Mon suicide

24 mai 2005 à 0:29

Ces derniers temps on dirait que je repense plus souvent à ma tentative de suicide… peut-être parce que, le 30 mai, ça fera très exactement 5 ans.

Ou peut-être pour une autre raison ?

Ce ne sera pas vraiment un jour de gloire. Survivre à une tentive de suicide pour y repenser 5 ans plus tard : la vie 1 ; lady 0.

Des fois on ne sait tout bonnement pas la chance qu’on a. Il y a cinq ans je me lamentais de n’avoir ni avenir ni personne auprès de moi. Me voici en 2005 dans la même situation, un toit en moins puisque Mirador ne songe qu’à une chose, m’expatrier au plus vite, et que tout le monde préfère le confort de ma grand’mère à ma survie. Il y a cinq ans je pensais que les choses ne pourraient pas être pires ; je voudrais revenir 5 ans en arrière, me taper sur l’épaule, me fixer droit dans les yeux et m’asséner un massif : « Si. »

Survivre était-il une bonne idée ? Ce n’est certes pas le moment de se le demander. A l’époque tout le monde me disait que la vie était belle et que tout s’arrangerait pour moi… au moins ça réconfortait ceux qui avaient besoin de le dire, je regrette juste que la prophécie ne se soit pas accomplie.

C’est vrai qu’il y a deux ans, on aurait pu penser que j’étais sur la bonne voie. J’allais obtenir mon diplôme, j’avais un homme dans ma vie, des copines, une certaine notoriété dues à mes gribouillages et mon goût du bon mot (si possible cinglant), mes profs m’avaient à la bonne et ma tutrice aussi.

Je me souviendrai toujours des mots que ma tutrice a échangés avec l’une de ses collègues à mon propos. Je venais d’obtenir mon diplôme, j’allais déménager avec mon homme (Lord T, ah, ce sacré Lord T), et elle a écrit dans un mail « elle est arrivée parmi nous, elle n’avait que des problèmes ; aujourd’hui elle a un diplôme, quelqu’un dans sa vie… la vie est bien faite. »

Je serai mortifiée de vous revoir aujourd’hui.

On pouvait penser qu’il y avait une Justice à l’époque. D’ailleurs ça aurait du être vrai. Pourquoi ça a foiré ? Ok, question inutile, je me la reposerai lorsque j’aurai les pieds au sec. Pour le moment il faut que je me concentre sur le raz-de-marée prêt à m’engloutir. Est-ce qu’on peut éviter un raz-de-marée ? J’ai l’impression de courir vers la plage, la vague dans le dos, depuis 5 ans. Pendant combien de temps vais-je réussir à courir plus vite que la vague ? Je fatigue légèrement quand même. Je ne suis plus aussi jeune qu’il y a cinq ans, je ne sais plus espérer que ça va s’arranger.

Quand je me relis ça et là, je réalise que je ne crois plus aux bonnes surprises. C’est mauvais signe. Je ne crois plus en l’espoir. Je ne pense pas sincèrement que ça puisse s’arranger. A vue de nez, ça fait un an que je n’y crois plus. Et ce que je touche avec ces mots n’est pas des plus plaisants. On appelle ça le désespoir. C’est vilain. Le mot est vilain. L’idée est vilaine. Tout ça est ignoble. Si je ne crois plus que quoi que ce soit puisse aller mieux, qu’est-ce que je fais là, exactement ?

Je vous avais prévenus, le bilan n’est pas gai.

La vérité c’est que je n’ai même pas les moyens financiers de poursuivre une recherche d’entreprise digne de ce nom. Je n’ai pas de quoi payer les timbres pour envoyer mes CV. De toutes façons, je n’aurai pas de quoi me payer une carte orange pour aller aux éventuels rendez-vous alors à quoi bon ? Et de toutes façons je n’ai même pas les moyens d’emmener mon costard à la laverie alors comme ça… eh ouais, même pas 7 euros devant moi.

