La fabrique des héros

14 février 2015 à 12:00

Des séries pour ados, en Israël, ça ne manque pas ; mais ce n’est qu’en accordant une attention soutenue aux fictions de ce pays que vous en entendrez parler, car leur export est limité… et leur promotion plus encore. Pourtant, par le passé, j’ai pu évoquer la série de vampires Hatsuya (Split de son titre international), la série de science-fiction HaNephilim, la série musicale HaShir Shelanu, ou le drama Oforia (ô combien). Un petit détour, comme toujours, par les tags, vous permettra de vous rafraîchir la mémoire.
Mais aujourd’hui nous allons parler de HaHamama, une co-production de l’opérateur câblé yes et de Nickelodeon, qui emprunte à plusieurs genres… mais commence son premier double-épisode sous des auspices conventionnels.

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Tout commence lorsqu’Ellali et son frère Alfie font leurs adieux à leur mère, Naomi Reshef, une astronaute qui part pour une mission spatiale, devenant ainsi la première israélienne dans l’espace. Mais ce qui devait n’être qu’une simple mission aller-retour sur la lune (« simple » !) devient une tragédie au moment de revenir dans l’atmosphère ; une explosion d’une partie de la navette la fait alors dévier de sa trajectoire, et il semble que l’astronaute soit perdue. Ellali et Alfie assistent au fiasco en direct à la télévision, et sont, on les comprend, effondrés. Naomi Reshef est portée disparue et il leur faut faire son deuil.
Dix mois plus tard, la vie a, plus ou moins, bien dû reprendre son cours. Ellali ne fait pas grand’chose de ses journées, préférant traîner avec ses copains et critiquer un peu tout et n’importe quoi ; c’est de son âge après tout. Alfie, lui, s’est fixé un objectif et a développé une quasi-obsession pour son entraînement : il espère passer le test d’entrée d’un formidable pensionnat supposé former l’élite de demain. Ces tests sont très sélectifs, mais il pense que ses capacités sportives, qu’il a développé à force de persévérance ces derniers mois, lui permettront de rejoindre l’une des prestigieuses équipes sportives de l’établissement.

Oui, encore un pensionnat. Il faut croire que c’est le signal universel pour « on a un teen drama avec des adolescents en majeure partie livrés à eux-mêmes ». Mais HaHamama décide vraiment d’exploiter pleinement son sujet ; là où on voyait les jumeaux danois de Heartless faire de leur entrée dans l’école une simple formalité, tout le pilote de HaHamama se consacre à montrer les examens d’entrée de Hamama. Car si Ellali ne voit pas l’établissement lui-même d’un bon oeil, elle a en revanche décrété que si son frère était pris, elle faisait acquisition de sa chambre pour transformer l’étage de la maison familiale en une suite idéale. Elle ne cache pas qu’elle a donc des intentions peu louables derrière ses encouragements, mais on découvre que c’est dans la personnalité d’Ellali, à la fois cynique et attachée à son frère, tiraillée entre l’envie de s’en débarrasser et celle de le voir réussir, même si c’est dans un contexte qu’elle considère bien péjorativement. En fait c’est à un tel point que lorsque la voiture familiale lâche, le matin de l’examen, Lali prend sur elle et décide d’accompagner Alfie jusqu’à Hamama. Ce qu’elle fait, naturellement, en critiquant l’école pendant toute la journée…

Hamama est supposé former les leaders de demain ; ainsi, l’actuel Premier ministre est l’un des diplômés de l’école. Cela signifie des conditions d’éducation optimales : matériel performant (chaque élève se voit remettre un ordinateur/smartphone futuriste), personnel engagé et à l’écoute, structures sportives de haut niveau. Mais cela passe aussi par une règle d’or : pour obtenir le meilleur de ses élèves, l’école les pousse dans leurs retranchements. Cela s’illustre par exemple par l’examen d’entrée : la partie écrite exige des élèves qu’ils répondent en une heure à un test d’ordinaire donné à des élèves de faculté en 4 heures… et avec de la musique (discordante) pour les déconcentrer en sus !
L’autre versant du système draconien de Hamama, c’est aussi son esprit de compétition. Les élèves y sont divisés en deux clans, les Corbeaux et les Aigles ; les premiers sont plus qualifiés pour leur qualités intellectuelles, les seconds se distinguent par leurs aptitudes physiques. Les deux groupes sont d’égales importance dans l’école, mais se livrent une guerre de performance acharnée.

HaHamama prend tout son temps pour nous décrire ces dynamiques, ainsi que celles, plus personnelles, de quelques protagonistes ayant déjà décroché une place au sein de l’école, comme le chef de l’équipe de basket des Aigles, ou la pimbêche de service (car il en faut bien une). La série lève aussi progressivement le voile sur des personnages qui, comme Alfie, tentent leur chance au concours d’entrée. Parmi eux, on trouve par exemple un jeune garçon peu sportif, ou une délinquante dont le casier judiciaire sera effacé si elle se montre digne d’entrer dans l’école.
Ellali passe le plus clair de la journée à persiffler sur l’école tout en motivant son frère un peu effrayé par les enjeux (le mélange qu’on commence à attendre de la jeune fille, donc), mais sa rencontre avec le proviseur de Hamama, et leur échange surprenant, l’incitent finalement à passer le concours d’entrée. Finalement, Alfie est pris, comme il l’espérait, dans les Aigles, et Ellali rejoint les Corbeaux. Leur séjour au sein du pensionnat select de HaHamama peut donc commencer.

