Without a trace

20 février 2017 à 12:58

La journée avait pourtant si bien commencé : Hannah et son amant Sven s’étaient levés de bonne humeur (de très bonne humeur !), ils avaient un peu discuté avant de partir au boulot, notamment du fait qu’il ne pouvait pas quitter sa femme, ils s’étaient promis de déjeuner ensemble. Inséparables au point de s’appeler au téléphone, encore, sur le chemin, alors qu’ils sont sur le chemin du commissariat où ils travaillent tous les deux, les deux amants sont interrompus.
Par quoi ? Hannah ne le sait pas mais quelque chose n’est pas net dans la façon dont Sven n’est jamais arrivé au commissariat. Peut-être qu’en réalité il partait finalement interroger cet indic dont il lui avait parlé ? Mais les heures passent et son bureau reste vide. Finalement, Hannah décide de s’emparer de la question, et fait des pieds et des mains pour convaincre les collègues de Sven, au crime organisé, de prendre les choses au sérieux.

Innan vi dör est intéressante sur un point indéniable : la disparition, pour une fois, ne concerne pas une victime vue comme « fragile » mais un homme d’âge mûr, en pleine possession de ses moyens et qui plus est exerçant la profession de flic, lequel soudain disparaît sans laisser de trace. C’est sa maîtresse, inquiète, cantonnée à un rôle considéré comme secondaire (elle a été récemment affectée à la brigade financière, on devine pourquoi vu la scène d’ouverture), qui prend les choses en main. Fort bien. La dynamique est intéressante, et Innan vi dör ne se prive pas de l’exploiter pendant son premier épisode qui nous montre une héroïne entreprenante, débrouillarde et obstinée, quand bien même elle n’est pas tout de suite prise au sérieux par le reste de son entourage professionnel. Mais au-delà de ça ?

innanvidor-650

Au-delà de ça il y a quelque chose d’assez chiant dans ce premier épisode, peut-être parce qu’il est tout entier construit autour de choses qui ne sont supposées prendre du sens qu’à la toute fin de sa première heure. Comme la plupart des épisodes introductifs construits autour d’un twist supposé vous couper le souffle (en l’occurrence les résumés que j’avais lus d’Innan vi dör m’avaient légèrement spoilée, mais bon), cette entrée en matière semble essayer de jouer la montre. Il est assez évident qu’elle tente de remplir son intrigue de fausses pistes et/ou de chemins de traverse supposément dramatiques en attendant de nous retourner la grande claque que la série a prévu.
Le fait est que ça ne fonctionne pas aussi bien qu’Innan vi dör le souhaiterait, faute de vraiment s’impliquer dans la dimension dramatique notamment (la confrontation entre Hannah et l’épouse de Sven, par exemple, manque sacrément de chair). Il n’y a pas de secret : ce qui n’a été brandi qu’à titre de prétexte n’a l’efficacité que d’un prétexte. Ce n’est pas là où l’épisode veut en venir du tout, et ça se sent.

On va donc passer une bonne partie de l’épisode sur une sombre histoire de guerre entre deux gangs que Sven aurait été en train d’étudier suite à une affaire de meurtre, sur les craintes de Hannah quant au sort de Sven, qui manque d’être rapidement prises au sérieux par la hiérarchie de celui-ci ; ce genre de choses. Or, vu ce qu’on sait du passif de Hannah, on se demande pourquoi les choses mettent tant de temps à se mettre en place, si ce n’est pour gagner du temps avant le twist final.
Les seules scènes parfaitement réussies sont celles, et croyez-moi elles ont été savamment dosées pendant ce premier épisode, qui unissent Hannah à son fils Christian (dit Chippen), et qu’elle a par le passé… arrêté. Voilà, c’est ça, le dossier qui a valu à l’héroïne une relative mise au placard, le fait qu’elle ait froidement fait coffrer son propre rejeton pour trafic de drogue, ce que l’on a pu voir en scène d’ouverture, sans aucune forme de contexte. Franchement, une enquêtrice comme ça, je n’aurais pas peur de lui filer les clés du commissariat ! Je vous accorde que si c’était le cas, elle bouclerait sûrement le mystère de la disparition de Sven avant la première page de publicité (…c’est-à-dire la fin du premier épisode : la télévision publique suédoise n’interrompt pas ses programmes pour la pub), et il n’y aurait alors pas de série. Mais tout de même.

Bon, et ce Sven alors, il lui arrive quoi ? Eh bien j’ai été relativement surprise qu’Innan vi dör nous en dévoile un peu de ce côté-là, quand Hannah, au même moment, patauge dans la semoule. Cela s’explique sur la fin de l’épisode, avec le twist sur lequel je ne vous spoilerai pas plus… mais aussi en nous laissant comprendre que les bikers n’étaient pas du tout l’objet de l’enquête de Sven. Et que c’est là, désormais, que nos regards devront se diriger. Une idée intéressante bien au-delà de l’effet de manche, puisque les bikers sont inintéressants au possible, là où l’autre intrigue est potentiellement plus cinglante et a le mérite de l’originalité.

Pari réussi pour Innan vi dör ? Oui, si on considère qu’elle a réussi à surprendre au moment de son cliffhanger de fin, et de par certains enjeux qui pourraient s’avérer intéressants. C’est la fonction première d’un thriller, j’imagine.
Mais ses méthodes de prestidigitateur pour meubler les trois quarts d’heure qui séparent le début de la fin de son épisode inaugural ont quelque chose de déplaisant tout de même. Il manque, en outre, une véritable exploration de qui sont les personnages, intimement ; j’ignore si c’est l’interprétation ou l’écriture, mais ils apparaissent un peu creux, y compris Hannah à laquelle pourtant on aimerait bien se lier vu qu’elle est à l’écran en permanence.

Il y a donc du bon et du moins bon dans ce thriller suédois, mais le cast est franchement solide, et je vois des retours qui indiquent que l’intrigue continue d’être palpitante… Je suggère donc qu’une chaîne française fasse ce que font les chaînes françaises, c’est-à-dire acheter ce polar scandinave, pour qu’on puisse voir la suite.
Avertissement : on n’y trouve pas de neige ni de parkas, en revanche ; à croire que ce n’est pas ce qui fait un thriller scandinave qui tient la route.

par

, ,

Pin It

Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *