Space oddity

19 avril 2017 à 14:00

En 1967, un cosmonaute russe tente le premier atterrissage manuel d’une sonde spatiale, Soyuz 1, une manœuvre dangereuse et quasiment certaine d’être fatale. Pourtant, alors que son appareil entre dans l’atmosphère et que ses instruments de bord commencent à le lâcher, ce pionnier de la conquête spatiale expérimente un étrange phénomène.
En 2017, Meyer, un milliardaire français, réussit au terme de 4 années d’efforts à lancer une expédition privée sur Mars, qu’il finance lui-même, et nommée Ulysse. A son bord, lui inclus, on trouve 8 astronautes, parmi lesquels une psychologue recrutée au dernier moment. L’arrivée sur Mars ne se fait pas sans encombres, mais plus suprenant encore, très vite il apparaît que ces nouveaux pionniers ne sont pas seuls : une autre expédition privée les a devancés, dont tout l’équipage semble avoir péri à l’arrivée. En outre, sur le sol aride de Mars, ils découvrent également le corps inanimé d’un homme… qui s’avère être le cosmonaute russe.

De la projection de Missions, hier soir à Séries Mania, j’attendais beaucoup : étant naturellement encline à m’intéresser à la science-fiction, je voulais absolument voir les premières images de cette série d’OCS. De tout le festival cette année, c’était la seule série française que je voulais absolument ne pas rater ; ce qui venant de moi veut dire un petit quelque chose, quand même. Assister à une projection d’une série dont on attend autant est un pari risqué : les probabilités d’avoir idéalisé ce que la série pourrait donner sont élevées ; plus d’un téléphage s’est déjà brûlé les ailes ainsi.
Pourtant, je suis là pour vous dire que Missions est l’une de mes découvertes préférées cette année à Séries Mania, et que… 4 épisodes en projection ? Eh bien c’était trop peu. Moi, j’étais partante pour une intégrale. En tous cas, fidèle à mon habitude, je ne vais vous parler aujourd’hui que du tout premier épisode, mais sachez qu’il y a vraiment du lourd derrière.

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Bien que semblant emprunter des chemins familiers, Missions s’attache à ne jamais tomber dans la redite. Cette histoire d’envoyer des astronautes en mission, par exemple, semble avoir été déjà vue. La série a la bonne idée de mettre en scène une expédition privée, ce qui est déjà une originalité intéressante, en plus d’être particulièrement d’actualité ; mais lorsque l’on réalise à quoi correspond le pluriel du titre, on comprend qu’on a affaire à une série à part. Des enjeux particuliers découlent de la compétition entre Meyercorp et Zillion, les deux grandes compagnies qui s’affrontent afin d’envoyer les premiers humains qui poseront le pied sur Mars ; leurs motivations semblent (…je dis bien « semblent ») différentes, et très certainement leurs pratiques aussi. Même leur technologie est différente ! Mais à cette rivalité spatiale moderne s’ajoute une troisième mission pleine d’interrogations, qui date d’un demi-siècle et se retrouve d’actualité de façon totalement inattendue.

Missions a beau nous dire qu’il y a vachement de monde sur Mars, c’est aussi, paradoxalement, une série très étouffante sur un huis clos qui peut mettre mal à l’aise, d’autant que les contacts avec la Terre sont quasi-inexistants. En privilégiant la perspective de son personnage de psy (recrutée à quelques jours du décollage parce que la psy précédente était décédée dans un très malencontreux accident), la série insiste sur les névroses de ses personnages. Il faut dire que le voyage entre la Terre et Mars aura grignoté 10 mois de leur vie, et donc de leur santé mentale. A bord du vaisseau Ulysse, tous commencent progressivement à devenir juste un tout petit peu plus radicaux dans leur manière de penser et de faire. Ce glissement de leur santé mentale, Missions le retranscrit d’autant mieux qu’il ne veut pas le rendre inquiétant, juste le rendre palpable. Bloqué dans une situation extrême sur une planète loin de tout, il est bien normal que l’équipage soit poussé dans ses retranchements ; tout l’intérêt est justement d’observer comment ils vont tenter de raison garder dans un contexte qui le permet si peu. D’autant que l’expédition financée par Meyer est principalement composée de scientifiques, aux yeux desquels la rationalité importe particulièrement. On est cependant en droit de se demander si être rationnel est un atout ou un handicap dans pareille situation…

Mais surtout, Missions met en place une intrigue réellement originale, et fascinante, et profondément mythologique, qui certes est pour l’instant assez cryptique dans le premier épisode, mais promet des développements totalement uniques. Et c’est certainement ce à propos de quoi je suis la plus curieuse.
Mêlant un sentiment oppressant, un début de propos intéressant sur la conquête privée de l’espace (et ses motivations), des relations interpersonnelles pleines de finesse, un rien de philosophie, et même une petite dose d’humour (même si j’ai un peu moins ri que le reste de la salle, qui m’a semblé désamorcer par le rire des situations pensées comme dramatiques), Missions fait plus en une demi-heure que ce que d’autres peinent à accomplir en une heure. Ses thématiques sont riches, ses questions intrigantes, ses personnages intéressants (et interprétés avec un brio rare), et je me dois également d’ajouter qu’elle possède une réalisation incroyablement solide, de magnifiques effets spéciaux, une ambiance musicale à la fois éthérée et électrisante, et même un générique à tomber par terre.
A ce tarif-là, je ne sais même pas si ça vaut la peine que je me représente à Séries Mania pour la fin du festival ; rien d’autre n’aura autant de sens. Bon, peut-être pas quand même, mais mince alors ! Je crois bien que je viens de me prendre une claque.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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