Surface utile

18 avril 2016 à 12:00

Cinq enfants sont entrés dans la forêt. Seulement quatre en sont ressortis.
Vingt ans plus tard, sur la scène d’un crime, l’ADN du cinquième est retrouvé par la police. Or, un homme a avoué son meurtre à la police, qui purge actuellement sa peine en prison. Alors que s’est-il passé ? Et surtout, où ce petit garçon est-il passé ?

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The Five part encore du principe qu’un enfant disparaît (ici un petit garçon, mais ç’aurait aussi bien pu être une adolescente… ou un bébé). Ça devient particulièrement lassant, cette tendance, surtout que 99% des séries utilisant ce sujet l’exploitent systématiquement sous l’angle de « les choses sont émotionnellement irrésolues… jusqu’à ce que la police rouvre l’enquête », ce qui est précisément le cas ici. C’est vraiment pas l’originalité qui vous étouffe, amis scénaristes.
L’avantage de The Five, c’est que, des 4 jeunes sortis de la forêt ce jour-là, l’un est lui-même devenu flic ; un autre étant assistant social, et une troisième médecin. A ce niveau d’autonomie je propose que les héros de The Five fondent ensemble une micronation vivant en autarcie.
Vous allez me dire que je fais du mauvais esprit. Mais à peine : lorsque The Five, sur la fin de son premier épisode, ajoute une autre affaire sur la pile (en plus du meurtre d’une jeune femme, lequel a été prétexte à rouvrir le dossier Jesse), les amis se débrouillent entièrement entre eux pour intervenir et faire le nécessaire ; ils n’ont plus besoin d’aucune personne extérieure à ce stade.

Cela, ajouté au divers clichés qui jalonnent l’épisode, ne donne vraiment pas envie de s’investir dans la série ; je n’ai aucune envie de suivre une série truffée de facilités mises bout à bout, sans doute dans l’objectif de remplir un cahier des charges grand public. Je mentirai si je disais que quelqu’un comme Harlan Coben ne vit pas de ce genre de pratiques.
Qu’est-ce qui peut bien susciter la curiosité du spectateur quand ces personnages sont omnipotents au point de pouvoir remplacer à eux quatre les institutions de tout un pays ? Même le cliffhanger de fin d’épisode (car évidemment, il y a un cliffhanger) ne sème pas le doute un quart de secondes sur ce qui nous attend à terme.
Et le problème de The Five c’est en outre qu’elle n’a rien à dire. Elle a une histoire à raconter, certes, mais tout s’y déroule en surface, il n’y a aucune profondeur. Son premier épisode ne lance aucune piste de réflexion, juste des éléments superficiels, dont on imagine sans peine que certains seront contredits plus tard lorsque les masques tomberont, ou lorsque la vérité se fera enfin connaître. Mais en soi la série ne mise sur aucune émotion, sur aucune problématique philosophique, sur aucun thème sociétal. Et ce que je crains, c’est que ses tentatives d’aborder un sujet soient uniquement opérées lorsqu’il faudra créer un rebondissement (en témoigne l’insertion d’une nouvelle intrigue sur la fin de l’épisode qui, au moins pour le moment, semble n’avoir rien du tout à avoir avec Jesse). Qui plus est je garde en mémoire la manière dont Une Chance de Trop (adaptée d’un roman de Harlan Coben, donc) n’abordait des problématiques que pour divertir l’attention des protagonistes qui autrement risquaient de boucler l’intrigue simpliste trop vite. Chat échaudé…

Pour finir, il ne semble même pas possible de s’attacher aux personnages, et par conséquent vivre des émotions à leur côté est impossible. Et pour cause : il n’ont aucune existence. Chacun se limite à son rôle : il y a le flic, il y a le grand frère, il y a la docteure… mais bien malin celui qui définira le caractère de chacun. C’est impossible : ils n’ont aucune personnalité. Ils n’ont pas de vie au-delà de ce qui est utile, aussi (par exemple le flic Danny a un père grabataire à sa charge… mais ce père était le flic qui a initialement travaillé sur l’affaire Jesse 20 ans plus tôt ; vous voyez le genre ?). Or j’ai tendance à penser qu’un scénariste devrait être comme un boucher devant une table de découpe : « il y en a un peu plus, je vous le laisse ? » ; un personnage est supposé se présenter comme une personne, et pas juste remplir sa fonction.

Non, vraiment, à mes yeux, il n’y a rien à sauver dans The Five. Étant donné la masse énorme de séries modernes partant d’un sujet similaire, on peut aisément faire l’impasse.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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