La rapace

3 avril 2006 à 11:33

C’est moi qui l’ai demandé. Je le sais bien. J’ai demandé à récupérer certaines affaires banales de ma grand’mère, puisque moi-même je ne suis pas exactement en période de prospérité. Je m’attendais avant tout à me retrouver avec un ou deux produits d’entretien, du lave-vitres et ça se serait arrêté là. Du tout. Ma mère a écumé les placards de mon aïeule, et bourré le sac d’objets qui ne peuvent pas être plus à elle.

Tout dans ce sac hurle le nom de ma grand’mère. Les lingettes, le vinaigre au miel (« la seule chose avec du miel que je supporte »), le lait Gloria, TOUT ! Et me voilà en train de déballer ce sac en larmes, avec cette très désagréable impression de dépouiller son cadavre. Ce ne sont que quelques flacons et quelques lingettes… mais je me suis sentie infiniment mal. Aussi mal que si j’avais moi-même été voler dans cette énorme buffet de sa cuisine tout un tas de ses affaires. Toutes ces affaires sont à elles. Ce n’est pas mon vinaigre. Ce n’est pas ma confiture au citron. Je sais qu’à chaque fois que j’ouvrir l’un ou l’autre de ces emballages, je serai tordue par l’envie de les laisser tels quels, de ne pas y toucher, de les laisser encore un peu dans mon placard. C’est irrationnel, et je le sais comme vous, mais c’est trop.

C’est comme si c’était elle, et à chaque pot que je déballe je la dépèce un peu plus. Ca me fait juste horreur.

Enflammée de fureurs cannibales…

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