Keep the bastards honest

1 janvier 2022 à 17:54

La première review de l’année porte sur ce qui est très probablement la première série de l’année, puisque The PM’s Daughter a démarré sa diffusion en Australie en ce 1er janvier. Il y a peut-être d’autres séries sur des longitudes proches qui ont démarré leur diffusion une ou deux heures plus tôt (quoique, The PM’s Daughter, en plus de sa présence dans les grilles de la chaîne publique ABC Me, est aussi en ligne sur la plateforme iView), mais je n’en ai pas connaissance et ça ne se joue probablement pas à grand’chose.
Considérons donc que nous avons trouvé là notre première série de 2022 et passons à la review, parce qu’attention : notre pionnière est un teen drama politique !

Catalina Parkes Pérez est une adolescente légèrement rebelle, qui jusque là menait une vie assez quelconque, mais qui du jour au lendemain voit sa vie bouleversée, lorsque sa mère l’oblige à déménager (ainsi que sa grand’tante) à Canberra, où elle vient de décrocher un nouvel emploi. Sauf qu’Isabel Perez n’a pas exactement un boulot ordinaire : elle vient d’être élue Première ministre de l’Australie. Voilà donc Cat forcée de tout quitter et de traverser le pays pour soudain se retrouver plongée dans un monde complètement différent, où elle a des obligations nouvelles et où elle doit se rendre à un lycée privé uniquement fréquenté par l’élite de la nation.

Il y a quelques mois, je vous disais combien, lorsque j’étais jeune (certes c’était littéralement un autre siècle), les séries pour la jeunesse et/ou pour ados étaient peu voire pas du tout politisées. On y considérait que la politique ne concernait pas les jeunes spectatrices, et donc on n’en parlait pas… Au mieux parfois on avait droit à une protagoniste un peu plus intéressée par, disons, le droit animal ou l’écologie, mais généralement c’était un trait abandonné à quelqu’un d’autre de l’héroïne, quelqu’un de son entourage, dont on n’aurait pas besoin de prendre les préoccupations au sérieux, genre une tête de classe ou une hippie. Et d’ailleurs il y a eu toute une période (avec le recul, peut-être une phase de transition) pendant laquelle l’engagement politique, c’était un peu ridicule, et limité à du comic relief.
Dans The PM’s Daughter, pas du tout. Avec son sujet de départ, la série aurait parfaitement pu décider de se concentrer sur le décalage entre la nouvelle vie de Cat et sa personnalité ou sa vie précédente. Trainer une mine blasée en énumérant tout ce qui ne va pas dans ce déménagement, et régulièrement se prendre le bec avec sa mère… Il n’y aurait aussi eu rien de plus simple que d’établir que c’est son quotidien au lycée, où elle doit se faire de nouvelles amies (et forcément, nouvelles ennemies) qui occupe le plus gros de ses préoccupations. D’autres l’ont fait avant The PM’s Daughter après tout.
Sauf que The PM’s Daughter ne mange pas de ce pain-là. Quand bien même elle passe une partie de son épisode introductif sur le choc culturel ou la tristesse du déménagement, son ambition est réellement de parler engagement politique à son public-cible.

Ainsi, non seulement il est établi que Cat n’est pas une rebelle sans cause, mais d’autres personnages de la série aussi ont une position très marquée. Pour l’instant essentiellement vues en B-Roll pendant le journal télévisé, mais omniprésentes, sont par exemple les membres du groupe Action Uprising. On voit notamment sa porte-parole, Murphy Barnes, s’exprimer de façon très sérieuse (et prise au sérieux par Cat) sur la politique climatique de l’Australie, et le cas de conscience que cela devrait poser de passer par les industries les plus riches pour négocier des objectifs écologiques. On a ici tous les ingrédients qui montrent que The PM’s Daughter veut traiter avec sincérité ce sujet : les propos sont spécifiques, les protagonistes qui les expriment ne sont pas tournées en ridicule, et surtout, c’est le point de départ d’un fil rouge. The PM’s Daughter est en effet une série très feuilletonnante.
Dans le derniers tiers de cette épisode d’exposition, on lance en effet les grandes lignes de ce sur quoi va porter le reste de la série : lors d’une de ses toutes premières apparitions publiques depuis son élection, Isabel est « attaquée » par un drone l’aspergeant d’un liquide ressemblant à de la fiente, tout en scandant le slogan d’Action Uprising. Le message est clair : il est inconcevable de ne pas prendre des mesures plus drastiques en faveur du climat. La seule question qui se pose est : qui a vraiment lâché ce drone ? Parce qu’Action Uprising est normalement un groupe engagé dans des actions ouvertement revendiquées comme pacifistes et légales. Alors y a-t-il scission au sein de ses membres, ou pire, s’agit-il d’une opération visant à les décrédibiliser ? Cat, qui en outre a besoin de se prouver qu’elle n’a pas compromis sa conscience politique à cause des changements récents dans sa vie, s’interroge sur tout cela, et à voir le résumé de l’épisode suivant (que normalement je zappe mais qui m’a prise par surprise ici… c’est assez rare chez les séries australiennes), elle va sûrement se lancer dans une investigation complète de son côté.

Loin d’avoir le temps de se lancer dans des choses complexes en moins d’une demi-heure, The PM’s Daughter prend cependant de nombreuses précautions pour ne pas nous laisser un instant penser que son intrigue va être superficielle. Je ne dirais pas qu’elle subvertit les tropes, mais elle les utilise à son avantage, en tout cas, pour offrir à des spectatrices adolescentes (quoiqu’elle soit regardable par des préados aussi, chaîne de service public pour la jeunesse oblige) une intrigue prenant au sérieux un sujet sérieux. Et ça fait plaisir à voir, et c’est bien l’intention que j’ai pour les 9 autres épisodes.

L’année commence donc fort. En ce mois de janvier, on va avoir sept reviews par semaine, alors accrochez vos ceintures ! On n’a pas fini les découvertes… et j’ai hâte de passer cette année avec vous.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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