Realpolitik

23 janvier 2015 à 12:00

C’est déjà pour un quatrième vendredi consécutif que je vous propose de parler d’A la Maison Blanche, suite à mon marathon de la fin de l’année dernière ! Le temps passe vite quand on ne s’amuse pas. Parce qu’il faut le dire, les choses sont définitivement sérieuses pendant la quatrième saison, bien moins badine que les précédentes. Et vous allez avoir que la série en est très consciente…

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Calendrier électoral américain oblige, A la Maison Blanche démarre sa 4e saison en promettant des élections présidentielles en novembre ; une suite logique de la saison précédente, évidemment. Mais si le fil rouge est bien présent, celui-ci ne s’arrête pas avec les résultats du scrutin, et trouve une prolongation dans la campagne de Sam en Californie, amorcée suffisamment tôt pour préparer dignement le départ de Rob Lowe au beau milieu de la saison (et très bien gérée jusqu’à son départ officiel à la mi-saison). Les enchaînements des différents axes (approche des présidentielles, interactions avec la campagne californienne, puis scrutin californien) permettent de donner une dynamique fluide, avec une véritable impression de progression. On aurait pu craindre un retour à des épisodes plus stand-alone, une sorte de business as usual, sitôt la campagne de Bartlet finie, et c’est tout le contraire. Ça permet aussi de ne pas laisser perdre toute l’excitation des élections…
Bien-sûr il reste des épisodes indépendants, et on en aura encore une belle sélection pendant la saison, entre la soirée poker pendant laquelle la Maison Blanche subit un « crash » de sa sécurité (indirectement annonciateur de bien des choses) ou l’épisode suivant CJ à Dayton (ce dernier comptant parmi mes favoris, bien qu’il transgresse un grand nombre de règles implicites de la série, notamment niveau sexe). Mais désormais il est clair qu’A la Maison Blanche est en paix avec son format feuilletonnant, ce qui n’était pas du tout le cas lors de ses débuts. Et pour moi qui ai une nette préférence pour ce type de fictions, je trouve que ça enrichit énormément une série qui n’a pourtant pas à rougir de beaucoup de défauts.

Sur le fond aussi, il y a nettement une évolution ; on pouvait déjà le sentir en saison 3 mais cette fois, il n’y a plus aucune hésitation : jamais une saison de la série n’aura autant été tournée vers les évènements internationaux. Cela se fait, comme si souvent dans A la Maison Blanche, autour de nations fictives (à savoir bien-entendu le Qumar, étant donné le cliffhanger de la saison 3, mais aussi un pays africain, le Kundu) mais avec des problèmes, eux, bien réels.
La série s’aventure plus que jamais sur le territoire non seulement de la diplomatie mais, surtout, le domaine militaire. On passe énormément de temps en Situation Room, les personnages comme le Général Fitzwallace ou Nancy McNally sont omniprésents, et dispensent quasiment autant de conseils que l’équipe régulière du Président. Au juste je ne sais pas dans quel mesure c’est volontaire de la part de la série ; une partie semble influence par l’actualité et pas seulement par un propos d’A la Maison Blanche sur certains sujets, évoqués de façon parfois flottante. Aucun épisode n’a par exemple la force de conviction de l’essentiel Proportional Response de la saison 1. Les cas de conscience, quand ils ont lieu, sont infiniment moins puissants : c’est comme s’il y avait un état d’urgence permanent. On a l’impression que l’Amérique de Bartlet est prise d’assaut de toute part, embourbée dans des position diplomatiques ou militaires difficiles à tenir, ou au moins perçues comme telles. Là encore, il semble que ce soit plus la réalité autour de la série que l’univers de la fiction lui-même qui soit en cause, et qui transpire dans certaines intrigues.

