Easy life

10 avril 2020 à 21:58

Tipeee

En ce moment, je peux comprendre que les gens aient envie de choses légères. Moins les choses se prêtent à la légèreté, plus on en a besoin.
Du coup, parlons meurtre.

Non non, attendez ! Laissez-moi le temps de vous expliquer.

Il y a tout un sous-genre de la fiction criminelle qui se surnomme le « cozy mystery« , et qui est en pleine effervescence à la télévision. Il s’agit toujours d’enquêter sur des crimes, généralement des meurtres, mais avec aussi peu de violence que possible paradoxalement. Les affaires étudiées ont tendance à porter sur des morts peu sanglantes, qui sont peu détaillées ; d’ailleurs les indices employés sont rarement des preuves relevées sur le lieu du crime ou le corps de la victime, une large préférence étant accordée aux entretiens ou interrogatoires. Plus que toute autre chose, le cozy mystery s’intéresse au pourquoi plutôt qu’au comment, qui se révèle facilement avec ses preuves indirectes. Aussi ce n’est pas tant le crime qui fait le criminel, que le motif. Ce type de fiction utilise de préférence des univers à l’ambiance familière et fermée (une petite ville par exemple), suit les enquêtes d’une personne intelligente et intuitive (officiellement ou en amateur, c’est selon), et prête à son personnage principal une occupation secondaire inoffensive et domestique (la cuisine, mettons, ou l’écriture), qui lui confère ce fameux adjectif de cozy. C’est un sous-genre que la télévision affectionne pour diverses raisons, et les séries cozy mystery ne sont pas rares sur les petits écrans. Typiquement, pensez à une série comme Murder, She Wrote (ou Arabesque).
Il s’avère que depuis environ deux décennies, des diffuseurs de toute la planète ont développé un penchant certain pour les cozy mysteries ; vu la popularité des séries policières dans leur ensemble, et le côté tous publics de ces séries en particulier, c’était vite vu. Car, avantage non-négligeable : ces séries emploient aisément des codes de la fiction destinée à un public traditionnellement féminin et/ou âgé, et peuvent donc être adressées à un public large. Cela a, mécaniquement, augmenté le nombre de séries policières avec un personnage principal féminin, alors que pendant longtemps, les enquêteurs des séries criminelles étaient plutôt des hommes.

Les exemples ne manquent pas ces derniers temps ; la plateforme Acorn TV s’en est même fait une spécialité, commandant des séries originales ou faisant l’acquisition de séries (anglophones) répondant au cahier des charges ci-dessus. Pas étonnant, du coup, qu’elle ait récupéré la série australienne My Life is Murder, initialement diffusée par le network Ten.

Tout y est. My Life is Murder a pour héroïne (check) une ancienne détective désormais à la retraite (check) qui passe aujourd’hui ses journées à cuisiner (check).
Elle reprend du service lorsqu’un ex-collègue lui soumet le dossier d’une enquête sur une mort suspecte : une femme est tombée d’un balcon (…check) au sommet d’un building de haut standing. A priori ce pourrait être un suicide, mais le fait que la victime se soit trouvée dans l’appartement d’un escort boy, dans les minutes précédant son décès, rend l’affaire étrange. N’écoutant que son courage (et les photos du site de l’escort), notre enquêtrice accepte de se pencher sur ce cas, avec l’aide d’une analyste de la police qui depuis son ordinateur l’aide à vérifier certaines informations.

Si je ne l’ai pas dit par le passé (je l’ai dit par le passé), je vous le dis aujourd’hui : on ne regarde pas une série comme celle-là pour avoir des surprises. Le propre du cozy mystery n’est certainement pas de bousculer qui que ce soit ; ce serait même contraire à ses principes.
D’ailleurs My Life is Murder a la particularité de n’avoir vraiment qu’un suspect dans ce premier épisode, ne prenant même pas la peine d’entretenir sérieusement une seule fausse piste pendant l’enquête. On pressent sans en être sûrs que l’escort est coupable, mais on attend, au fil des investigations de l’héroïne, d’en avoir la confirmation. Les indices sont prélevés au domicile du suspect et les renseignements glanés en parlant avec lui : notre héroïne se fait en effet passer pour une cliente afin de l’approcher et lui poser des questions l’air de rien. Eeeeet check.

My Life is Murder aurait bien du mal à prétendre être autre chose qu’un cozy mystery, donc. La bonne nouvelle, c’est qu’elle n’essaie même pas ! S’il y a bien une chose que même quelqu’un comme moi (qui raffole peu de ce type de séries) ne peut nier, c’est que les cozy mysteries cherchent rarement à masquer leurs intentions, c’est-à-dire que le but est ostensiblement d’être léger, divertissant, et sans la moindre incidence sur quoi que ce soit. Lucy Lawless, qui incarne l’héroïne ET est productrice exécutive de la série (s’inscrivant dans une très intéressante tendance, qu’on disséquera une autre fois, qui voit de nombreux interprètes océaniens apparaître dans des fictions locales après une carrière longtemps menée aux USA), s’en donne à cœur joie pour passer d’une scène à l’autre avec malice, assurance et charme. C’est toutes les raisons pour lesquelles on aime Lucy Lawless, et ça colle parfaitement avec les impératifs de la fiction cozy mystery, donc tout va bien. Les dialogues enlevés et les quelques interactions avec les personnages secondaires (dont la pétillante mais un peu sous-employée Ebony Vagulans, qui incarne l’analyste Madison), terminent de donner de la légèreté à l’ensemble. A-t-on vraiment besoin de plus ? Pas dans le contexte qui nous occupe, résolument.

On regarde (ou pas) My Life is Murder parce que c’est agréable et facile à regarder, tout simplement. Alors, c’est bien ce que je vous avais promis ou pas ?

Tipeee

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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

2 commentaires

  1. Tiadeets dit :

    « Du coup, parlons meurtre. » – Merci pour l’éclat de rire ! 😀
    Tu as commencé à parler de cozy mysteries et j’ai commencé à fredonner le générique de l’Inspecteur Barnaby.
    La série ne me donne pas trop envie, mais elle me donne envie d’aller regarder les épisodes qu’il me manque de séries du même style que je regarde déjà. Parfait.

  2. Quand il y a Lucy Lawless, je n’ai aucune mais rigoureusement aucune objectivité. Je ne suis pas non plus fana des cozy mystery même si j’en regardais pas mal plus jeune. Tu m’as quand même donné envie d’y jeter un coup d’oeil, et tu as raison, c’est totalement le type de série à regarder en cette période !

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