Cassure

27 avril 2017 à 10:00

Sur le coup, je voulais vraiment vous dire beaucoup de bien de Broken, une série britannique avec Sean Bean et Anna Friel projetée dans le cadre de Séries Mania, et qui samedi soir s’en est même tirée avec une récompense pour l’actrice. Pas de chance, je n’ai pas écrit ma review immédiatement (c’est ma faute, j’ai voulu dormir !), et depuis mon opinion à son sujet a eu le temps d’évoluer.

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Il y a une chose qu’on ne peut retirer à Broken : elle est émouvante. Voire même éprouvante.
Son premier épisode met en scène deux personnages, d’une part le prêtre catholique Michael Kerrigan, et d’autre part une jeune femme désargentée, Christina Fitzsimmons. Chacun, a son échelle, a des démons à combattre : le père Kerrigan est la proie de terribles flashbacks (dont je suis sûre le premier épisode ne couvre même pas toute la gravité), héritage d’une enfance douloureuse ; quant à Christina, elle est une mère célibataire de trois enfants qui peine à survivre aux difficultés financières. A priori rien ne destinait ces deux personnages à se rencontrer, mais, par le jeu du hasard, Christina est une ouaille du père Kerrigan, et il remarque bientôt les tribulations de la jeune femme, une semaine avant la confirmation de sa fille.

C’est précisément en l’espace d’une semaine que les problèmes vont s’accumuler pour Christina, qui après avoir été virée de son job (…certes pour avoir piqué dans la caisse, mais parce qu’elle ne joignait pas les deux bouts), apprend qu’elle n’a droit à aucune aide sociale, puis découvre sa mère (qui était également sa seule option de garde pour ses enfants) morte dans son lit. Ça fait beaucoup pour une seule personne et en si peu de temps !
Toute la question est de savoir à présent si Christina acceptera l’aide du père Kerrigan (ce n’est pas gagné)… et si celle-ci suffira. Mais que peut faire un simple curé contre la pauvreté, qui ne touche certainement pas que cette femme-là ?

Broken soulève toutes sortes de problématiques intéressantes, il faut le dire. Son traitement du personnage de Kerrigan, présenté comme incapable de venir en aide à ses paroissiens et limité à un rôle symbolique (quand bien même il aimerait y apporter plus de flexibilité), et comme un homme torturé mais foncièrement bon, est intéressant. Les difficultés rencontrées par Christina Fitzsimmons posent quant à elles de difficiles questions sur le manque d’argent, les ressources inaccessibles d’un système qui ne semble en réalité pas fait pour aider les plus faibles, et le désespoir.
J’ai en toute sincérité pleuré toutes les larmes de mon corps devant ce premier épisode, pour ce qu’il m’a rappelé de mes propres difficultés. C’est difficile d’assister à la fois aux flashbacks de Kerrigan quand on y est soi-même sujette, et c’est pénible d’assister à la ribambelle d’écueils financiers et de choix douloureux quant on a également du mal à manger plus d’une fois par jour. Broken a clairement touché trop juste pour me laisser indifférente.

Mais… oui, il y a un mais. Au vu de ce premier épisode (puisque je n’ai pas eu le temps d’en voir plus au cours du festival), je me suis quand même demandé ce que Broken essayait d’accomplir. Bien-sûr que ce que la série dépeint est d’une cruelle justesse, et bien-sûr que c’est bien écrit, et bien-sûr que c’est bien interprété. Tout ce que vous voulez. Mais à terme, où Broken veut-elle en venir ? Ce n’est pas son premier épisode qui nous le dira, alors qu’il semble n’être collection de passages suscitant les larmes (au mieux) ou la souffrance (pour les plus intimement touchés d’entre nous), mais sans apporter de plus-value. N’est-ce pas au final un peu putassier d’assister à cette succession de préoccupations, comme dans du torture porn émotionnel, sans fixer un cap ?
Broken va-t-elle passer le plus clair de ses épisodes à plonger ses personnages dans toujours plus de tourments ? Est-ce que Broken veut que ses personnages trouvent une solution à ce qui les tord de douleur ? Dans ce cas il lui faudra abandonner son ambition de réalisme. Or, il n’y a pas de solution magique aux problèmes de ses protagonistes.

Plus je repense à l’émotion ressentie devant Broken, plus j’ai l’impression que mes fragilités ont été exploitées à des fins dramatiques, mais sans que la série ne prépare de véritable réflexion de fond. Chose qui me semble d’autant plus inquiétante qu’elle fait partie des (nombreuses) séries qui pendant Séries Mania venaient mêler la foi aux autres problématiques… un sujet sensible et intime s’il en est.
Je ne dis pas que Broken est à mettre au rebut, mais parfois, l’émotion ne suffit pas à faire une bonne série… voire au contraire.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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