Réinsertion torpillée

15 décembre 2015 à 20:22

Des séries sur la prison, il y en a quelques unes… mais beaucoup moins pour parler de la sortie de prison. Et pourtant, ce n’est pas du tout la fin des ennuis. La dramédie suédoise Torpederna décide donc de s’aventurer sur le sujet, en suivant les tribulations de Sonny, un grand gaillard dont la pension complète dans une geôle touche à sa fin, lorsque sa demande de conditionnelle est acceptée après six années d’enfermement.

Ce qui l’a bien aidé, c’est que Sonny est soutenu par son assistante sociale, rencontrée voilà trois ans en prison. Camilla l’accompagne justement pendant l’audience de sa conditionnelle, et atteste que le système a fonctionné : Sonny a suivi le programme de réinsertion, et il est prêt à retourner à la vie civile sans plus faire un pas de travers.
En fait Camilla le soutient tellement que tous les deux sont secrètement tombés amoureux, et qu’elle a attendu avec impatience sa libération conditionnelle pour proposer à Sonny de s’acheter une maison et fonder une famille. D’autant que Camilla a déjà une fille d’une première relation avec Jonas, un… flic. Bon, il est à la circulation, mais quand même.

Évidemment cette lumineuse idée de Camilla, qui en plus n’a même pas attendu 24h après la sortie de Sonny avant de visiter la maison de ses rêves, a un gros inconvénient : l’argent pour acheter une maison, aussi petite soit-elle, ne tombe pas du ciel. Pire, alors qu’ils pensaient contracter un prêt pour acheter la maisonnette, les propriétaire obtiennent une meilleure offre ; l’enthousiasme de Camilla pour la baraque ne faiblit pas pour si peu. Lorsque les (riches) parents de la jeune femme refusent un prêt aux amoureux (au prétexte que quand elle était enfant, Camilla ne savait même pas prendre soin d’un chat, alors d’une maison !), les projets semblent prêts à tomber à l’eau. Voilà qui pousse donc Sonny à faire preuve d’un peu plus… d’inventivité.

Torpederna-650

Le premier épisode de Torpederna conduit inexorablement Sonny à toujours devoir réévaluer ses attentes pour se contenter d’un plan B. Puis d’un plan C. Puis d’un plan D. Et ainsi de suite, vous saisissez la logique.
C’est d’autant plus agaçant pour lui qu’il sort de prison en ayant vraiment envie de marcher droit. Toute sa vision du monde est désormais dirigée par le concept de « normalité » : il veut la vie la plus tranquille possible. Ce qui explique que dans le fond, même si Camilla pousse beaucoup pour cette fichue maison, lui aussi ait envie que ça se fasse : il espère un jour pouvoir être un « Suédois moyen », avec tout les clichés qui vont avec, et donc maison incluse. Cette fichue maison à 100 000 couronnes.

Mais comme Sonny ne travaille pas encore et n’a pas d’économies, c’est un peu difficile. Cependant ! Il y a peut-être un autre moyen d’obtenir cet argent : il connaît quelqu’un qui lui doit 100 000 couronnes.
Il va donc frapper à la porte de son ancien pote Goran (qui se fait désormais appeler Göran, ça fait plus classe), un malfrat qui gère depuis son club de gym un petit business de créancier. En fait, Sonny et Goran Göran ne sont pas proches par hasard : ils avaient ensemble fait le coup qui a conduit Sonny en prison. A l’époque, ce dernier avait porté le chapeau tout seul, espérant récupérer sa part du butin à la sortie. Sauf que quand Sonny se présente au club de gym, Göran lui rit au nez : sa part ? Il n’y a pas de part quand on arrive 6 ans après les faits. En revanche ! Il y a peut-être un autre moyen d’obtenir cet argent : il connaît quelqu’un qui lui doit 200 000 couronnes. Si Sonny fait le job, l’argent est à lui et les deux amis sont quittes. Bon, Sonny aurait bien aimé éviter ça, mais admettons, du moment que ça s’arrête là ; il part donc à la recherche dudit Nami.
Pas de chance, Nami est un tocard qui n’a évidemment pas un sou en poche. Après une course-poursuite dans le dédale d’une cité, Nami se rappelle subitement que ce n’est pas la peine de se battre. En fait ! Il y a peut-être un autre moyen d’obtenir cet argent : il connaît quelqu’un qui lui doit cette exacte somme. Si Sonny l’accompagne, il pourra garder les 200 000 couronnes.
Voilà donc Sonny et Nami en chemin (ce qui franchement n’améliore pas la journée de notre ex-taulard vu que Nami est incapable de la fermer deux minutes) pour un théâtre où ils tombent à bras raccourcis sur un clown qui jure ses grands dieux qu’il a déjà remboursé l’argent via un tiers. Heureusement ! Il y a peut-être un autre moyen d’obtenir cet argent : en dévalisant le coffre détenant la recette du théâtre. Mais quand Sonny réalise que d’un simple « remboursement musclé » il en est arrivé à un braquage, et tout ça en une seule journée, il fait machine arrière et force Nami à remettre l’argent dans le coffre.

Comment acheter la maison dont rêve Camilla, du coup ? Par chance ! Il y a toujours un plan Z…

Le premier épisode de Torpederna finit par offrir à Sonny une opportunité de trouver un juste milieu : il ne pourra pas décrocher de la vie de criminel du jour au lendemain, mais il a peut-être quand même, à long terme, une opportunité de se remettre lentement mais sûrement sur les rails. A force de persévérance, les mauvais coups de malfrats deviendront des astuces pas très claires… mais plus proches de la légalité que jadis. Et c’est quand même toujours ça de pris.

Il faut le dire, au-delà de l’intrigue, c’est aussi le ton de Torpederna qui fonctionne. Le terme « dramédie » semble avoir été conçu pour une fiction de ce genre : les gags sont assez minimes, la série préférant les situations absurdes. Elle affectionne aussi les effets de contraste : par exemple pendant son aventure pour récupérer son pognon (qui occupe l’essentiel du premier épisode), Sonny va traverser la ville affublé d’une proprette chemise bleue pastel et d’un adorable polo couleur saumon, sagement noué autour de ses épaules. Avec son air patibulaire et son énorme tatouage d’araignée sur le cou, c’est déjà drôle en soi. De la même façon, l’interprétation sobre voire monocorde de Torkel Petersson garantit que Sonny va conserver un calme olympien de bout en bout, même quand tout est totalement délirant autour de lui (comme, vous savez, braquer un clown).
A ce titre ce n’est pas étonnant que Torpederna ait séduit à l’étranger : le ton est super importable. On apprenait en effet le mois dernier qu’une adaptation sous le titre de Legbreakers serait en développement aux USA, écrite par Irvine Welsh, auteur de Trainspotting. Bon, le fait qu’à l’heure actuelle aucune chaîne ne soit déjà attachée exige de garder le calme devant cette perspective de remake, mais ça m’excite beaucoup plus que la 712e adaptation de thrillers scandinaves.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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