Le charme fou des potentiels

16 avril 2016 à 19:00

A Séries Mania, il y a comme chaque année les séries en projection (plus d’une cinquantaine, je crois ?), et il y a celles, hélas plus confidentielles, réservées au visionnage des professionnels et de la presse. Comme promis, j’ai décidé de vous donner, à ma façon, accès à ces séries, en vous proposant tout au long du festival des reviews de plusieurs d’entre elles, qui sont condamnées à acquérir moins de notoriété. Ce contre quoi j’entends bien lutter, camarades ! On a les idéaux qu’on peut.
Ce soir je démarre par une dramédie norvégienne comme on en voit malheureusement trop peu arriver sur nos écrans, Unge Lovende. Une série qui s’adresse avant tout aux jeunes adultes, et que vous aviez peut-être déjà repérée si vous fréquentez le Pilot Watch…

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Elise retourne à Oslo, chez ses parents ; elle n’y fait un passage que de trois jours, le temps de renouveler son visa : elle vit en effet à Los Angeles où elle tente de percer dans le milieu de la comédie. Pour le moment, cela signifie surtout qu’elle enfile un costume de Bob le Bricoleur et qu’elle est payée à l’heure dans un centre commercial quelconque, mais elle y croit.
Pendant ces trois jours, pourtant, elle est vite rattrapée par sa vie norvégienne. Il y a ses deux amies, bien-sûr : Alex, qui se rêve actrice et prépare le concours d’entrée au sein d’un prestigieux programme d’arts dramatiques, et Nesse, qui aime écrire mais passe l’essentiel de ses soirées à travailler pour un service de traiteur. Ce qui attend Elise, c’est aussi Anders, son meilleur ami et confident de toujours, mais les choses ne sont pas très simples : lorsqu’elle est partie de Norvège quelques mois plus tôt, elle venait de coucher avec lui et, ne sachant pas comment réagir, elle n’avait plus vraiment donné signe de vie depuis. Il ne faut pas oublier non plus la jeune sœur d’Elise, qui prépare son mariage, et leurs parents, qui ont une nouvelle bien étrange à annoncer…

Unge Lovende ravit par son ton à la fois franc, légèrement cynique, et charmant. Les scènes que partagent Elise et la plupart des autres personnages qu’elle croise sont toujours très vivantes, respirent quelque chose d’à la fois effervescent, et pourtant authentique. Bien que la série sache se ménager d’excellents silences, ses dialogues sont aussi fantastiques, et c’est vraiment compliqué de se retenir de sourire béatement devant l’énergie qui s’en dégage. D’autant que dans Unge Lovende, on cultive un talent véritable pour faire dire quelque chose au personnage tout en lâchant des sous-entendus qui murmurent le contraire.
C’est justement de cette propension à créer des interactions sociales qui trahissent des émotions intimes plus complexes, que naît le génie de la dramédie.

La scène avec les parents d’Elise et Sara est un excellent exemple de son aptitude à jouer sur les signifiants avec un humour subtil : assis à la table de la cuisine pour une discussion qui s’annonce sérieuse (mais vivement dédramatisée par la mère), les deux jeunes femmes apprennent que leur père, je cite : « va avoir un bébé dans quelques semaines ». Explosion d’incompréhension chez les sœurs qui voient clairement que leur mère, elle, n’est pas du tout enceinte. S’en suit une discussion bruyante dans laquelle les paroles s’enchevêtrent chaotiquement, les enfants réclamant des explications claires (« mais QUI va avoir un bébé ?! ») et la mère s’embourbant dans une relativisation abstraite (« non mais, parfois, il se passe des trucs dans la vie, mais ce n’est pas dramatique, on va passer ce cap, ce n’est que temporaire« ). Summum de l’ironie, c’est le père qui finit par s’énerver devant les propos limite New Age de son épouse et l’engueuler… alors que Monsieur a quand même eu une aventure et qu’il s’apprête à fonder une famille avec une autre, quand même.
Mais je le raconte mal, bien-sûr : il faut voir Unge Lovende pour le croire. Elle parvient à être drôle sans sembler vraiment faire de la comédie, sans appuyer sur l’absurde ou l’ironique, sans pointer du doigt ses gags au spectateurs en lui laissant dix secondes pour qu’il ait le temps de rire.

C’est là ce qui fait la magie de cette dramédie : sa capacité à prendre le réel et à le tordre juste un peu pour être divertissant, mais jamais assez pour que les personnages ne soient totalement les dindons de la farce. Ainsi, ainsi seulement, l’accumulation de tuiles et de déconvenues de ce premier épisode parvient à rester digérable, voire, et c’est un comble, réaliste. C’est d’ailleurs un axe qui a énormément piqué ma curiosité car Unge Lovende traite ces déceptions (pour Elise, mais aussi Nesse et Alex) comme des choses presque banales, des quasi-fatalités qui s’enchaînent parce qu’être jeune adulte à l’heure actuelle, c’est enchaîner les galères, et ne pas savoir comment réaliser un quelconque potentiel.

Unge Lovende n’a pas le problème de ses héroïnes : dés sa première demi-heure, son potentiel est pleinement réalisé ! La maîtrise fait plaisir à voir. Unge Lovende est une série comme j’aime les regarder… non oubliez ce que je viens de dire : comme j’aime les dévorer. Je rêve d’un monde dans lequel il serait possible de le faire ailleurs que sur un écran caché dans une arrière-salle VIP d’un festival parisien.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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