Nowhere to go, nowhere to be

19 mars 2017 à 23:35

Ah, Pustina ! Charmante petite bourgade rurale à la frontière polono-tchèque, prochaine destination de vos vacances de rêve. What’s not to like ? Pustina a tout pour plaire : des rues pleines de boue, une garderie pour enfants pataugeant dans la boue, un circuit de rallye sur boue, sa maison de redressement (où on ne trouve presque pas de boue !). Sans parler du chômage, qui gangrène la ville depuis que les usines de papier de la région ont fermé, ainsi que l’élevage de cochons ; le seul endroit à peu près prospère est le relai autoroutier, où la prostitution va bon train. Non vraiment, Pustina envoie du rêve.
Et pourtant ses habitants restent sur place, tant bien que mal, essentiellement faute de mieux. Le mieux vient pourtant se présenter à eux : une compagnie minière, Turkowo, propose de s’implanter à Pustina, promettant monts et merveilles ou, disons, quelques emplois, ce qui est déjà pas mal. Ce qui allèche Turkowo dans les parages, c’est que sous la boue se trouve apparemment beaucoup de lignite… mais pour l’exploiter, il faudrait détruire une partie de la ville. La maire de Pustina, Hana Sikorová, fait donc tout son possible pour empêcher la compagnie de s’installer sur place et de détruire le modeste patrimoine de la commune, sans parler des conséquences sur l’environnement.

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Le pitch de Pustina (la série de HBO Europe qui doit donc son nom à la ville fictive de Pustina) envoie du rêve, et encore, vous n’avez rien vu. Et si je parle de « voir », c’est parce que visuellement aussi, c’est du lourd. L’ambiance de la bourgade et de ses environs est saisissante. Il y a de la boue, de la grisaille, de la rouille, des bâtiments décrépis… et c’est à peu près tout. Pas franchement un endroit très sexy, mais même les villes les moins attrayantes méritent de n’être pas détruites par le capitalisme galopant, non ?

Parce qu’il lui importe de défendre le peu que représente Pustina, Hana Sikorová fait tout son possible. Le premier épisode va à plusieurs reprises nous montrer son engagement pour la ville. Parfois, cela se fait par des allusions très fines (elle a par exemple créé une garderie pour enfants qu’elle supervise, afin que les familles restent dans la région… sauf que maintenant on lui reproche d’être bien la seule à profiter de cette activité). Mais de plus longues scènes nous la montrent en train d’essayer de rallier le conseil municipal à sa cause, en dépit des sommes que Turkowo fait miroiter à certains de ses membres, ou alors qu’elle tente d’expliquer aux habitants les raisons de son combats. Pour eux comme pour tant d’autres, pourtant, la compagnie minière est une planche de salut, et ils réclament que soit tenu un referendum…

Tout cela ne serait que politique locale (et ce serait déjà pas si mal), si Pustina ne mettait pas quelque chose d’autre en jeu. En ouverture d’épisode, Hana a retrouvé l’âne de la garderie torturé et pendu ; elle craint que, plus qu’un acte barbare, il s’agisse d’un moyen de pression exercé sur elle. Or, toute la journée, elle a essayé de joindre l’une de ses filles, Michaela, et ne parvient pas à la trouver. Elle et son autre fille Klara s’inquiètent de plus en plus…

Se pourrait-il que la disparition de Misha ait quelque chose à voir avec les pressions que subit Hana ? C’est difficile de ne pas y penser, même si pour le moment, les personnages ne semblent pas avoir eu le temps d’envisager cette éventualité.
D’autant que Pustina essaie au contraire de faire tout son possible pour ne pas verser dans ce type de raisonnement, et se tient pendant son épisode introductif à une respectable distance de ce type d’intrigues. Au contraire, la série met l’accent sur les destins des personnages peu remarquables de cette petite ville qui ne l’est pas plus : la maire qui tient la garderie tout en se battant contre Turkowo, son ex-mari qui veut se taper une prostituée du relai routier, le gamin du centre pour délinquants juvéniles qui s’arrange pour faire le mur, et ainsi de suite. L’angle dramatique souligne à la fois combien la vie à Pustina est médiocre, limitée, et généralement décevante ; je ne crois pas avoir vu un seul personnage sourire sincèrement de tout l’épisode. C’est comme si l’antagoniste, dans le fond, était l’univers dans lequel tous évoluent ; une impression renforcée par le fait que la compagnie Turkowo n’est incarnée dans ce premier épisode au mieux que par des tracts, quand la ville, elle, est constamment présente dans toute sa banalité décrépie.

On ne se marre pas franchement, devant Pustina, je vous l’accorde bien volontiers. Cependant, j’apprécie le côté dramatique et j’espère que dans les 7 épisodes restants, il continue de garder l’importance qu’il tient dans ce premier épisode. Observer dans une série la vie quotidienne d’une communauté défavorisée, dans toute sa complexité, est assez rare, et Pustina fait vraiment un formidable travail pour rendre ses personnages multidimensionnels, parfois simplement grâce à un plan qui s’arrête sur le visage de quelqu’un pour le laisser exprimer sa pensée. Les habitants de Pustina n’apparaissent pas comme un monolithe, quand bien même ils n’ont rien d’exceptionnel, et cela seul donne beaucoup d’intérêt à la série, avant même de s’engager sur cette histoire de disparition. Qui, à ce stade, pourrait même n’être pas du tout d’origine criminelle, après tout.
Bon sang, il continue de s’en passer, des choses intéressantes, du côté de HBO Europe…

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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