A première vue, HaHamama ne paye pas forcément de mine ; ses effets spéciaux sont réduits au minimum (les démonstrations du smartphone, essentiellement) mais c’est probablement à dessein car rien n’est supposé nous laisser penser qu’il peut se passer quoi que ce soit d’étrange dans la série. Rien… sauf le trailer de la saison, qui est montré juste avant le début de l’épisode (une pratique que je ne cautionne pas, au passage). Le trailer laisse entendre que la normalité va progressivement disparaître de HaHamama pour laisser place à une gigantesque conspiration de science-fiction !
Et, j’ajouterai que lorsqu’on a vu les promos de la série, on peut ressentir une certaine excitation. Comprendre : une ÉNORME excitation ! Jugez plutôt du truc… Ouais, c’est une promo qui a de la gueule, je ne vous le fais pas dire. Cela étant, personnellement j’avais vu la promo ci-dessus avant de commencer le pilote, et je ne vous cache pas que j’ai été un peu déçue, à plus forte raison parce que l’attention portée à la photographie est loin d’être la même.

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Pourtant, il est difficile de ne pas apprécier ce premier épisode pour son personnage central (c’est clairement Ellali même si la série tente de garder son frère à l’écran autant que possible), qui se montre rapidement très adolescent de par son esprit critique sur tout, mais tout de même humain par les contradictions qu’elle nourrit. Ellali n’aime pas le système de Hamama, qu’elle associe à du lavage de cerveau, et elle n’apprécie guère plus les élèves qu’elle trouve snob et surtout désagréables (elle le leur rend bien), mais elle comprend aussi, confusément, qu’elle a peut-être une opportunité face à elle. En outre, elle est absolument ravie d’annoncer à son frère qu’elle est prise, alors qu’elle nourrissait l’espoir de l’expulser de sa propre chambre. Cette accumulation de contradictions se vit sans y penser par l’héroïne, qui ne semble pas s’apercevoir de ses mouvements de va-et-vient entre deux idées opposées, mais elle lui donne aussi un côté terriblement attachant, et même tendrement drôle.

Dans HaHamama, les personnages adultes sont, comme souvent, quasi-inexistants ; la mère disparaît, bien-sûr, mais le père est presque transparent, et le système du pensionnat garantit de toute façon qu’il ait un rôle limité par la suite. Le seul personnage adulte à se détacher dans tout cela est celui du doyen de Hamama, un homme qui se targue de pouvoir discerner le potentiel de ses jeunes élèves en quelques minutes, et qui semble être un excellent pédagogue ; il s’oppose dés le pilote à son fils, qui travaille également dans l’administration de l’école et qui n’a pas sa patience ni son discernement.
On nous promet progressivement, via le trailer, que les adultes aient leur rôle à jouer dans la conspiration, cependant. A charge pour les adolescents soit de basculer de leur côté, soit de mettre à jour leurs secrets.

Si je peux vous parler avec autant de précision du pilote de HaHamama, c’est parce que la série s’efforce, plus que la plupart des autres séries adolescentes israéliennes, de se trouver un public occidental. La série a en effet été diffusée en janvier 2014 par Nickelodeon en Grande-Bretagne, sous le titre The Greenhouse, et les jeunes spectateurs britanniques ont donc pu suivre les aventures d’Ellali et Alfie qui leur seraient, autrement, totalement inaccessibles.
En outre, et c’est la vraie bonne nouvelle, le pilote en deux parties est gratuitement mis à disposition sur le site de la société de production Ananey, avec sous-titres anglais. Au passage, le site vaut d’être exploré puisque c’est également le cas d’une autre série pour ados, Shchuna, un soap quotidien explorant les différences de classe (que vous trouverez sur le site sous son titre international, The Hood).
En revanche je n’ai qu’assez peu d’information sur HaHamama Live, les évènements autour de la série qui se sont produits en tournée par deux fois déjà ; apparemment, ils reprennent certaines chansons entendues pendant les épisodes, tout en projetant des extraits de la série et des videos inédites ; le dernier en date, l’été dernier, a également été l’occasion de diffuser le final de la saison 2. L’idée d’un grand rassemblement n’a rien d’inédit dans le monde des séries pour la jeunesse, mais il s’agit généralement de concerts et cela concerne donc les séries musicales (Violetta fait par exemple l’objet de tournées). Or c’est d’autant plus curieux que rien ne laisse entendre, dans le premier épisode, que HaHamama ait la moindre velléité musicale. Oserai-je parler d’ovni ?

Une chose est sûre : HaHamama m’a beaucoup rappelé les pratiques des séries de son genre venues d’Australie. De la photographie aux personnages relativement authentiques, en passant par la prédilection pour la science-fiction et le fantastique, on s’y retrouve vraiment. Il n’y a en fait pas la moindre raison, quand je vois ces premiers épisodes, pour que les séries pour adolescents israéliennes ne s’exportent pas aussi facilement que leurs camarades australiennes… et c’est sûrement ce qu’elles espèrent.
Hey, moi franchement, vous me donnez le choix, je recommande vingt fois HaHamama plutôt qu’une seule série Disney.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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