Insignifiant

1 janvier 2005 à 13:56

Ce mot trouve toute sa plénitude lorsque Mirador ouvre la bouche. Tout ce qu’elle dit est, non pas assomant, non pas agaçant, non en fait, c’est insignifiant.

Son esprit se fixe sur tout ce qui peut être insignifiant. Je ne vois pas d’autre terme.

Certes, j’ai déjà parlé de mon admiration pour la mentalité Japonaise telle que je la perçois, à savoir qu’ils sont infiniment moins blasés que nous autres Occidentaux, et qu’ils accordent de l’importance aux plus menus détails de l’existence. Certes.
Et il est vrai que je suis, moi-même, un tant soit peu blasée, et distante, vis-à-vis de Mirador, dans un retournement de situation soapesque qui fait de moi (chose effrayante au vu de mes lectures récentes, voir post précédent) l’avatar de Lord T en cette maison. Entièrement vrai.

Mais la façon dont le cerveau de Mirador se focalise sur le plus anodin, le plus ridicule, et le plus mortellement inutile, a quelque chose de fascinant.

Par un concours de circonstances que je ne m’explique pas vraiment, mais dans lequel j’ai tendance à voir un peu plus qu’une coïcindence (plutôt dans le genre d’un acte manqué), deux des livres que j’ai lus la semaine passée ont ceci de commun qu’il y est question de personnes âgées en fin de vie. Je n’avais pas acheté ces ouvrages afin de lire sur ce sujet ; en fait, l’un est un auteur japonais que je m’étais promis de lire tôt ou tard -j’ai bien fait- et un autre est un récit d’une femme ayant vécu des brutalités morales étant enfant, et de la part de sa mère. Mais tous les deux se rejoignent (avec quelques trente ans d’écart environ) lorsqu’ils abordent les derniers jours de leur mère. C’était la minute littéraire.

Ce qui y est cinglant, dans un récit comme dans l’autre, c’est la décomposition minutieuse des étapes vers la sénilité. Avec, et c’est là que je reviens à mon sujet, de fulgurants points communs avec la situation de Mirador, que je sens un tantinet sur le déclin, et qui se focalise, donc, sur ce qui peut être aux yeux du commun des mortels franchement sans intérêt.
Deux hypothèses.

Soit Mirador, du haut de ses 75 années de sagesse et d’expérience, a appris que ce qui a vraiment de la valeur en ce monde est en fait insignifiant au premier abord… soit elle déraille sincèrement. Me tenir un discours d’un quart d’heure sur une lettre de la Poste qu’elle pensait n’avoir pas reçue mais qui est en fait dans sa pile de courrier depuis plusieurs jours (au passage, non sans avoir égratigné les jours précédents, la qualité des services postaux, ces incapables qui n’ont pas l’air d’avoir compris que la seule boîte aux lettres de la ville qui compte réellement doit être desservie avant 9h tapantes) ça tient quand même de la folie ! Ca fait une demi-journée qu’elle s’est aperçue que la lettre est arrivée, il faut se remettre !

Trixie a passé la nuit dans la cuisine alors que normalement les chats dorment avec moi. Sauf que pendant qu’hier soir nous regardions une video à l’étage (« Seul au monde », un peu tristoune pour entamer la nouvelle année mais bon, ce n’est que mon avis) elle s’est faufilée et nous l’y avons enfermée. Avec ce que cela comporte d’inquiétude le lendemain matin, forcément ! Nous l’avons retrouvée sur le coup de 11h, et au déjeuner (deux heures plus tard, donc), j’en entends encore parler : elle est retrouvée, le mystère est résolu, passons à autre chose !!! Et quand les obsessions d’insignifiance de Mirador ne se fixent que pendant une demi-journée, je m’estime heureuse.

Il ne fait pas bon vieillir, croyez-moi !

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