Night & Day

2 mai 2016 à 20:30

Ah ça, pendant Séries Mania, je vous en aurai rebattu les oreilles, des séries invisibles au public ! Je vous rassure (…ou, je l’espère pour au moins quelques uns d’entre vous, vous attriste), ce procédé touche à sa fin : la série catalane Nit i Dia est la dernière série réservée aux accrédités que j’aie pu voir et sur laquelle je dispose de notes à partir desquelles écrire une review. Eh oui, après cette dernière journée de « catch-up » de mes reviews de Séries Mania, l’exercice touche à sa fin…

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Derrière ses apparences classiques, Nit i Dia est en outre un étrange petit intrus. La série s’intéresse à Sara Grau, une experte travaillant au bureau de médecine légale, qui est appelée pour intervenir sur un étrange accident qui a coûté la vie à deux passagers. Or, la voiture ayant pris feu, il ne reste plus grand’chose pour identifier les voyageyrs.
Plus grand’chose n’est pas rien, pourtant, et lorsqu’elle identifie le tatouage sur la peau calcinée d’une victime, Sara découvre qu’elle a connu cet homme. Elle l’a même connu… bibliquement.
Or Sara est une femme mariée, elle et son mari sont même en train d’essayer d’avoir un bébé, et expliquer à ses collègues, mais aussi à son époux, les circonstances grâce auxquelles elle se trouve en mesure d’identifier le défunt… eh bien ce n’est pas l’idéal, dirons-nous.

Hey. Dites. Vous avez vu ? Ça m’a pris quatre phrases pour vous expliquer la trame de Nit i Dia. C’était bref, concis, efficace. Je suis allée droit au but. J’ai posé les enjeux personnels en même temps que la situation factuelle. Punaise, c’était d’un performant !
Je ne cherche pas [uniquement] à m’auto-congratuler : je suis fière de moi parce que j’ai réussi à synthétiser ce que le premier épisode de Nit i Dia met un temps fou à exprimer. Vous pensez avoir déjà assisté à l’épisode le plus long de la planète : vous pensez peut-être au seul épisode de Derrick que vous avez jamais vu, ou à un pilote chiant qui vous donne encore des cauchemars. Mais vous vous trompez. L’épisode le plus interminable au monde, c’est moi qui l’ai vu, et c’est le premier épisode de Nit i Dia.
Imaginez plutôt : non contente de détailler la scène du passage de Sara et son époux chez un spécialiste de la fertilité (une scène qui en 30 secondes a tout dit, mais dure tout de même plus de 5 minutes), non contente de faire papoter indéfiniment Sara avec son meilleur ami et collègue Aitor, cette exposition dispose également de ce qui est, haut la main, le flashback le plus long de l’histoire de la télévision des origines à nos jours : plus de 20 minutes ! VINGT. MINUTES. Pour UN flashback !

…J’ai eu la mauvaise idée de regarder Nit i Dia en fin de festival, aussi mes notes (comme ma patience) étaient limitées. Disons pour simplifier que ce flashback constitue la lente explication de la façon dont Sara a rencontré la victime (dont elle ne connaît même pas le nom et du coup nous non plus). Elle raconte cette anecdote à Aitor qui, un peu comme moi intérieurement, se retient de hurler et se contente de la faire abréger un peu. Mais Sara a les scénaristes dans sa poche et prolonge la torture.
Donc ces vingt minutes de flashback consistent uniquement à nous expliquer que le jour où une nouvelle recrue est arrivée au bureau du légiste, Sara est allée boire un coup dans un bar avec des collègues, et qu’une fois tout le monde parti, elle s’est tapé un inconnu. ET. C’EST. TOUT. Yavait pas besoin de 20 minutes pour ça, bon sang ! Surtout que Nit i Dia se refuse catégoriquement, au moins au stade de ce premier épisode, à vraiment explorer la psyché de son héroïne. On aura juste droit à de la psychologie de comptoir en fin d’épisode quand, comme d’un chapeau, la série nous sort une conclusion de cette (més)aventure pour nous expliquer que si Sara a tant de mal à concevoir un enfant, c’est qu’elle n’est pas vraiment capable de se dédier entièrement à sa relation avec son mari, et qu’elle utilise ses envies sexuelles comme une distraction pour ne pas avoir à se lancer dans un tel engagement. Mais même ça, yavait vraiment pas besoin de 20 minutes pour nous le dire.

Reste qu’en-dehors de cette demi-radiographie de Sara, Nit i Dia ne semble pas très sûre, dans ce premier épisode, de ce qu’elle veut réellement raconter. Il n’y aura pas du matériel pour des flashbacks de 20 minutes dans chaque épisode (pitié, dites qu’il n’y en aura pas…?), donc il faudra bien que la série se décide à quelque chose. Or, pour le moment, les scénaristes ont l’air aussi perdus que Sara sur la conduite à tenir : s’intéresser à la vie du mystérieux inconnu, et s’engager dans une série dramatique sur lui in absentia ? Essayer de comprendre les circonstances de l’accident, comme une série policière classique ? Aider Sara à prendre des décisions pour sa vie de femme, d’épouse, et potentiellement de mère ? Peut-être même que dans ce panorama, l’existence de très nombreux personnages secondaires va être employée pour explorer diverses questions, de façon quasi-anthologique ? Nit i Dia touche un peu à tout sans vraiment s’impliquer (ah ah) dans un registre ou un autre, sans vraiment dire ce qui la fascine dans le sujet qu’elle s’est choisi.

C’est très dommage : dans le fond, Nit i Dia pourrait être une passionnante étude sur cette femme tiraillée entre ses contradictions. Ou sur toutes sortes de personnages tiraillés entre leurs contradictions, d’ailleurs. La série en a les outils, mais ils sont terriblement mal exploités et, mon Dieu, la série cause souvent pour ne rien dire.
Je sais qu’en matière de télévision, il n’est pas toujours souhaitable d’aspirer à une efficacité « à l’américaine », mais bon, il y a des limites à ce qu’on peut imposer à un spectateur, quand même. Vous n’avez pas pu voir Nit i Dia pendant Séries Mania ? Consolez-vous, vous avez raté bien plus passionnant.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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