Motherload

23 janvier 2017 à 12:44

Je suis la première à reconnaître que je ne suis pas dans la cible pour une série comme Workin’ Moms… mais si je devais m’arrêter aux séries dont je suis la cible, je ne serais même pas la moitié de la téléphage curieuse que je suis aujourd’hui. Et puis, après tout, c’est bien aussi à cela que sert la télévision, non ? A s’intéresser aux expérience que l’on ne vivra jamais, et à s’enrichir à travers l’empathie. On ne peut pas baser sa pratique téléphagique sur le seul phénomène de l’identification…
Alors me voilà, assise devant le premier épisode de Workin’ Moms, à me dire que je suis sûrement en train, une fois de plus, de regarder une série que je ne vais pas totalement comprendre. Non pas parce qu’elle provient d’une contrée hautement « exotique », au contraire (Workin’ Moms est canadienne), mais parce que je n’ai probablement pas toutes les références nécessaires pour me lier à ses personnages. Et que ça va probablement me demander un petit effort supplémentaire.

Soyons honnêtes, il y a UNE héroïne dans Workin’ Moms, en dépit de son titre et de ses photos de promo pluriels : Kate, une femme qui travaille dans la publicité et qui, lorsque commence le premier épisode, s’apprête à revenir de congé maternité. Elle n’en est pas fâchée, quand bien même il lui arrive d’être prise par quelques contradictions, notamment au moment de dire adieu à son bambin qu’elle laisse pour la journée à une nourrice. Mais revenir au boulot, ça lui faisait vraiment envie, alors la voilà, après plusieurs mois d’absence, en train de retrouver son boss, ses collègues, son bureau… mais en plusieurs mois, il s’en passe des choses, alors elle a également une nouvelle assistante et même un nouveau collègue qui semble la considérer comme une menace. Ça, plus le rythme des réunions à reprendre alors qu’elle est encore préoccupée par l’allaitement de son enfant, ça fait beaucoup pour une première journée…

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L’intrigue centrale de Workin’ Moms est assez simpliste, et ce n’est, dans le fond, pas là que se joue la série, non plus que dans les petites vignettes qui concernent les autres personnages féminins de la série, d’autres mères comme Anne et Frankie (Jenny, qui apparaît ici tout à gauche sur la photo, n’a à ma connaissance pas d’apparition dans ce premier épisode). Chacune a ses problématiques liées à la maternité, du post partum compliqué à l’ambivalente découverte d’une nouvelle grossesse, mais c’est surtout Kate qui occupe ici l’écran. C’est un peu normal : son interprète Catherine Reitman est aussi la créatrice de la comédie.

Là où les médias canadiens (peut-être sur la base de plus d’épisodes : ceci est une review de pilote) ne semblent pas trouver de superlatifs assez puissants quant au caractère révolutionnaire de cette comédie, j’avoue être plus réservée. Plusieurs des sujets de ce premier épisode n’ont rien d’inédit, quand bien même leur traitement est peut-être un tout petit peu plus franc que d’autres qui l’ont précédée. A contrario, les intrigues que je trouvais absolument innovantes et osées, comme la dépression post partum de Frankie qui est absolument incroyable dans son humour morbide, restent en retrait, et je trouve ça vraiment regrettable.

Workin’ Moms voudrait nous dire qu’il n’est pas facile d’être une jeune mère, de jongler avec plusieurs rôles, d’exister dans un continuum d’obligations sociales qu’en réalité on n’est même pas obligées de suivre. Et sur le principe je suis d’accord ; la rébellion de Kate, qui refuse la culpabilité à plusieurs reprises pendant la seconde partie de l’épisode, est bien vue, et assez rafraîchissante. Mais malgré tout on les a déjà pas mal vues, ces comédies où les femmes vont parler de fatigue, de seins qui tombent et de lait maternel…

Surtout que toutes semblent appartenir à la seule classe de mères autorisées à s’exprimer à la télévision sur les affres de la maternité : les femmes aisées. Juste une fois j’aimerais une série sur une mère caissière de supermarché ou en recherche d’emploi, pour voir. Les défis ne sont sûrement pas les mêmes que tâcher sa chemise à 200 dollars avec un peu de lait et l’assumer pour obtenir un marché publicitaire.
En outre ce premier épisode, qui insiste plus sur l’épuisement émotionnel, commence alors que ces mères, bien que présentes à une « mommy & me class« , sont déjà dans une certaine situation de contrôle quant à leur rôle maternel. J’aurais sûrement aimé qu’au moins l’un des personnages soit dans une situation un peu moins avancée : la classe leur est si inutile qu’en réalité elle fonctionne uniquement comme un groupe de parole (elles n’ont donc rien à apprendre sur ce que cela représente d’être mère, et leurs interventions portent uniquement sur le reste).
Bref, le degré de contrôle qu’ont déjà ces femmes sur leur vie limite quand même assez les difficultés qu’elles peuvent rencontrer.

Je ne conteste pas que le ton de Workin’ Moms tranche avec nombre de représentations du rôle de mère, telles qu’on les a souvent vues à la télévision et au cinéma… mais cela ne met pas la barre tellement haut, et la comédie canadienne n’est désormais plus seule sur ce créneau. L’avantage, si ce n’est vraiment qu’un problème de ton, c’est que la série peut se trouver à mesure qu’elle progressera, et c’est une plutôt bonne nouvelle pour les spectateurs et spectatrices qui s’investiront dedans.
Quant à moi je sais déjà que je n’irai pas le vérifier, mais si jamais un spin-off devait apparaître sur Frankie et sa dépression post-partum (VOILA un prétendu sadcom que je regarderais avec plaisir !), faites-moi signe.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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