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28 septembre 2016 à 23:42

Lundi soir c’était au tour des Français de se jeter dans la mêlée de la rentrée télévisuelle, sur France4 où l’on découvrait Loin de chez nous. Alors : je suis consciente qu’un peu plus tôt ce mois-ci, TFHein lançait La vengeance aux yeux clairs. Mais si on commence à donner de la crédibilité à ce genre de séries alors j’aime autant fermer boutique et me lancer dans l’élevage de chèvres dans le Larzac. En espérant que le Larzac ne soit pas le décor de la prochaine série de TFHein. ‘Spas facile, certains jours, vous savez. Bon et puis on reparlera d’Au-delà des murs, c’est promis.
Donc, je disais quoi ? Oui, voilà : rentrée française, France4, Loin de chez nous ; on est partis.

Il n’est pas tous les jours faciles d’aimer les séries de guerre. Déjà, pour commencer, parce qu’elles ne sont pas si nombreuses que ça ; sans aller jusqu’à comparer aux séries policières, qui évidemment sont plutôt à l’extrême opposé du spectre avec ce qu’il semble être 712 nouvelles séries par semaine (je n’exagère presque pas), il faut quand même bien avouer que les séries militaires ne sont pas ce qu’il y a de plus courant. Plein d’explications à cela, parmi lesquelles la question quasi-inhérente de la violence, l’aspect souvent politique de la question (a fortiori pour des guerres récentes), et, last but not least, le coût. Du coup des séries de guerre, en France, où ces questions semblent toujours un peu plus épineuses que dans les pays où nous aimons bien aller chercher nos modèles de fiction, il n’y en a vraiment pas des masses. Une petite mini-série par-ci par-là, pour commémorer 14-18 par exemple, passe encore… mais dans ce cas comme c’est de la fiction d’excellence, la question du budget se pose différemment, l’aspect politique est évacué par le travail patriotique de mémoire, et en gros, il n’y a « plus qu’à » placer le curseur de la violence.
Par conséquent, voir émerger Loin de chez nous, une série sur l’Afghanistan, était une sacrée bonne surprise me concernant : une série de guerre, sur un déploiement du 21e siècle qui plus est, ça valait forcément le coup que je me penche dessus. En outre, Loin de chez nous a démarré près de chez nous lundi… c’est-à-dire le lendemain du lancement de Nobel en Norvège (une série également attachée à parler de troupes en Afghanistan) dont nous voilà privés jusqu’à une providentielle diffusion traduite. Timing impeccable pour m’aider à limiter ma frustration. J’aime autant vous dire qu’il ne fallait pas me demander deux fois de me pencher sur Loin de chez nous !

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Après une séquence assez classique de combats, pendant laquelle il est intéressant de noter que l’ennemi n’apparaît pas une seule fois à l’écran (un choix sûrement autant du à un parti-pris narratif qu’à un souci d’économie, et qui fonctionne), Loin de chez nous décide de faire un bond en avant de 2 ans, qui s’accompagne d’un changement de ton brutal. On ne le sait pas encore mais c’est la dernière fois que cet épisode introductif nous montrait une séquence d’action. Ce nouveau ton, le spectateur est sur le point de l’apprendre, est en fait le ton de la série.

Il s’avère que Loin de chez nous est l’une des rares séries françaises à maîtriser parfaitement l’art difficile de la dramédie : rien n’est totalement drôle, ou totalement sombre. Les scènes se succèdent et comportent des touches plus légères ou absurdes dont le degré d’humour est totalement laissé à l’appréciation du spectateur. Il est possible de sourire ou de rire, mais en rééquilibrant constamment ses dialogues ou son déroulement, Loin de chez nous s’interdit de persister dans une seule tonalité, et nous interdit donc de nous attarder dans une émotion ou dans une autre. Tenez, le troufion sur la photo, qu’est-ce qu’il fait : il facepalme devant les conneries de ses copains de barraque, ou il déprime à cause de ce qu’il a vu sur le terrain ? Bah voilà, la même.
Cela fonctionne parfaitement pour une dramédie souhaitant marcher sur la ligne de démarcation entre la comédie et le drame, mais plus encore, c’est excellent pour parler de troupes militaires. Le premier épisode met ainsi en place des nuances que nombre de séries de guerre se refusent à détailler, Loin de chez nous partant du principe que la vie de soldat français en Afghanistan, ce n’est ni l’Enfer, ni le Paradis, c’est juste une mission, un métier, un style de vie, et à ce titre il y a les bons comme les moins bons moments ; en outre on peut rire des bons moments comme on peut le faire des mauvais. Parce que tout est une question de perspective.
Le résultat c’est que, lorsque Loin de chez nous décrit des troupes françaises sur le point d’être rapatriées suite à une décision en haut lieu de se désengager du conflit, la situation est traitée avec autant de joie, de soulagement, que d’inquiétude ou de nostalgie. Après des mois, parfois des années passées en Afghanistan, chacun a sa petite vie. Bien-sûr tout n’est pas présenté comme rose, ainsi que l’a parfaitement souligné le début de l’épisode, mais il y a aussi des côtés plus positifs, et ils contribuent, eux aussi, à rendre le retour au pays difficile.

Très apte à proposer de nombreuses vignettes sur le ressenti des soldats dans les baraquements français, Loin de chez nous a cependant un peu plus de difficultés à annoncer de quoi son intrigue sera faite par la suite. L’arrivée d’une journaliste apparaît comme un cheval de Troie narratif (c’est le même outil que l’arrivée d’un nouveau personnage dans un pilote ; pensez Carter dans Urgences), mais ne change pas vraiment la donne au sein de l’armée. C’est plutôt l’intrigue du sergent-chef Dostali qui semble mener la danse, mais elle est pour le moment relativement obscure, même s’il est tout-à-fait possible de commencer à former quelques théories. En gros, le premier épisode de Loin de chez nous donne l’impression de n’avoir pas encore délivré son véritablement évènement perturbateur, et c’est en soi assez perturbant quand on a l’habitude des pilotes qui proposent de changer la donne rapidement. Il faut cependant admettre que ça ne rend pas l’épisode moins intéressant, et qu’en plus, Loin de chez nous a l’excuse de ne durer qu’une demi-heure : à l’impossible nul n’est tenu.

L’avantage c’est qu’au moins, c’est intrigant. Et vu le soin (narratif mais aussi esthétique) apporté à Loin de chez nous, je n’aurai pas besoin qu’on me demande deux fois d’observer comment la série évolue.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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