Coquillages et cartes à jouer

20 juin 2016 à 18:58

L’été arrive (c’est ce que me soutient mon calendrier en tous cas) et avec lui la tentation de se lancer dans une série pas trop prise de tête. Écoutez, vous savez quoi ? Vous avez frappé à la bonne porte, il s’avère que c’est précisément ce que je m’apprête à vous présenter aujourd’hui. Le hasard fait si bien les choses.

Shuler est la série russo-ukrainienne dont il va être question. Alors je sais, là, dit comme ça, la Russie et/ou l’Ukraine, c’est pas exactement votre choix premier en matière de destination pour une série estivale. C’est un tort. Shuler est ensoleillée, légère, colorée et plaisante. Il ne faut d’ailleurs pas lui en demander beaucoup plus.

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La série démarre à Moscou en 1979, alors qu’un jeune homme, Konstantin Voloshyn dit Kostya, se passionne peu pour sa carrière scientifique et beaucoup pour les jeux de cartes. Il a en effet un don : il gagne systématiquement. Enfin c’est moins un don qu’une aptitude hors du commun à tricher, mais l’essentiel c’est que ça marche ! Kostya est en train de se constituer un petit pécule qui devrait lui permettre, ainsi qu’à sa mère Ekaterina, de quitter l’Union soviétique et ainsi rejoindre le père de Kostya qui a fait défection depuis plusieurs années déjà.
Mais lors d’une partie, Kostya énerve la personne qu’il ne fallait pas, et son plan parfait s’écroule. Pris dans une course-poursuite avec un créancier, dans laquelle il perd tout l’argent précieusement accumulé qu’il cachait dans une consigne de la gare, il monte dans le premier train venu et se retrouve en direction d’Odessa, en Ukraine. Par chance, il connaît bien Odessa : c’est là qu’il a grandi, et qu’il finit par retrouver ses deux amis d’enfance Pysar et Pinkin.

Le premier tiers du premier épisode, qui se déroule donc à Moscou, est entièrement dédié à l’exposition. On commence à s’habituer à l’indélébile sourire assuré de Kostya, à ses multiples combines pour gagner de l’argent ou tout simplement obtenir ce qu’il veut, à sa situation familiale, et ainsi de suite. C’est assez classique et on ne retiendra pas spécialement contre vous de ne pas vous absorber dans la contemplation de certaines scènes qui s’avèrent assez banales, voire répétitives. Le seul véritable bonus est que Shuler se déroule à la fin des années 70, une période qu’on n’a que très rarement l’occasion de découvrir dans une série russe, mais il devient vite évident qu’en Russie soviétique comme ailleurs, cette période était surtout un concours de la coupe de cheveux masculine la plus risible. Tentant vraisemblablement de charmer les spectateurs de la même façon qu’il dupe ses proies, Kostya passe de scène en scène sans jamais vraiment trahir la moindre émotion, ce qui permet de comprendre ce qu’il faut et ne faut pas attendre de la série ; ça ne veut pas dire qu’elle est voué à ne jamais délivrer quoi que ce soit d’émouvant, c’est juste que si cela se produit, ce sera un pur accident de fabrication.
Mais n’est-ce pas le genre de chose qu’on attend d’une série estivale, après tout : l’inconséquence ? Et l’excellent rythme de Shuler compense amplement.

Toutefois Shuler ne trouve véritablement son ton et son rythme qu’une fois son héros arrivé à Odessa. Cette ville de bord de mer semble parfaite pour passer quelques épisodes sans se compliquer la vie : les rues pavées, les marchés, la plage… mais il y a aussi quelque chose de plus : la série parvient parfaitement à mettre en scène une forme de familiarité légèrement nostalgique. Ce qui était au départ un hasard (le train dans lequel Kostya s’est réfugié était à destination d’Odessa) devient l’endroit le plus parfait au monde (…pour se mettre quelques temps au vert et se faire oublier), et si la série ne montre pas Kostya faire ce cheminement, en tous cas la transition se fait d’elle-même. Oui, Odessa, comme une évidence, est l’endroit où la série ne peut que s’épanouir ! Il suffit de voir Kostya revenir dans les rues de son enfance. Il suffit de voir Kostya faire à nouveau les 400 coups avec ses potes. Il suffit de voir Kostya repérer un joueur de poker qui, sur la plage, plume les touristes… Le terrain de jeu est parfait !
Il ne se passe pas énormément plus de choses à Odessa qu’à Moscou, pour être honnête, mais grâce à l’ambiance de la ville natale du héros, les frasques de Kostya sont aussi, par extension, celles de trois copains qui profitent de la vie. Du soleil. Des opportunités de se faire de l’argent facile. Normale, quoi !

Bien entendu, Shuler pose aussi les jalons de quelques péripéties à venir : le créancier peu jouasse va probablement retrouver la piste de Kostya à un moment donné, et la séparation d’avec son père va probablement être mentionnée à nouveau, cela ne saurait être un détail mentionné par hasard. Qui plus est, Shuler se décrit avant tout comme un crime drama (ou plutôt dramedy), et les escroqueries auxquelles nous avons assisté ne peuvent que prendre plus d’ampleur par la suite. Mais pour l’essentiel, on regarde le premier épisode de Shuler sans trop vouloir fatiguer notre petite tête avec des soucis comme des « enjeux » ou un « fil rouge ».
Cela se produira sûrement… mais sinon ? Sinon Shuler se déguste tout aussi gaiement ; à condition, toutefois, de supporter les coupes de cheveux de l’impossible, le personnage central un rien arrogant, et le fait que sa mère soit probablement jouée par une actrice ayant le même âge que lui. Mais tout cela n’est que détail, quand on voit avec quelle facilité Shuler détend l’humble spectateur en quête d’évasion, de soleil, et de fiction venue de l’Est.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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