A fond la caisse

21 avril 2019 à 19:38

Tipeee

En février dernier, il s’est passé quelque chose d’unique du côté de Disney Channel. Car après des années et des années de séries toutes créées sur le même modèle (et pour cause, il y a un cahier des charges), la chaîne a proposé pour la première fois en presque une décennie, plus précisément depuis Zeke and Luther, une série tournée non pas en multi-camera dans les conditions d’un sitcom, mais une série tournée en single camera.
Ca n’a l’air de rien mais pour une chaîne qui a trouvé UN modèle sur lequel calquer toutes ses séries, c’est quand même un grand pas.

Et en plus il s’agissait d’une série d’action. Causons donc de Fast Layne.

Fast Layne, qui n’est pas un prequel de Fastlane mais admettez que l’idée aurait été d’autant plus amusante, est en fait une mini-série qui à l’origine devait faire renaître la franchise Herbie, plus connue chez nous comme étant une Coccinelle douée d’intelligence. Herbie a connu de nombreux longs métrages (le plus récent datant de 2005 avec Lindsay Lohan), mais la seule série dont la petite voiture a jamais tenu la vedette remonte aux années 80. Or, Herbie, the Love Bug (but… pour une coccinelle… vous l’avez ?) était de toute façon conçue comme un bouche-trou de midseason, avec seulement 5 épisodes produits, diffusés, et oubliés dans l’instant.
Mais l’idée d’une voiture intelligente, au 21e siècle, n’est pas si folle que ça, alors voilà que courant 2017, Disney envisage de ramener la franchise. Toutefois Herbie est proprement éliminé de la version définitive de la série lorsqu’elle obtient le feu vert en 2018.
Alors du coup, qu’est-ce qu’il reste ?

L’héroïne de Fast Layne est une jeune préadolescente du nom de Layne Reed, qui a grandi dans une famille extrêmement organisée et rigoureuse, des qualités qu’elle partage. Le moindre moment de sa vie est optimisé pour qu’elle soit efficace et productive, d’ailleurs c’est la raison pour laquelle elle se présente pour devenir présidente des élèves, bien qu’aucun sixth grader (l’équivalent d’un élève de 6e) n’ait jamais tenu un poste aussi important dans l’histoire de son école. Il n’y a pas de place ni pour l’inactivité, ni pour les imprévus dans la vie de Layne, donc… eh bien donc bien évidemment, quelque chose de profondément inattendu va se produire.
Alors que ses parents sont en déplacement professionnel, Layne et sa voisine Zora entendent quelqu’un appeler à l’aide depuis un abri de jardin… et en essayant de venir en aide à cette personne, découvrent un garage souterrain ultra-moderne, où vit une étrange voiture.
J’emprunte le verbe « vivre » car, vous l’aurez deviné, cette voiture n’est pas comme les autres : outre son apparence hors du commun, elle est aussi dotée d’une technologie quasi-futuriste, et même du don de la parole. VIC, c’est son nom (ç’aurait pu être KITT, mais non), se sent prisonnier de ce garage, et encourage les deux filles à le libérer. Il a entendu parler de « carpool » et veut absolument découvrir de quoi il s’agit !

Le problème c’est que VIC ne passe pas inaperçu à l’extérieur, et que les trois amis sont rapidement pris en chasse par de mystérieux personnages. Et le plus fou, c’est que seule Layne est capable d’activer le mode de conduite manuelle !
Pourquoi, comment ? Eh bien, c’est ça l’autre énorme originalité de Fast Layne dans le panorama des fictions originales de Disney Channel : elle est feuilletonnante. Je vous accorde que c’est plus facile pour une mini-série de 4h que pour des sitcoms plus traditionnels tournés au kilomètre.

D’une certaine façon, Fast Layne a trouvé le moyen de faire des compromis. On y reprend de nombreux codes des séries de la chaîne, tant en ce qui concerne les protagonistes (il suffit pour s’en assurer de jeter un œil aux personnages de comic relief que sont la voisine Zora et le cousin Mel) que certains dialogues, sans parler de l’obsession de Disney pour les secrets menant ses héroïnes à vivre une double-vie. Même le générique est vraiment calibré. Mais pour la première fois depuis longtemps, Fast Layne est tout de même une expérimentation pour Disney Channel ; admettre que ses spectateurs peuvent suivre une histoire de manière feuilletonnante, en particulier, est un effort rare de sa part. L’investissement consenti pour tourner cette série en single camera, avec quelques extérieurs (bon, clairement le garage est en studio, mais tout n’a pas l’air aussi factice), et en incluant des courses-poursuites en voiture, est aussi rudement osé. J’insiste : osé pour Disney Channel.

On ne prétendra pas, et surtout pas moi, que Fast Layne est une production de qualité par rapport aux séries habituelles de la chaîne. Il faut savoir raison garder. En revanche il est indéniable que la série s’écarte de plusieurs façons de la recette de Disney Channel, une recette qui depuis plusieurs décennies maintenant s’est montrée plutôt infaillible pour créer des succès publics (…et commerciaux). Ca fait un bien fou, quand bien même ça ne révolutionne pas la face du monde.
Mais la vérité c’est que Disney Channel est en train de s’obliger à réinventer sa fiction. Cela se voit à Sydney to the Max, un sitcom tourné dans des conditions plus traditionnelles, mais qui maquille son éternel concept de double-vie en se déroulant à la fois dans le présent et dans les années 90, montrant en parallèle la vie d’une gamine et de son père quand il avait son âge (c’est d’ailleurs plutôt mignon). Cela se sent aussi à Just Roll With It, une comédie incluant des aspects d’improvisation (et s’il y a un truc que d’ordinaire on ne trouve pas chez Disney, c’est bien l’improvisation) qui débarquera cet été.

L’explication de cette quête de nouveauté n’est pas bien difficile à trouver : les plateformes de SVOD ont, même si ça s’est fait avec un peu moins de communication, massivement investi dans la fiction pour la jeunesse ! Netflix en a lancée une encore rien que ce mois-ci (No Good Nick), Amazon en a une floppée aussi… et la plupart sont des séries produites en single camera et/ou feuilletonnantes. Résultat, une étude de 2017 indiquait qu’en l’espace de 6 ans, 50% des enfants avaient abandonné la télévision linéaire ! Recycler encore et toujours les mêmes recettes a clairement ses limites…
Alors même si Fast Layne n’est la meilleure série de tous les temps, loin s’en faut, elle tente quelque chose (quand bien même c’est un peu par nécessité économique). Rien que pour ça je l’en remercie. En plus son interprète principale est absolument adorable et pleine d’énergie ! Ca vaut bien une petite recommandation pour les plus jeunes téléphages.

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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