors que les premiers éléments rationnels commencent à arriver sur la fusillade, fait du double season premiere une véritable réussite.

Pourtant, l’après-Rosslyn est difficile à gérer scénaristiquement pour A la Maison Blanche qui, jusque là, avait évité aussi souvent que possible de trop donner dans le feuilletonnant. La tentation d’éviter les fils rouges comme en saison 1 est forte, et la saison 2 y cèdera à de nombreuses reprises, rendant les suites de la tentative d’assassinat finalement assez fantomatiques au-delà de ces deux premiers épisodes. Après In the Shadow of Two Gunmen, la série reviendra le plus souvent possible à des épisodes indépendants, et à des intrigues qui, sans perdre leur intelligence, seront bouclées en moins d’une heure. Ponctuellement, et ponctuellement seulement, comme sous la torture, des épisodes nous montreront les séquelles de la fusillade, notamment sur Josh comme évidemment dans l’épisode Noel, mais on sent un tiraillement pendant plusieurs mois.
Ce tiraillement est illustré par des résumés d’épisodes absurdes pour une série aussi fine, où chaque personnage se contente de rappeler son nom et sa fonction de façon purement informative ! On dirait que quelqu’un, soit à la prod soit chez NBC, a peur d’avoir semé le public qui pourtant fait un immense accueil à la série. Ou alors je sous-estime carrément l’apport des Soprano à la télévision feuilletonnante, voire.

Il faudra que la mid-season arrive pour qu’enfin A la Maison Blanche bascule du côté feuilletonnant de la Force, en embrayant sur la campagne de réélection du Président Bartlet. Cela rend les intrigues plus appréciables, car moins compactes ; désormais elles s’installent sur des arcs de deux épisodes en moyenne, mais on a quand même beaucoup plus les coudées franches pour aller au fond des choses. Et même si la mise en place de ce fil rouge est lente, elle est palpable et donne un véritable horizon à la série.
La problématique de la sclérose en plaques du Président, bien-sûr, est aussi une fantastique tâche de fond ; sa révélation aux spectateurs, qui planait depuis le season premiere, fournit des ressources dramatiques infinies : comment Toby va-t-il le prendre ? Et Sam ? Et Josh ? Et CJ ? La colère, la déception, la tristesse, s’enchaînent et s’accumulent.
Ça donne d’excellents développements, et d’au moins aussi fantastiques dialogues, ce qui est et reste le grand point fort de la série. Même quand A la Maison Blanche donne dans le dramatique, de toute façon, son ambition première est d’être cérébrale, de garder à l’esprit les problématiques plus vastes soulevées par un problème ou un autre. Lorsque Toby se met dans une colère noire face au Président (dont il est la voix agaçante de la raison depuis toujours), A la Maison Blanche souligne aussitôt par son biais les problématiques constitutionnelles et morales autour de ce secret ; la question n’est jamais de savoir que comment chacun va réagir, mais aussi quel angle chacun va soulever.

A la Maison Blanche semble aussi avoir pris note de certaines petites remarques qui n’ont pas manqué de lui être adressées pendant la saison 1, et à raison. Cette fois, au lieu d’avoir CJ pour seule femme au générique (comme on pouvait le craindre après l’évaporation de Mandy), la série en compte trois : Donna a pris du galon (soulignant par effet de ricochet le travail des assistantes de toute l’aile ouest), et la Première Dame occupe plus souvent le terrain. Et, même si techniquement, elle n’a qu’un rôle de guest, le rôle de Madame Landingham est évidemment majeur sur la fin de la saison ; ce sera d’ailleurs l’occasion d’une nouvelle origin story.
Appelée en renfort, on trouvera aussi, sporadiquement, la pétillante Ainsley Hayes, venue cumuler les postes vacants de Taquineuse en Chef et d’Empêcheuse d’Être Libéral en Rond, que Mandy avait laissés derrière elle. Son rôle essentiel est d’asticoter un membre du cabinet (ici Sam), et de débattre avec lui sur tous les sujets possibles… tout en ayant un impact quasi-nul sur les décisions prises. Voire à pas déconner.
Même si cette touche féminine est imparfaite et inégale, elle est en tous cas clairement issue d’une nette volonté d’essayer de faire un effort. Qu’est-ce qu’on fait, on donne des points pour l’effort ? Allez, on donne des points pour l’effort.

Dans la tourmente de cette saison faite de mutations, Sorkin invite aussi notre regard à ne pas simplement se porter sur Bartlet ou ses conseillers.
De qui je veux parler ? Jusque là, il était présenté comme le Chief of Staff à tout faire ; fidèle et loyal, souvent en retrait, confident avant tout, prêt à temporiser aussi bien qu’à allumer un feu sous les présidentielles fesses de son meilleur ami, de celui auquel il voue clairement une adoration sans limite. Je veux bien-sûr parler de Leo McGarry.
Mais dés In the Shadow of Two Gunmen commencent à se présenter des éléments plus ambigus. Pendant que le Président était sous anesthésie, clairement, Leo McGarry a merdé ; il n’a peut-être pas fait exprès, mais comme le soulignera Toby, c’est lui qui en pratique dirigeait le pays en temps de crise, jusque dans la Situation Room. Parce qu’on connaît le personnage et qu’on lui fait confiance, on sait qu’il n’y a pas eu malice (on ne saurait en dire autant des actions du Vice-Président, par exemple), mais cela reste un problème. Et que dire de la façon dont il garde le secret sur la maladie du Président ?
Il ne s’agit pas de le pointer du doigt, pas d’en faire un méchant. A aucun moment de la saison A la Maison Blanche ne va transfigurer le personnage. Il s’agit juste de poser indirectement la question : peut-être qu’à la Maison Blanche, le job le plus difficile, c’est surtout celui de Leo. Nous avons ici l’opportunité d’en saisir plus de nuances, d’en apprécier plus de mauvais côtés. C’est sûrement beaucoup de responsabilités à donner à une seule personne, fut-elle Leo.

Lentement mais sûrement, A la Maison Blanche construit pendant sa seconde saison sur l’existant, enrichissant sa structure (même si ça n’aura pas été sans peine), étoffant son répertoire de personnages, s’aventurant toujours plus loin dans son exploration du monde politique.
On finit après tout ça par arriver à un nouveau cliffhanger de folie… au point de commencer à se demander : A la Maison Blanche ne serait-elle pas sacrément douée en matière de débuts et fins de saisons ? Spoiler alert : si.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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