Perd son âge

9 juin 2005 à 15:21

C’est le débat du moment dans ma boîte crânienne : quel âge ?

L’âge que j’ai… bon je sais normalement il est écrit sur mes papiers d’identité. Quoique. Quand on y réfléchit c’est une date de naissance qui est inscrite. Techniquement, on se doute que j’ai pris un an chaque année mais… est-ce bien certain ? Quand je regarde les mois passés j’ai l’impression d’avoir vécu bien plus. Je me sens vieille. Ou plutôt usée.

Mais pas comme je voudrais.

C’est vrai j’adorerais être plus vieille. 30 ans. 30 ans c’est bien. A 30 ans on ne se pose plus de questions. On n’en plus en période de transition. On a un job, un logement, et on s’occupe du reste. Ya que du luxe à 30 ans. On peut décider de fonder une famille, ou au contraire on peut se lancer dans un projet. On peut tout faire à 30 ans. Ca fait 10 ans que je rêve d’avoir 30 ans. Ca fait quand même beaucoup.

Aujourd’hui (pour les retardataires et les flemmards qui n’ont pas lu mon questionnaire) j’en ai 23 paraît-il (et demi si on chipote). C’est pas évident.

La plupart du temps, les gens me donnent du Madame, m’estiment régulièrement plus vieille que ce que l’Etat Civil ne le prétend (voilà qui fait croire que je cherche à me rajeunir, quel comble !)…

L’autre jour à l’arrêt de bus, une bonne femme (totalement inconnue par ailleurs) avec une poussette m’a donné des frissons. Elle s’installe tout à côté de moi et commence à engager la conversation. Au bout de deux phrases, la question fatidique à mon pas âge : « Et vous, vous avez des enfants ? »

Eh bien, non, ma bonne dame, je n’ai pas des enfants, je n’en ai pas même un… j’ai deux chats à charge, est-ce que ça compte ? Non je n’ai pas d’enfant, je… je ne suis même pas sûre d’en vouloir à l’heure actuelle, ou plutôt d’y être prête. Et je ne parle même pas de la question financière de la chose, je me fais même payer les croquettes de deux gredins par ma matriarche. Alors, eh bien, non, non je n’ai pas d’enfant. Voilà. Je n’en ai pas.

J’ai juste répondu que « non », c’était déjà pas mal d’arriver à placer 3 lettres dans la conversation.

« Comment ? Vous n’avez pas d’enfant ? Mais il faut en faire, et d’ailleurs il vaut mieux vous dépêcher, vous ne serez pas jeune éternellement. Des enfants il faut en faire. » Le bus est arrivé à point, juste avant qu’elle ne me prenne rendez-vous à la banque du sperme dans la foulée. Tiens oui, ya ça aussi, j’ai pas de père sous la main. Ya rien qui urge d’ailleurs.

Le genre de choses qui m’arrive un peu trop souvent depuis deux ou trois ans. Quand c’est pas ça c’est le mariage.

Je vais faire de la redite de Sex & the City mais tant pis, je m’aventure, pardonnez la paraphrase : est-ce qu’on est vraiment obligées de succomber à la pression publique et sociale en procréant dés qu’on est en âge de le faire ? N’y a-t-il pas d’autres objectifs dans la vie ? J’ai l’impression d’un poids, d’un regard. Dés qu’il s’agit d’âge, je suis sur la défensive.

Quand vous donnez votre âge, vous donnez les objectifs communément admis pour votre âge. Je n’en ai pas rempli des masses. Bon, s’affranchir des parents, je l’ai fait… mais financièrement j’ai été obligée de revenir dessus. Donc déjà, pas dans ce domaine. La vie professionnelle ? J’arrive pas à entrer. La vie sociale ? Je sais que vous pensez tous que je croule sous les débordements chaleureux, mais ne vous fiez pas aux seuls commentaires de ce blog, des amis… allez à tout prendre j’en ai deux, et je les vois pour ainsi dire jamais. Si, une fois en janvier (tous les deux). Bon… Bien… Quoi d’autre ? Qu’ai-je accompli 5 ans après le Bac ? J’ai passé 2 ans et demi au chomdu… Fort bien.

Quand je regarde en arrière (sur mon fameux planning, dressé il y a presque 9 ans maintenant) j’avais prévu tout autre chose pour mes 23 ans. Je devrais être en plein doctorat, là. Essayant de jongler avec mon futur époux (si je tiens mes délais je me marie l’an prochain histoire d’avoir quelques années devant moi avant de semer les rejetons dans la nature). Je pensais qu’à 23 ans je serais sur la fin de la période de transition. Ce n’est que le début au contraire, c’en est déprimant. Je pensais que je ferais partie de ces jeunes femmes qui reçoivent leurs amis à dîner régulièrement, organisent tout un tas de trucs, enfin, je pensais que j’aurais la belle vie.

Je pensais qu’à 23 ans je croulerais de bonheur et de projets qui à 30 seraient concrétisés. Apparemment, vu la tête de mes 23 ans, les 30 ne seront pas évidents.

Et le plus ironique dans cette fuite en avant, c’est que j’aimerais aussi que parfois, on me considère comme une enfant. Pas comme quand Mirador me dit comment mettre les pinces à linge sur le séchoir (Dieu sait qu’elle a failli se les manger plusieurs fois… les pinces comme le séchoir d’ailleurs), mais plutôt comme quand je parle à ma mère (j’essaye) et que je voudrais qu’elle me regarde comme sa fille, en me disant que ça va s’arranger, que je m’en sors pas si mal vu la situation, et que si ça va pas je peux l’appeler (les faits étant contraires, c’est moi qui tente de l’appeler quand j’ai envie de communiquer, et à ce moment-là elle est épouvantablement froide et distante… mais ce n’est que la monnaie de ma pièce. J’aurais du savoir que le rapprochement géographique me donnerait envie de relations saines que je sais ne pas pouvoir avoir…)

J’ai encore des manies d’enfant… Bon ne le répétez pas mais mon ours en peluche (qui conservera une fois de plus son anonymat) est toujours sous mon oreiller… par exemple… entre autres choses moins confessables même sur un blog.

Est-ce que je veux grandir ? Ouiiiiii ! Mille fois oui ! Mais j’ai l’étrange conviction que je ne le ferai jamais tout-à-fait parce que je ne me suis pas sentie enfant très longtemps. Parce que je me suis mieux entendue avec les adultes depuis la maternelle. Parce que je rêve d’une vie de fille de 23 ans normale mais méprise celles que je vois pour la plupart.

Je me sens coincée dans une sorte de no man’s land, ces 23 ans je les hais, je ferais n’importe quoi pour ne plus les avoir. C’est pas vraiment comme si c’était en mon pouvoir mais peu importe !

Je voudrais me reconnaître dans mon âge. Le décalage fait aussi mal que lorsque le RER part et que vous avez un pied sur le quai… mais un dans le train.

Je voudrais avoir les considérations de mon âge… et en même temps non. Je préfèrerais avoir l’âge de mes considérations. Qui est ? J’en sais fichtre rien.

Les questions d’âge me perdent.

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