New me

24 juillet 2022 à 21:39

Imaginons… et c’est, bien-sûr, purement hypothétique… que vous n’aimiez pas votre vie. Pas juste votre vie maintenant, mais votre existence toute entière. Absolument tout ce qui vous a conduite à mener votre vie actuelle. Rien n’y a jamais eu de sens, rien n’y a jamais été bon pour vous.
Et maintenant, imaginez que vous ayez l’opportunité de tout changer, et de vous construire un avenir différent, libre de toute contrainte héritée des années passées. Serait-ce vraiment une question ?

C’est, en substance, ce dont parle le premier épisode de la série Wish Wa Dahr, une curieuse série égyptienne qui semble osciller entre plusieurs tons pour raconter cette double histoire de deux personnes qui changent de vie.

Il y a des moments plutôt légers dans ce premier épisode, et une partie de l’intrigue semble aussi lorgner vers la série sur le monde criminel, et peut-être même des intrigues médicales à prévoir. Mais l’essence de Wish Wa Dahr, c’est d’être un drame qui s’intéresse sincèrement à ses deux personnages, Jamal/Jalal et Doha.
Doha a cumulé les petits jobs, et alors qu’elle travaille dans une usine de bonbons, une collègue pour laquelle elle s’est pris d’une affection maternelle lui apprend qu’elle a rencontré quelqu’un, et qu’elle veut aller travailler avec lui. Or, notre homme (qui se surnomme Warda) est organisateur de mariages, et ce travail, ce serait danser sur scène pendant des mariages… Doha commence à imaginer toutes les façons dont ce job, en apparence plus sympathique et bien plus rémunérateur que l’usine, pourrait mal tourner, et menacer la vertu ou la sécurité de la jeune femme. Pour continuer de protéger son amie, elle se fait embaucher également dans le monde de la nuit… mais, quand le voisinage commence à les soupçonner de se prostituer, Doha ment et affirme travailler de nuit à l’hôpital du coin.
De son côté, Jamal est un type parti de rien, et arrivé à peine plus loin. Il a épousé Mayla, une femme qui le méprise de tout son être. Il n’a pas vraiment fait d’études non plus, et s’est donc retrouvé à faire de la manutention dans une entreprise pharmaceutique ; à force de travail il a vaguement gravi les échelons, mais toujours à des postes manuels. Cependant, il a pris l’habitude, pour rompre l’ennui intellectuel de son boulot, d’apprendre par cœur les notices de médicaments, leurs interactions, et leur substitution. Il a aussi repéré le petit manège de certains de ses collègues qui volent des médicaments pour les revendre ensuite sur le marché noir. Un jour, à cause d’un bête quiproquos, il est pris pour l’un d’entre eux… et se voit remettre une énorme somme d’argent. C’est l’occasion inespérée d’avoir, pour la première fois de sa vie, un choix : rendre l’argent à son entreprise, et se fait bien voir ; ramener l’argent à Mayla, et enfin trouver grâce à ses yeux ; ou bien… Jamal décide de choisir la troisième solution, et s’enfuit à Tanta avec l’argent, mettant à exécution un plan auquel il rêvait sans trop y croire depuis des années. Désormais il s’apprête à vivre sous l’identité du Docteur Jalal…

Le premier épisode de Wish Wa Dahr n’a pas encore fini de nous raconter le périple de Jamal et Doha. Pour commencer, elles ne se sont pas encore rencontrées quand s’achève cet épisode inaugural ! Le résumé officiel fourni par Shahid, en revanche, dévoile que Jamal s’apprête à ouvrir un cabinet médical, et que Doha va y officier comme infirmière. De toutes les professions possibles, ce ne sont pas les plus surprenantes vu leur tempérament et leurs aptitudes, mais c’est intéressant, d’un point de vue scénaristique d’avoir choisi ces activités extrêmement respectables, rarement prisées par les gens qui cherchent à changer de vie dans la fiction. Je me demande pourquoi l’angle médical, et quelles sortes d’intrigues cela donnera dans les épisodes suivants, d’autant que la série fait pour le moment son possible pour légitimer les connaissances médicales que Jamal a apprises en autodidacte.

Pour le moment, l’idée m’enchante. Et son traitement aussi. Si Wish Wa Dahr avait été produite dans une autre culture télévisuelle, je suis à peu près convaincue que ce premier épisode aurait été très différent ; on aurait sûrement démarré in media res alors que le bon Docteur Jalal et son infirmière dévouée travaillent déjà auprès de patientes dans leur clinique, avant d’apprendre, ô scandale, qu’en réalité chacune cache un mystérieux secret. Mais pas de ça ici : le choix est d’accompagner les protagonistes dans leur transformation, leur changement de vie, leurs doutes et leurs résolutions. C’est un human drama (ce n’est pas sale) intéressé par cette idée de tout plaquer, pour le meilleur comme pour le pire, et se réinventer ailleurs. Ce qui, évidemment, ne peut pas être aussi facile qu’il semblerait ; en particulier je doute que personne ne retrouve, tôt ou tard, la piste de Jamal, mettant potentiellement sa nouvelle vie en danger… et donc celle de Doha ?

Le propos tenu par la série (par l’entremise de ses deux personnages, qui s’expriment tour-à-tour en voix off) n’est pourtant pas celui-là. C’est vraiment celui de la vie qu’on mène, d’abord parce qu’on la subit, ensuite parce qu’on a l’opportunité de la choisir. Cependant, même à l’intérieur de leurs anciennes vies pleines de contraintes, Jamal comme Doha ont fait des choix : celles d’apprendre des choses nouvelles, par exemple, ou de protéger plus fragile que soi.
D’une certaine façon, Wish Wa Dahr semble avec cet épisode d’introduction nous préparer à l’idée que les deux protagonistes ont mérité, par leur personnalité plutôt que par leur CV, la vie qu’elles usurpent par la suite. C’est leur force de caractère qui, potentiellement, pourrait faire d’elles de bonnes soignantes, quand bien même elles n’ont pas les qualifications officielles. Si c’est vraiment l’angle choisi par Wish Wa Dahr (et pour être honnête, il est un peu tôt pour le dire ; c’est juste un sentiment que j’ai eu pour le moment), alors vraiment, quelle série originale dans son propos !
Même si ce n’était pas le cas, j’avoue que les oscillations de ton et les choix narratifs, pour le moment, n’en sont pas moins intéressantes, et j’ai hâte de voir les épisodes suivants.


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Et pour ceux qui manquent cruellement de lecture…

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