Descendance

9 janvier 2005 à 21:17

C’est fini. A jamais. Je n’aurai pas d’enfant de Lord T.

Ca peut paraître stupide à dire : je n’en voulais pas spécialement. Mais vous savez, les femmes… Elles oublient leur plaquette de pillules à 350 km, ne reprennent qu’au bout de deux jours après un week end sans médecin… et hop ! Elles s’imaginent être enceintes. Elles se disent que c’est un lien qui survit. Elles se demandent comment elles pourraient le gérer dans la situation actuelle -déjà rien que financièrement ! Elles s’imaginent tout un tas de choses. Et puis… Et puis non. Pas d’enfant. Arrive le dimanche (ce fameux dimanche du mois) et, aucun doute, il n’y aura pas de bébé.

Mesdames et Mesdemoiselles, ça vous le fait aussi à vous ? Je sais qu’il y a peu de lectrices sur ce blog, ou en tous cas peu qui se déclarent, ou en tous cas c’était vrai la dernière fois que j’ai regardé (ça commence à dater d’ailleurs). Mais je pose tout de même la question. Est-ce qu’il vous arrive parfois de compter comme je le fais, le nombre de bébés qui ne sont pas nés ? Depuis bientôt dix ans que je pourrais, je n’ai pas eu d’enfant. Grand bien me fasse, mais parfois je compte. Et je me dis : j’ai empêché tout ce petit monde de venir à la vie. Je sais pertinemment que le calcul est erroné : non, je ne pourrais de toutes façons pas avoir 12 bébés par an même si j’essayais. Mais… j’ai une pensée pour tout ce petit monde tout de même. C’est un sacré pouvoir, à la réfléxion. J’aurais pu choisir d’avoir des bébés plus souvent que ça. Je ne l’ai pas fait. Curieuse chose.

Ce qui me renvoie aux premières tentatives de contraception. Jusqu’à l’âge de 18 ans, la chose était simple : abstinence. Ca me fait sourire aujourd’hui de penser à quel point j’étais aggrippée à ma virginité par principe (et par peur dudit bébé, ah, les nanas…) Donc naturellement quand la première fois est venue, je n’avais aucune contraception, je me suis ruée sur une sorte de pillule du lendemain que m’avait passée une copine, même pas de médecin (ah, les nanas entre elles…) Et avec dans les jours qui ont suivi est arrivée l’angoisse : vous parlez d’une tranquilité d’esprit, la première fois avait une saveur un peu amère ! (ah, les nanas…) Mais cette pillule du lendemain, comme je l’ai détestée ! Et moi avec. J’avais l’impression de tuer ce qui n’était probablement même pas là. Je me sentais très mal. Féministes, remontez vos manches, j’étais une indécrottable de la vieille école !

Je n’ai pas pris la pillule à proprement parler de suite. Le plus longtemps je pouvais contraindre au préservatif, mieux c’était. Peur panique des gynécos ? Ah oui, tout-à-fait, et c’est encore vrai (le jour où on aura droit à quelques consultation de familiarisation avec ledit praticien, je consens à y réfléchir. Un ptit dîner par exemple. Quoi ? D’ordinaire c’est bien le minimum pour en arriver là, non ???) Quand il a fallu s’y mettre, à la pillule, je me haïssais. C’était du meurtre permanent. Le premier mois, chaque soir à heure dite, en avalant l’objet de la honte, je me répétais que je détestais ce que je faisais. Tout ça pour s’envoyer en l’air, non mais franchement. Préférer sacrifier une vie pour son petit confort ! Je suis terrible, je sais. Je l’étais. C’est vite fait d’avoir des principes quand on est jeune. Si stupides soient-ils, ensuite, avec le recul.

