Complices

16 avril 2016 à 17:00

Dans la moiteur du Texas des années 80, la belle Trudy vient rendre visite à son ex Hap pour lui proposer de participer à la recherche d’un pactole dérobé puis caché dans les années 60 par Softboy, un criminel aujourd’hui décédé. Personne d’autre que l’ex-mari de Trudy, un certain Howard, n’aurait connaissance de l’existence de ce trésor. Hap et son meilleur ami Leonard se dirigent donc vers la Sabine, le fleuve où 1 million les attendrait sagement. Il faudra se partager la somme ensuite, entre Howard, Trudy, Hap et Leonard, mais aussi Charles dit « Chub », et le mystérieux Paco. En dépit des apparences, bien-sûr, l’affaire est loin d’être gagnée d’avance…

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Hap and Leonard se présente, certes, sous la forme d’un caper, alors que l’étrange équipe se met en quête d’un million de dollars qui a coulé à pic deux décennies plus tôt (une aventure qui n’implique pas de lingots et semble d’emblée assez douteuse au spectateur, mais passons). Mais ce que ce premier épisode fait, et avec brio encore, est surtout d’imposer son tandem central.
Hap et Leonard sont amis depuis toujours, et ils se comportent comme tels. C’est la définition d’une amitié masculine telle que la fiction la fantasme depuis des décennies : on se rudoie, mais on s’adore ; on échange des piques en permanence pour masquer à quel point on est inséparables.

Il y a des séries qui se montrent convaincantes dans ce genre de dynamiques ; Hap and Leonard touche quasiment au sublime. Les non-dits et les sous-entendus fonctionnent parfaitement, et s’articulent autour d’une façon très fine d’évoquer des souvenirs communs, qui rendent instantanément cette amitié évidente et naturelle. Hap le taciturne et Leonard le colérique se connaissent par cœur et cela se sent ; ils lisent dans les pensées l’un de l’autre, anticipent les mouvements de leur compagnon, prédisent les décisions contestables qui seront prises et, malgré toutes leurs mises en garde, quand la décision tombe, ils font le chemin côte-à-côte. C’est le genre d’amitié (les jeunes disent « bromance » de nos jours, je crois ?) que la fiction aime à imaginer pour les personnages masculins. Elle conforte une certaine image de la virilité, tout en retirant à celle-ci l’élément de la solitude : au lieu d’être des cowboys solitaires, les personnages masculin qui ont droit à ce type d’expérience amicale dans la fiction peuvent, au moins, affronter la vie accompagnés. C’est aussi le genre d’amitié que, quand j’étais adolescente, je jalousais profondément aux hommes (avant de réaliser que strictement rien ne m’empêchait d’en bâtir une équivalente, même avec d’autres filles, si le cœur m’en disait ; mais c’est une autre histoire).
Pour ne rien gâcher, et rendre plus fascinante encore cette radiographie de deux hommes des années 80, Hap and Leonard appuie la construction de ses personnages d’éléments piochés dans le contexte de l’époque : au moment où l’argent de Softboy disparaissait de la surface de la Terre (ou de la Sabine, plus concrètement), nos deux héros vivaient une autre crise. Leonard entrait dans l’armée et Hap, peu de temps après, s’est fait plaquer par Trudy. Ce passé est encore un point sensible qui joue énormément au présent, lorsque Trudy reparaît. Il faut aussi ajouter que les deux protagonistes se sont rencontrés dans les années 50, et que l’un est blanc tandis que l’autre est noir, ce qui là encore est lourdement chargé de sens. Enfin, Leonard semble mener une vie solitaire où pour le moment son homosexualité est essentiellement montrée comme une source de honte et de colère (je vous accorde que la colère est un peu le mode par défaut de Leonard, et que dans le Texas profond des années 80 il était probablement difficile d’être gay ET comblé). A ce stade vous l’aurez compris, je considère que Leonard est le personnage le plus riche de la série.

Avec ses dialogues à la fois économes (Hap comme Leonard sont des hommes de peu de mots), mais trahissant une complicité de chaque instant autour de vulnérabilités réelles, la série est dés ses premières minutes jouissive et impressionnante à observer. Mais évidemment la question de la complicité s’apprête à prendre un nouveau sens, maintenant que le duo est impliqué dans cette sombre histoire d’argent volé. Cet aspect des choses nous promet des rebondissements hauts en couleurs, qui vont probablement ouvrir une voie royale aux échanges toujours plus sarcastiques entre les héros.
Ce que Hap and Leonard accomplira sur un plan plus dramatique reste, en revanche, plus flou. Et j’émets pour le moment un vrai bémol quant au rôle un peu cliché abandonné à Christina Hendricks. Mais rien qui ne puisse m’empêcher de découvrir par moi-même comment cette aventure va évoluer…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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