Mon école ne me donne pas de nouvelles : ça ne m’étonne même plus. C’est normal quand tout va mal. C’était déjà très étonnant que je sois admise dans cette école. Oh, ça ne les engage à rien tant que je n’ai rien signé avec mon entreprise…

Défaitiste, moi ? Vous ne le seriez pas, peut-être ? Franchement je me sens usée au dernier degré.

Ce soir j’ai visité quelques sites. Ca faisait du bien de les lire. Même si je sais depuis longtemps tout ce qui y est écrit.

Je me suis disputée par mails interposés avec mes parents, à cause de cet appartement qu’ils ont voulu acheter en toute hâte, pour se débarrasser, comem si c’était un fardeau, comme si je les avais obligés. Et quand ils se rendent compte qu’ils ont fait une connerie, ils se tournent vers moi, ce serait presque ma faute. Je n’ai pas le droit d’être déçue, je n’ai pas le droit d’être insatisfaite de l’état des choses, je n’ai pas le droit de penser que ça va de mal en pis. Comme si je les avais obligés. Comme si je leur avais demandé. Ce sont eux qui se proposent et quand ça va mal parce qu’ils ont mal fait leur compte, soudain je devrais me sentir honteuse.

Ils auraient pourtant pu le prévoir, qu’il y aurait des soucis. D’abord, quand on achète un appart à 50 000 euros, on le visite. Je ne veux pas dire qu’ils ne l’ont pas vu, non. Juste qu’ils semblent avoir entrebaillé la porte et pensé « bon bah, c’est un appart. On prend ». Ils ont regardé l’appart 5 mn et n’ont même pas visité la cave. Un peu plus tard, au téléphone, ils me disent « il parait qu’il y a une cave »… Attends, c’est pas le même prix avec et sans : tu vérifies, non ? Non-non. Et tant qu’à vérifier la cave, ils auraient remarqué qu’il y a eu une inondation de sous-sol. Et là ils se seraient peut-être dits « bizarre qu’aux réunions de co-propriété ils n’aient pas voté des travaux pour réparer les dégats de l’inondation ». Et là ils auraient posé la question et auraient appris qu’il n’y a pas eu de réunion de co-propriété depuis 1998 et donc, aucun travaux ni de réfection, ni de traitement anti-termites, alors que la commune rend obligatoire le traitement annuel. Et là ils auraient évité un investissement financier et temporel important. Non. Il fallait se débarrasser de lady. Il fallait en finir. Quel fardeau. Deux mois de recherches. Cette fichue lady qui nous pourrit la vie. C’est simple pourtant, il suffisait de faire attention à ce qu’ils achetaient au lieu de dire « oui » sans regarder pour se débarrasser. Je sais pas pour vous mais quand je débourse 50 000 euros… bah… je regarde si ça les vaut. Je fais attention.

Je dis ça, je les ai pas les 50 000 euros (apparemment, eux non plus à présent), mais c’est pas trop dur à s’imaginer.

Et après je me fais faire du chantage affectif parce que c’est le bordel ; ils me disent qu’ils ont des problèmes, des frais : eh, c’est ma faute ? Je n’ai rien demandé moi !!!

Il y a quelques mois ils m’ont proposé de l’aide, en me disant que c’était parce que j’étais toujours leur fille, qu’ils allaient m’aider, que j’étais dans une mauvaise période et qu’ils voulaient me donner un coup de pouce pour m’en sortir. Et je me suis dit, tant qu’à faire ! Autant accepter l’aide qu’on m’offre ! Tout ça pour en arriver là ! De Charybde en Scylla, et il faudrait que je ne fasse montre que de la plus grande joie ?

Bref, c’est la débâcle un peu plus à chaque seconde que je m’autorise à respirer.

Est-ce que tout ça va jamais finir ?

Certains soirs on voudrait juste avoir du cran.

Ce soir, je voulais envoyer un appel de détresse à quelqu’un. Même si je sais d’avance qu’elle ne le comprendra pas.

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