L’arbre qui cache la forêt

14 mars 2016 à 20:00

La Trêve se déroule dans un village en bordure de forêt. Vous savez, l’une de ces forêts épaisses qui sont le symbole universel pour dire aux spectateurs qu’un mystère se déroule dans un trou paumé. Une forêt calme, limite trop, où on a l’impression d’entendre des bruissements, de voir des mouvements, de sentir quelque chose frôler le mollet peut-être, une forêt qui met mal à l’aise alors que, bon, là comme ça, a priori, c’était juste un forêt avec des clairières et un cours d’eau, jolie mais banale quoi, une forêt comme yen a partout. Mais qui donne quelques frissons pas très nets quand même. Tout-à-fait la forêt que tous les gens du coin connaissent bien, mais qui parvient quand même à préserver ses secrets à l’ombre de ses feuillages. Ce genre de forêt, ‘voyez.
Et même si, visuellement, le premier épisode de La Trêve insiste pas mal sur les arbres vert clair et les hautes herbes, plutôt que sur ce qu’abritent discrètement les bosquets, on sent quand même bien qu’on a pas spécialement envie de se lancer dans une randonnée dans les bois de Heiderfeld. Quelque chose dans l’air, si vous voulez.

Ça, et puis ya quand même un jeune homme qui est mort dans les bois de Heiderfeld. On retrouve son corps, charrié par les flots du cours d’eau local, bien abimé, par un radieux dimanche.
C’est le dimanche que Yoann Peeters voulait consacrer à son installation, avec sa fille, dans la maison où il a grandi et où il vient de revenir s’installer. Il est encore tout barbouillé de la peinture qu’il appliquait grossièrement sur son meuble Billy, lorsque le flic Sébastian Drummer vient le chercher : on a trouvé un cadavre, et c’est son premier. Peeters commence donc son nouveau job dans la police de Heiderfeld plus tôt que prévu, et sa contribution à l’enquête n’est pas de trop, vu que dans le coin, des enquêtes sur un décès, on n’en mène pas tous les quatre matins ; entre les agents de police incapable de sécuriser la zone où l’on a retrouvé le corps, l’absence totale de médecin légiste (manque de moyens, parait-il), et le chef de la police du coin qui semble extrêmement pressé de conclure au suicide, l’obstination de Peeters est la bienvenue. Enfin, elle est la bienvenue du point de vue du spectateur, qui a ici tout son content de fiction policière, parce que vous aurez compris que ses efforts ne sont pas spécialement appréciés par les autres protagonistes. A part peut-être Drummer, qui apprend au contact de Peeters.
Quoique, même lorsqu’on regarde Peeters se débattre pour essayer de faire sens de la tragédie, on a de nouveau cette impression diffuse de malaise. Quelque chose dans l’air, sûrement.

Ça, et puis ya quand même ce cadre narratif, qui met Peeters face à une psy dans l’intimité d’une institution. Martelant ses questions avec un ton qui se veut neutre mais ne trompe personne, notre thérapeute accuse le héros. On ne sait pas ce qu’il a fait. Mais on est à peu près sûrs qu’il l’a fait. Et qu’il ne fallait pas.
Il a merdé, le Peeters, et les conséquences ont l’air d’être terribles. Alors, où notre flic s’est-il trompé ? A quel moment a-t-il foutu sa vie en l’air, et potentiellement d’autres vies ? Qu’est-ce qu’il a fait de mal ?

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Au cours de son premier épisode, La Trêve suggère bien des pistes. Elles exonèrent toutes (pour le moment ?) le héros : Yoann Peeters se distingue par son opiniâtreté à essayer de trouver la vérité et pas seulement à boucler l’enquête, par son désir de bien faire, par son inquiétude vis-à-vis de l’amateurisme et/ou du je-m’en-foutisme ambiant de tant de ses collègues de la police locale.
Face à lui, il y a… il y a, ma foi, Heiderfeld. Vous savez, ce patelin typique où tout le monde connaît tout le monde, où tout se sait, où tout se voit. Et où, malgré tout, les cachotteries, les secrets, les parts d’ombre subsistent. Un endroit où la quiétude masque autre chose. Un endroit en bord de forêt, en somme, et franchement ça vous dit tout ce que vous avez à savoir sur l’ambiance. Chacun y va de sa petite dissimulation : qui entretient une accointance chaleureuse avec un promoteur qui veut créer un barrage hydroélectrique à Heiderfeld ; qui fait des messes basses au téléphone avec des interlocuteurs inconnus ; qui vient influencer le suspect principal de l’affaire ; qui nettoie calmement sa collection d’objets à effigie nazie.

Ah oui parce que je ne vous ai pas dit ? A Heiderfeld, tout le monde se connaît depuis toujours, et tout le monde est blanc. Tout le monde… sauf le macchabée, un homme d’origine togolaise, Driss Assani, arrivé il y a à peine un an. Un angle dont La Trêve nous promet furtivement qu’il faudra bien l’évoquer, alors que se pressent autour de sa dépouille toujours plus de badauds, de flics, de proches, de suspects, au visage d’albâtre.

C’est difficile de résister longtemps au charme envoûtant, mais maussade, de La Trêve. Le premier épisode remplit parfaitement son office, quand bien même il semble aussi parfois cocher des cases invisibles dans un cahier des charges (« dialogue d’exposition, fait ; enjeu amoureux, fait ; conflit économique potentiel, les graines sont semées… ») et que ses acteurs ne se valent pas tous (fort heureusement, le regard sombre de Yoann Blanc soutient la charpente de l’ensemble). Je ne dirais pas qu’on se plaît dans la forêt de La Trêve. Mais on a en tous cas diablement envie d’écarter les branches et regarder ce qui se passe sous les feuillages…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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