Et si Bartlet est sans cesse sur le qui-vive, c’est aussi parce que lui et son administration paient les égarements des saisons précédentes. Sur le scandale de sa maladie, mais aussi l’alcoolisme de Leo et autres joyeusetés, A la Maison Blanche n’a pas totalement tourné la page. Ces problèmes médiatiques, voire constitutionnels, n’ont finalement jamais abouti à des excuses de la part des premiers concernés ; c’est aussi un peu pour ça qu’on les aime, ces personnages : ils font ce en quoi ils croient et ne cherchent pas l’approbation du public en toute chose. Il y a eu des actes de contrition (Abbey a accepté de perdre sa licence, Bartlet a été censuré), qui donne des blessures d’amour-propre, surtout pas d’excuses. Mais implicitement, la série montre aussi qu’accepter penaud les conséquences de ces actions ne suffit pas pour s’en tirer. En tous cas pas moralement, quand bien même la sanction est tombée et, en majorité, le tempête médiatique aussi.
C’est une saison en cela très négative sur la politique. Pas vraiment la politique politicienne, qui finalement va à peine égratigner la Maison Blanche, mais plutôt la politique de conviction que semblait mener cette administration. Nous sommes habitués aux idéaux de grandeur, d’humanisme de Bartlet et les siens, mais ces idéaux ne sont pas sans défauts et, même en pensant bien faire, il est évident qu’ils s’embourbent parfois.
On en aura d’ailleurs une nouvelle démonstration avec le scandale sexuel autour du Vice-Président, intervenant en fin de saison. Le dénouement est en soi plutôt prévisible, à partir du moment où les ressources narratives et les enjeux concernant Hoynes avaient été épuisées. Mais ce qui surprend, et même un peu déçoit, c’est la façon dont Leo McGarry comme Jed Bartlet gèrent la crise ; leur premier réflexe est de se demander comment il serait possible de se couvrir, ou s’il est possible de décrédibiliser la femme qui s’est exprimée dans la presse… alors que c’est bel et bien Hoynes qui est responsable. Pire encore, pour avoir divulgué des secrets d’État sur l’oreiller, il est même attaquable juridiquement. Mais les bonnes intentions de la Maison Blanche ont cédé, une fois de plus, à la pression du « new normal ». C’est bien si on se conduit de façon juste et noble, mais il faut aussi penser à ce qui est politiquement moins risqué ; d’abord à cause des élections, puis du discours d’investiture, et, plus tard dans la saison, parce que les habitudes ont réellement changé. Et c’est quelque chose que dans l’équipe du Président, il n’y a plus beaucoup de monde pour percevoir.
D’où les soucis de Will Bailey, fervent idéaliste, pour s’intégrer à l’équipe. Il en viendra même à choquer intimement Bartlet (c’était jadis le rôle de Toby Ziegler, mais même lui ne s’indigne plus de grand’chose), une intrigue fort bien menée et ce en dépit du fait que Will serve, la majeure partie du temps, plutôt de comic relief.

Alors contre la morosité ambiante, A la Maison Blanche dégaine l’artillerie lourde. Outre l’emploi essentiellement léger de Will, la saison va mettre le paquet sur les axes personnels, que jusque là elle a quand même pas mal traités par-dessus la jambe. Désormais il ne s’agit pas d’un simple divertissement, d’une façon d’alléger un peu le rythme des épisodes, mais bien de décrisper un peu toute la saison.
Alors on va avoir droit à un retour des amours impossibles de Charlie, qui régulièrement va réaffirmer sa volonté de reconquérir Zoey… ou bien introduire une vie privée pour Toby qui était pourtant le personnage le moins susceptible d’en avoir une. La grossesse d’Andy va permettre de la réintroduire régulièrement dans les épisodes, d’insister sur le fait qu’ils ne sont pas mariés, qu’il veut emménager avec elle, et ainsi de suite. Et si vous vous étiez jamais posé la question, oui, A la Maison Blanche peut tout-à-fait donner dans le soapesque, absolument ! Puisqu’on veut dire qu’elle peut tout faire, cette série !

Il n’empêche que la saison va, une nouvelle fois, se conclure sur des charbons ardents, avec l’enlèvement de Zoey. Un final qui confirme, une fois de plus, qu’A la Maison Blanche réussit la plupart de ses débuts et fins de saison (même si par comparaison, je mettrais un léger bémol sur le début de la saison 3, cela dit). Une série politique peut accomplir une foule de choses, et ce season finale nous rappelle que l’adrénaline en fait partie. Et le sentiment de catastrophe, aussi, surtout quand on découvre qu’un nouvel occupant va s’installer dans le Bureau ovale…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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