J’avais 16 ans quand j’ai commencé à parler d’enfant. D’enfants, à vrai dire. J’en voulais cinq, rien que ça, et dans mon quasi-délire, j’avais même imaginé un tas de choses à leur propos : leur année de naissance, leur sexe, leur prénom, leur type de personnalité. Dans la lancée j’ai commencé à écrire une sorte de roman dont je faisais une lecture hebdomadaire à mes copines de l’époque (belle époque d’ailleurs) J’étais à fond dedans. Assortie à ma passion récurrente pour l’imagination de maisons et de décoration d’intérieur (merci les Sims de me permettre de vivre cette passion à peu près décemment), c’était vraiment terrible. Sur la fin j’avais même une petite frise chronologique sur les années à venir (ça me ferait bien marrer de la relire maintenant d’ailleurs, je sais que je suis déjà en retard sur mon planning, à bien des égards)

Et pourtant, en fait, malgré tout cela, et aussi surprenant que cela paraisse, je n’en veux plus, des enfants. Surtout pas. J’ai peur, tellement peur, d’être mauvaise, de refaire tout le chemin dans l’autre sens, de succomber à ce qui est implanté en moi depuis toujours, de faire du mal, beaucoup de mal, d’être une mère odieuse, de rendre les enfants en question victime de mes tourments passés… A l’heure actuelle, je serais une très mauvaise mère, et pas seulement parce que j’aurais à peine de quoi nourrir un rejeton, mais bel et bien parce que je suis incapable de me préoccuper de quiconque excepté moi. C’est la vérité toute nue, comme on dit : dans ma situation je m’en fais trop pour moi-même. Et puis, je n’ai pas de certitudes à transmettre, pas de sentiment de sécurité duquel enrober mes gestes, pas de chaleur à donner.

Pour l’avenir ? Question récurrente. Réponses variables. J’en voudrais sans en vouloir. Qu’il soit dit, su et connu désormais que je n’en sais rien. Oui, d’une certaine façon, tout cela est alléchant : c’est sympa d’idéaliser une maison dans laquelle enfin des enfants seraient heureux. Mais ce ne serait pas moi. Ai-je réellement envie d’être mère ? Je ne sais pas. Parfois je prends un de mes chatons dans mes bras, et je me demande si c’est si compliqué d’avoir un enfant, parce que ça semble tellement naturel de ne faire aucun mal, de ne dire aucun mot blessant, d’être la personne vers qui on vient ronronner quand on a besoin de quelque chose (hem) mais je ne serai jamais celle qui a des parents, qui peut compter sur eux, et même si je sais que je n’en aurai jamais, je n’en ai pas tout-à-fait fait le deuil, apparemment. C’est une déception encore trop vivace. Construire ma propre famille ? Pourquoi pas, quand j’aurai accepté l’échec de celle qui m’a vue naître ? Avec la bonne personne, celle qui n’aura pas peur et surtout pas d’elle-même. Dans un environnement calme, serein, stable (surtout stable). Oui, peut-être que j’aurai à ce moment-là, s’il vient, envie d’y réfléchir.

Ou peut-être pas. Mon autre fantasme, c’est ce foyer aux meubles stylés et aux larges et grandes videothèques, cet appart d’intellectuel parisien, et il n’y a pas de place pour des enfants dans ce fantasme-là.

La révolution sexuelle est sensée être passée par là. Mais dans le fond, ne sommes-nous pas, en grande majorité, plus perdues les unes que les autres ? Quand les hommes nous faisaient faire les choses selon leur point de vue, au moins tout était clair. De temps à autres, une Colette levait la tête, mais dans le rang, silencieuses, nous abattions notre travail de femme et c’était sécurisant. Quand comme moi on a vécu en cage pendant des années et qu’on commence à peine à avoir ses propres envies, on regrette ce genre d’expérience. J’aurais peut-être, dans le fond, aimé être mariée à 16 ans, avoir déjà une tripotée de marmots à éduquer, et laisser Monsieur s’en faire pour le contenu de la marmite. J’aurais peut-être aimé être docile et n’avoir aucune ambition autre que ma famille. Je me le dis parfois, comme à regrêt.

Mais où mène cette note ?! C’est effarant comme j’ai pu dévier de mon sujet.

En tous cas, ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas pour cette fois.

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