You know my name

14 avril 2019 à 16:56

Tipeee

Aujourd’hui je ne vous sens pas super concentrés sur toute série n’incluant pas de dragons… On va quand même tenter le coup avec JANN, une petite comédie canadienne qui m’a gentillement fait sourire, mais je ne m’attends pas à des miracles de curiosité de votre part, ne vous inquiétez pas. La chanteuse Jann Arden y tient son propre rôle, qu’en un sens on connaît un peu déjà : celui de la star sur le retour qui tente désespérément de ne pas se faire oublier.
Et j’en profite pour porter au dossier la pièce à conviction A :

Bon alors pourquoi on s’exciterait ? Eh bien par exemple parce que Jann Arden a un charme fou, et ça compte quand même pour beaucoup. Son énergie porte bien des scènes et il s’avère que la chanteuse (dont j’admets avoir ignoré l’existence jusqu’à la découverte du projet de série) est naturellement hilarante. Au cas où vous en doutiez, le premier épisode inclut un best of de quelques unes des prises d’une des scènes les plus hautes en couleur, et démontre que Jann se débrouille plutôt bien en improvisation aussi.

Bon alors, de quoi est-il question dans ce pilote ? Jann, une chanteuse de 56 ans connue essentiellement pour quelques balades… enfin, « connue » est un bien grand mot. Aujourd’hui incapable de se trouver des boulots à la hauteur de ses espérances, elle en est réduite à louer sa gigantesque maison et accepter des prestations de moindre envergure que lui dégote son manager de toujours, Todd. Jann est à la fois profondément consciente de ses difficultés professionnelles (et donc financières) et toujours imprégnée de l’idée qu’elle est une star. Son sentiment de supériorité a le don d’agacer sa jeune sœur, Max ; celle-ci gère à la fois sa carrière, sa vie de famille (elle est mariée et mère de deux enfants, bientôt trois), et la retraite de leur mère, une femme âgée qui commence lentement à perdre ses facultés cognitives. Mais Jann est imperméable à tout cela, obnubilée par son envie de retrouver la carrière qu’elle a eue… avec des effets très modérés pour le moment. A cela il faut ajouter une autre sensation d’échec : Jann a beaucoup de mal à digérer sa rupture récente.

Il y a eu des moments où (à mon corps défendant, puisque je fais toujours des cauchemars à base de cette série), JANN m’a un peu évoqué The Comeback, parce que les héroïnes ont un peu la même attitude vis-à-vis de leur peur d’être oubliée, qui consiste à mettre toute leur énergie dans le déni… quand bien même elles ne trompent personne et surtout pas elles-mêmes. Mais la comparaison s’arrête là. JANN est une comédie en single camera et n’a rien à voir avec un mockumentary. D’ailleurs si ç’avait été le cas j’aurais probablement baissé les bras avant la fin des 19 minutes de son pilote (dix-neuf ?! bon j’aurais ptet fait un effort).
La vérité c’est que je l’ai trouvée étonnamment touchante, cette Jann Arden. Peut-être parce qu’elle n’humilie personne, ni elle-même ni autrui, dans cet exercice difficile. Cela compte énormément, pour moi qui ressens une profonde aversion envers les formes d’humiliation que revêtent souvent ce type de séries. Sa version fictive d’elle-même est parfois haute en couleurs, mais jamais dénuée de tendresse. J’aime aussi ce qui se dessine du côté de sa relation à sa sœur Max, la colère à peine rentrée de celle-ci, son opposition à la folie des grandeurs de Jann qui repose sur une forme de nombrilisme aussi, d’une certaine façon, bien que totalement compréhensible. Les deux sœurs ne se voient pas, chacune considérant ses problèmes plus importants. Et sachant que le père de Jann Arden est mort d’une forme de démence et que sa mère était frappée d’Alzheimer pendant le tournage (elle est depuis décédée), je ne doute pas que le traitement du rapport de Jann à sa mère sera traité avec une doigté infinie. D’ailleurs la petite scène en fin de pilote était désarmante, bien que trop brève.
Pour finir, JANN s’annonce, au vue de ce premier épisode au moins, comme armée de bonnes intentions : l’idée n’est pas tant de montrer comment son héroïne s’embourbe dans la honte, que de lui donner une (ultime ?) chance de mettre sa vie sur les rails. Dans un sens ou dans l’autre.

En somme JANN n’a rien inventé, mais les recettes sont ici employées avec beaucoup de cœur. Et si je peux me permettre, c’est pas tous les jours qu’une lesbienne cinquantenaire tient le rôle principal d’une série, ce qui ne gâche rien.
JANN est donc la comédie que je vous recommande de regarder en attendant une autre série qui fasse bien plus parler d’elle. On ne citera pas de noms, mais bon, on se sait.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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