Newsroom

22 août 2021 à 22:06

Dimanche dernier, la télévision public australienne a diffusé ce qui restera sûrement dans les annales comme l’heure de télévision la plus parfaite de l’année : le premier épisode de sa série The Newsreader.

La série démarre le 24 janvier 1986, au sein de la rédaction de News at Six, qui couvre l’actualité tout au long de la journée, au fil des divers bulletins de la matinée ou mi-journée, et journaux télévisés de la soirée. C’est une photographie palpitante d’une époque… et de la façon dont cette époque était racontée aux spectatrices d’alors.

Ce soir-là, les informations sont présentées par les deux vedettes de la rédaction : Geoff Walters, un journaliste bourru mais capable ayant plusieurs décennies d’expérience, et Helen Norville (Anna Torv, vraiment gâtée par les rôles depuis son retour au pays), l’une des rares femmes à percer dans les rédactions encore très masculines des années 80. Entre eux, rien ne va, surtout lorsque Helen essaie d’acquérir de l’autonomie et/ou de couvrir des sujets de son choix. Or, Geoff a le soutien du directeur de la rédaction (et ami de longue date), Lindsay Cunningham ; lorsque le ton monte pour la énième fois avec Lindsay, celle-ci part en claquant la porte. Lindsay la prévient que cette fois, elle est virée.
Ces bouleversements internes permettent à un jeune journaliste idéaliste, Dale Jennings (jusque là plutôt occupé à fournir des B-rolls pour des sujets sans importance, mais plein d’espoir d’être un jour assis en plateau) de décrocher sa toute première opportunité de présenter les news matinales.

Au vu de ses premières minutes, certains thèmes semblent évidents dans The Newsreader, comme par exemple les mutations du journalisme télévisé, le sexisme au sein d’une profession majoritairement masculine, ou encore l’ambition, tout simplement. On a l’impression de savoir un peu ce qui nous attend pour les épisodes suivants : Helen va devoir batailler pour se faire une place, Dale va essayer de gravir les échelons qui vont faire de lui un présentateur respecté… et tout le monde ne peut pas être à l’antenne au même moment. Et ce n’est pas totalement une impression erronée, il y a un peu de ça.
Mais ce premier épisode propose aussi un retournement de situation, et grâce à lui, un retournement de dynamique, plus que salvateur. Car au soir du 24 janvier, Dale passe chez Helen pour lui restituer des affaires que, dans le tourbillon de la journée, elle avait laissées au bureau… et la découvre sur le tapis de sa cuisine, en pleine overdose de médicaments. Il appelle les secours qui, ne pouvant la convaincre (elle craint pour son image publique) d’aller aux urgences, demandent à Dale de s’occuper d’elle dans les heures à venir pour qu’elle ne reste pas seule. Sans vraiment hésiter, notre bon petit gars l’emmène chez lui, et sans le faire exprès, devient l’un des rares alliés de Helen à News at Six.

Au lieu de monter ces deux protagonistes l’une contre l’autre, The Newsreader décide donc de le faire évoluer ensemble. Lorsqu’on dépeint un univers aussi compétitif que le journalisme, il y a quelque chose d’audacieux dans cette démarche.
Helen n’est pas prête à renier ses ambitions, et elle ne serait pas l’une des rares femmes australiennes à atteindre un tel statut si elle cédait un pouce aux intimidations. Malgré tout, elle est aussi capable de voir que Dale, avec les qualités qui lui sont propres, n’est pas une menace pour elle. Quant à Dale, il a ce tempérament de petit chiot qui effectivement fait de lui quelqu’un d’inoffensif, mais il est aussi un journaliste plein de qualités (même si pour l’instant, lire les news n’en fait pas partie), et probablement plein d’avenir. Il respecte Helen, et elle (qui se définit elle-même comme quelqu’un de très loyal) respecte Dale en retour, et la fin de l’épisode montrera tout le potentiel qu’elles ont, ensemble, une fois sur le terrain.
Cette fin d’épisode est aussi une impressionnante démonstration de la force des images, et la façon dont la façon de présenter l’actualité est en train de changer.

De façon très intéressante, The Newsreader n’a pas vraiment de problème avec l’idée que l’information soit rapportée d’une façon de plus en plus chargée d’émotions, au lieu d’être présentée aux spectatrices avec une objectivité rigoureuse. La série assume parfaitement de considérer qu’on ne fait plus de journalisme « à l’ancienne » (celui de The Hour, pour caricaturer). Le business de l’information se dirige vers le sentimental et le spectaculaire, le paraître est un art à part entière, les audiences sont reines, et… il n’y a pas nécessairement de commentaire à faire. The Newsreader a décidé (ironiquement) que cela était factuel, pour ne pas dire historique, et que le débat n’a plus lieu d’être en 2021. D’une façon générale, ce premier épisode n’a pas réellement envie de débattre, de poser un regard critique, de s’aventurer sur le terrain de l’abstrait ou du politique. Son but est plutôt de nous plonger dans le quotidien de celles qui ont fait non pas l’actualité, mais les programmes qui nous ont parlé d’actualité.

Riche de ses nuances dramatiques, d’un style exemplaire (la musique est un pur délice), et désireuse de renverser les dynamiques qu’on attend d’un monde pareil, The Newsreader n’est pas nécessairement très analytique, mais elle est fascinante. Ce premier épisode compte parmi les meilleurs épisodes de télévision de l’année en Australie (et nous sommes au moins d’août), et comble de chance, il y en a d’autres qui arrivent derrière.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

4 commentaires

  1. Céline dit :

    Tu m’as convaincue à l’argument « Anna Torv » ! (que d’ailleurs je n’avais pas reconnue sur la photo avec cette couleur de cheveux). Je vais essayer de trouver les épisodes !

  2. Tiadeets dit :

    Oh, ça me donne vraiment envie de voir la série. Je vais l’ajouter sur ma liste de séries à voir !

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