Entièrement Dakar

31 décembre 2020 à 20:34

Au début du mois, la série sénégalaise Sakho & Mangane est apparue sur Netflix, ce qui est plus qu’exceptionnel : les séries africaines francophones n’ont pas été sa priorité jusqu’à présent, comme on a eu l’occasion de l’évoquer. Mais plus encore, la série est une création originale du groupe Canal+, ce qui rend les choses d’autant plus atypiques.
L’une des raisons pour laquelle ce petit miracle s’est produit, c’est en réalité qu’il s’agit d’une série produite par Canal+ International, proposée par Canal+ Afrique au printemps 2019, et qu’apparemment ça, c’est moins grave si la concurrence met main basse dessus. Je sais pas, j’ai pas les détails ; personnellement je pense que c’est une opportunité manquée pour Canal que de laisser filer ses séries originales non-françaises-mais-bel-et-bien-francophones vers d’autres plateformes… En plus, pardon, mais il y a clairement un marché que personne d’autre n’exploite pour le moment, faut pas donner des munitions à la concurrence comme ça.
Il n’empêche qu’au bout du compte, c’est quand même bien d’y avoir accès qui importe. Après tout c’est un plaisir si rare. Je prends donc.

Alors nous voilà parler du premier épisode d’une série policière sénégalaise, aujourd’hui. Ya des trucs, comme ça, qui vous mettent d’emblée de bonne humeur !

D’ailleurs, ça ne s’arrête pas là. Sakho & Mangane est une série pleine d’énergie et d’humour, qui hérite amplement des buddy cop shows des décennies précédentes, et qui se sont raréfiées avec le temps.
Est-ce que leur supérieure, la nouvellement nommée Mama Ba, l’avait vu venir ? Peut-être. Entre le commandant Sakho, boomer placide, et le lieutenant Mangane, jeune loup qui ne tient pas en place, s’instaure rapidement une dynamique qui fonctionne. Dans cet épisode inaugural, c’est la première fois qu’ils travaillent avec un partenaire et a fortiori ensemble, mais la conclusion s’impose : ces personnages sont à l’opposé l’un de l’autre, or ce qui les oppose est aussi ce qui leur permet de se compléter.

L’enquête sur laquelle ils travaillent est en apparence anodine, et traitée comme telle par certains personnages secondaires : le corps d’une scientifique belge est retrouvé sur les côtes d’une petite île, en marge de Dakar. Problème : l’île est considérée sacrée par le peuple Lébou qui vit et travaille près de cette île, et traditionnellement seul un Lébou peut y mettre les pieds (et encore : ni femmes, ni enfants). Sakho, qui est très expérimenté, est mis en charge de l’affaire, mais il lui faut être accompagné d’un Lébou, et il s’avère que seul Mangane est dans cette situation : les voilà donc partis pour récupérer la dépouille de la victime, et au passage déterminer les circonstances de son décès. Ce qui n’est déjà pas aisé vis-à-vis des Lébous, et encore moins quand on sait que l’ambassade belge trépigne d’impatience pour un rapatriement du corps.
Mais une fois sur place, ils constatent que l’île a vécu non pas un mais deux crimes : une statue sacrée, le Tiath, a disparu. La Belge s’en est-elle emparée ? Il va falloir répondre rapidement à cette question parce que, en attendant, les Lébous refusent de retourner en mer… plutôt gênant pour un peuple de pêcheurs.

Avec une introduction menée tambour battant, Sakho & Mangane a donc les apparences d’une série policière somme toute classique. Ca fonctionne donc exactement comme on s’y attend, avec des one liners, des scènes chez la médicine légale, des interrogatoires plus ou moins musclés…
Sauf que la grande force de cet épisode (et très sûrement de la série), c’est aussi de parler de toutes les cultures qui coexistent au Sénégal. La présence européenne se fait sentir, entre autres parce que les Belges soufflent sur la nuque de la police de Dakar dans cette affaire. Les personnages sénégalais de la série ressentent, et c’est bien normal, une méfiance teintée de dédain envers ce type d’attitude… mais une minorité comme les Lébous est, finalement, assez déconsidérée aussi, leurs croyances n’étant pas toujours prises au sérieux. Cette sorte de chaîne alimentaire se dessine en pointillés pendant le début de cette enquête, et promet d’interroger les croyances personnelles de chacun…
Derrière le côté purement policier, il y a en effet une dimension spirituelle voire fantastique (tout dépend où vous placez personnellement le curseur ; le créateur de la série Jean-Luc Herbulot lui-même dresse des comparaisons avec Fringe), qui donne une dimension supplémentaire à la série.

Du coup, pour moi, c’est un grand oui. Je me fais une règle de regarder de moins en moins de séries policières, mais je vais faire une exception et finir Sakho & Mangane (qui ne compte que 8 épisodes d’une heure, après tout, et j’en ai déjà vu un huitième) sans trop tarder. J’ajoute que vu la réalisation, qui passe de « plutôt efficace » à « franchement réussie » selon les scènes, ça ne va vraiment me demander aucune sorte d’effort.
Allez Canal+, il faut lâcher les séries africaines maintenant. Ces hésitations n’ont que trop duré. Sinon, si Netflix veut acquérir Aphasie, ça me va aussi.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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