C’est amusant comme le passé est présent

20 novembre 2004 à 21:37

Depuis combien de temps n’avais-je plus été contrainte de me retrouver seule avec ma souffrance ? Chaque fois que je vis dans la douleur, je sais qu’il est une période où je ne peux que me confronter à elle. Où le reste se retire comme la mer, sans crier gare.
J’ai pourtant à chaque fois l’impression de découvrir tous ces sentiments. Je ne m’habitue jamais. Pourtant, si mon existence doit toujours être jalonnée de ce genre d’épreuves, il serait bon que je devienne rôdée à cela.
Rien dans mon quotidien n’a changé. Je passe toujours mes journées dans la solitude. Je tente de m’occuper, mais je ne trompe pas l’ennui – seulement moi. J’alterne les heures où je crée du bruit, et le besoin d’un silence profond, mais ni l’un ni l’autre ne sont capable de me satisfaire.
Je me heurte à ma douleur en permanence. Ma respiration est lente, difficile. Mon corps se soulève, s’écarte, je m’attends à tout moment à entendre craquer ma carcasse en un bruit sourd et funeste, tant j’ai l’impression que cette respiration manque de naturel. Ce n’est pas une respiration de vie, de toute évidence. Quelle ironie que d’avoir l’impression que mon corps soit trop petit pour tout cela ! J’ai l’impression de dépasser mes propres frontières en permanence, d’atteindre ce qu’il ne devrait pas être humain d’effleurer. Tout semble rompu en moi, jusqu’à mon coeur qui me fait l’effet d’être ficelé, et dont lesl iens se serrent de plus en plus. Je m’attends à le sentir se liquéfier en moi sous l’effet de la pression.
Tout semble brisé. Mes désirs, mes rêves, mes espoirs. Surtout mes espoirs. Ce que jusque là je n’avais jamais perdu, ce qui me faisait continuer. Aujourd’hui tout est en miettes en moi? Je ne me sens capable de rien, pas même de pleurer. La lumière, l’obscurité, la musique, le silence, de jour comme de nuit : je ne trouve plus ma place. A chaque jour qui passe son lot -voire plus- de douleurs, de déceptions. Un cruel sentiment d’échec. La peur. Et l’omniprésence de la mort. A chacun de ems gestes ou de mes regards, je vois des façons de mourir, ou je viens à penser qu’il n’est pas d’autre issue. C’est un combat contre moi-même à chaque seconde. Et je en sais même pas au nom de quoi je le livre. Ma vie semble être arrivée à son terme. J’ai la conviction d’avoir vécu toute une vie d’épreuves, et ceux que je vois, si tant est que je voie quelqu’un, semblent en permanence me prouver que je n’ai jamais eu une vie normale et saine, et que jemais je ne pourrai accomplir le miracle de recoller ce qui est brisé en moi. Tant de jeunesse, de bonheur et d’insouciance autour de moi. Et ma vie qui confirme ma particularité, qui parle pour moi. Je n’ai jamais été, et ne serai jamais comme eux : ni jeune, ni heureuse, ni insouciante. Pas après avoir vu le spectacle honteux de mon corps convulsé par les larmes pendant des heures. Je sais que jamais je n’atteindrai cela. J’ai déjà tout gâché. Je peux tenter de recontruire ma vie, j’ai déjà réussi, après tout, à tout reprendre de zéro, à planquer mes blessures au regard des autres, et à aller de l’avant. Je n’arriverai pas, par contre, à me reconstruire. Je me sens brisée dans tout mon être, avec la vague intuition de n’avoir jamais été aussi loin. Quelque chose en moi sait qu’il ne cicatrisera plus. Pas après avoir été blessé tant de fois.
Déjà je sens mon coeur se fermer, être rebuté par les autres. Leur simple existence me semble être une insulte, une attaque personnelle supplémentaire. Je en suis plus capable de m’attacher à qui que ce soit, et tout ce qui semble avoir été important un jour s’enfonce dans la zone, non pas de détestation car ce serait trop beau et trop humain, mais de neutralité la plus complète.
Rien d’autre n’a d’importance que cette situation qui me ronge, pourtant je n’ai plus la force du moindre geste envers moi-même.
Tout ce qui était vivant en moi glisse vers la mort, bien avant une quelconque concrétisation. Et la seule chose que je sois capable de ressentir, est le regrêt de perdre quelqu’un que j’ai toujours cru passioné, vivant, louable, et captivant.
Je suis à la fois perdue dans cette mêlée de sentiments, et profondément étrangère. Ce qui a un rapport avec la défunte n’a plus d’attrait. De nombriliste et focalisée sur mes émotions, je deviens détachée et froide. Il m’a fallu plus de deux heures pour prendre ma plume, et plus d’une encore pour écrire ceci. Je suis, petit à petit, incapable de m’intéresser à moi. Ce qui est la pire chose qui pouvait m’arriver : je sais que personne ne le fera pour moi. L’an passé l’a démontré.
Ce qui meurt en moi ? Tout ce qui à mes yeux faisait mon intérêt : mon esprit volubile et acéré, ma passion dans tout ce que j’entreprenais, mon envie folle d’aller vers l’amélioration, macapacité à mettre mon coeur sur la table au vu et au su de tous, en invitant chacun à y prendre part. Tout ce qui était moi disparaît dans le néant et je me sens creuse. Sans même ressentir l’urgence qu’il y a à y remédier. Je me décompose et hormis constater, je ne suis plus capable de rien.
Mes soi-disant projets d’avenir suscitent à peine un rictus cynique. Je suis sensée vouloir réparer tout ça. J’ignore complètement ce qui est sensé m’en donner le goût et la force, y compris en moi-même. Plus de 22 ans de survie minable m’ont appris que rien n’allait jamais s’améliorant.
Je regarde fuir ma vie et je me dis qu’il faudrait peut-être la retenir, mas je ne trouve plus aucune raison de le faire. Comme si j’avais la certitude (ce doit bien être la dernière) que d’ici un an ou deux, mes nouvelles douleurs me feront regretter ma persistance.

PS : Note rédigée sur un forum le 14 septembre dernier… et toujours cruellement d’actualité.

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